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Mois de Décembre 2011


1/1 Automne 2011 : de nouveaux satellites dans l'espace

Pour les scientifiques de l'environnement, et surtout pour les météorologistes, le mois d'octobre 2011 a été particulièrement prometteur en nouvelles observations spatiales, avec la mise en orbite de plusieurs satellites:

  • le 12 octobre, lancement depuis l'Inde du satellite Megha-Tropiques, satellite météorologique destiné à la recherche atmosphérique ;

  • le 21 octobre, première mission depuis Kourou de la fusée russe Soyouz qui met en orbite les deux premiers satellites Galileo du système de navigation européen ;

  • le 28 octobre, lancement du satellite américain à orbite polaire NPP, précurseur de la nouvelle série de satellites météorologiques américains défilants NPOESS, depuis la base américaine de Vandenberg  en Californie.

Qu'apportent ces satellites à la communauté météorologique ?

 

MEGHA-TROPIQUES
 

 

La mission Megha-Tropiques résulte d'une action conjointe des agences spatiales française (Cnes) et indienne (Isro).

 

Les instruments scientifiques ont été développés pour l'essentiel en France alors que le satellite lui-même et son lancement sont d'abord l'œuvre de l'Inde.

Les instruments visent l'étude du cycle de l'eau entre les tropiques, en particulier la mousson et son évolution dans le contexte du réchauffement climatique.

 

La masse du satellite Megha-Tropiques est d'environ une tonne. Son orbite est à 866 km d'altitude.
 

Par rapport aux satellites météorologiques opérationnels, Megha-Tropiques présente deux originalités :

  • Il associe trois radiomètres de façon à observer simultanément trois composantes de la machine énergétique atmosphérique, à savoir :

    (i) la vapeur d'eau;

    (ii) l'eau condensée (nuages et précipitations);

    (iii) les flux énergétiques.
     

  •  Il privilégie l'échantillonnage de la zone intertropicale par une orbite inclinée à 20° par rapport à l'équateur.

Ainsi le satellite survole l'Inde (et toute autre région intertropicale) plusieurs fois par jour alors que les satellites défilants héliosynchrones (embarquant le même type d'instruments micro-ondes) ne passent que deux fois par jour sur une telle région. Les données vont donc permettre un meilleur suivi de l'évolution diurne près de l'équateur, en particulier celle concernant les nuages.

 

Les trois instruments embarqués à bord de Megha-Tropiques sont les suivants:

  • MADRAS, un imageur micro-ondes : sa mission principale est d'observer les systèmes nuageux ; il est assez semblable à l'instrument micro-ondes SSM/I utilisée en météorologie opérationnelle depuis plusieurs années.
     

  • SAPHIR, un sondeur micro-ondes à 6 canaux qui permet de restituer des profils verticaux de vapeur d'eau avec 10km de résolution au nadir.
     

  • SCARAB, un radiomètre (avec 4 canaux dans le visible et l'infrarouge) dédié à la mesure des flux au sommet de l'atmosphère. Il s'agit d'un instrument conçu par le LMD qui a déjà volé sur le satellite russe Meteor.

 

GALILEO

 

La constellation Galileo, quand elle sera entièrement mise en œuvre, comprendra une trentaine de satellites en orbite à environ 23 000km d'altitude.

 

Comme pour le système GPS américain (ou le GLONASS russe), chaque satellite sera équipé d'un émetteur de radionavigation (type GPS) fonctionnant en continu.

L'analyse des signaux reçus, en tout point de l'environnement terrestre, permet un positionnement très précis du lieu de réception.

Galileo est un projet européen de géolocalisation avec de multiples applications opérationnelles et innovantes.

 

Les deux satellites lancés simultanément depuis Kourou le 21 octobre 2011 sont les premiers de la trentaine envisagée. Ce lancement était une première pour le Cnes, les Russes et la coopération franco-russe en matière de spatial, puisque c'était la première fois qu'une fusée Soyouz opérait depuis Kourou (suite à l'agrandissement et au réaménagement récents de la base en Guyane française).

Deux autres satellites Galileo devraient être mis en orbite en 2012. Les premiers tests Galileo de géolocalisation seront alors possibles : ils nécessitent le traitement simultané des signaux d'au moins 4 satellites émetteurs différents.

Chaque satellite Galileo a une masse de 675 kg et une orbite inclinée de 56° par rapport à l'équateur.
 

A priori les satellites Galileo (ainsi que tous ceux émettant des signaux de radionavigation) sont des satellites de géolocalisation qui ne présentent pas d'intérêt pour l'observation météorologique. Toutefois, il y a déjà plus de 20 ans, des météorologistes avaient parié que la mesure du retard de la propagation des signaux GPS à travers l'atmosphère terrestre pouvait être exploitée utilement pour déduire de l'information sur la température et l'humidité atmosphérique. Ce pari a conduit à la mission GPSMET dont les données ont permis de vérifier l'utilité météorologique des signaux GPS aux environs de l'an 2000.

 

Depuis 2005 environ, les signaux GPS sont exploités de deux manières dans les modèles de prévision météorologique :

  • Avec des récepteurs GPS installés au sol, en des points fixes de la surface terrestre, on peut extraire une information sur la quantité de vapeur d'eau intégrée sur la verticale de ces points.

  • A partir des récepteurs embarqués à bord de satellites en orbite basse (quasi-polaire généralement), on peut utiliser les occultations des satellites émetteurs par la Terre et son atmosphère pour extraire une information sur la réfraction de l'onde radioélectrique par l'atmosphère terrestre, donc sur la densité atmosphérique, et donc sur le profil vertical de température et d'humidité.

Les signaux GPS assimilés dans les modèles de prévision opérationnels apportent d'ores et déjà un bénéfice qui a pu être évalué et qui est presque du même ordre que celui d'un sondeur atmosphérique.

Quand Galileo sera opérationnel, on aura environ deux fois plus de satellites émetteurs. Pour les données météorologiques extraites des signaux de radionavigation, il en résultera une amélioration probablement très significative en quantité et en qualité.

 

 

NPP

 

Depuis la décennie 1970 les États-Unis d'Amérique exploitent la série NOAA de satellites météorologiques défilants dont les données sont transmises en temps réel à la communauté météorologique.

Les instruments embarqués sont essentiellement des radiomètres opérant dans des bandes micro-ondes ou infrarouges (sondeurs et imageurs).

 

Dans la continuité de la série NOAA, les américains préparent la génération de satellites défilants NPOESS dont la mise en œuvre est coordonnée avec les satellites européens du même type dans le cadre du JPSS.

Les nouveaux satellites NPOESS embarqueront des sondeurs et imageurs (améliorés par rapport à ceux de la série NOAA) ainsi que de nouveaux instruments.

Le satellite NPP, mis en orbite le 28 octobre 2011, est le précurseur de la série NPOESS. Il est héliosynchrone, avec une heure locale de passage au nœud ascendant à 13h30, conformément à la coordination JPSS avec l'Europe (dont les satellites MetOp remplissent les mêmes fonctions météorologiques à 9h30 locales). On peut dire aussi que NPP assure la transition entre la série NOAA et la série NPOESS.
 

NPP a une masse de 2,13 tonnes. Son orbite est à 824 km d'altitude. Sa durée de vie est estimée à 5 ans. L'activation de son émission directe vers le sol est prévue pour le 9 janvier 2012. Le Centre de Météorologie Spatial de Lannion est prêt pour la recevoir, comme probablement beaucoup de centres étrangers faisant habituellement de l'acquisition directe.

Cinq instruments sont embarqués à bord de NPP :

  • ATMS : sondeur micro-ondes, successeur de l'actuel sondeur AMSU sur les satellites NOAA.

  • CrIS : sondeur infrarouge hyperspectral, type interféromètre de Michelson, très semblable à l'instrument IASI sur MetOp.

  • OMPS : ensemble de spectromètres dédiés à la mesure de l'ozone.

  • VIIRS : imageur infrarouge successeur de l'actuel AVHRR sur les satellites NOAA; avec ses 22 canaux, il est très semblable à l'instrument MODIS actuellement embarqué sur les satellites défilants de la NASA AQUA et TERRA.

  • CERES : radiomètre dédié à l'estimation du bilan radiatif terrestre.

Le JPSS est un ensemble de satellites météorologiques héliosynchrones qui comprend le NPP (les NPOESS ensuite) et les MetOp européens. Il est prévu de maintenir dans le futur au moins trois satellites de ce type avec des orbites choisies pour obtenir une couverture en observations la plus homogène possible sur le globe terrestre. Dans la série MetOp, le prochain lancement prévu est celui de MetOp B (devant succéder à l'actuel MetOp A). Il doit avoir lieu en mai 2012 depuis Baïkonour. Il embarquera 13 instruments; certains seront les homologues des instruments cités plus haut, mais il y aura aussi par exemple le diffusiomètre ASCAT comme sur son prédécesseur MetOp A.

 

 

DES DONNEES SERVANT A LA FOIS L'OPERATIONNEL ET LA RECHERCHE

Pour la communauté météorologique NPP est plutôt un satellite « opérationnel », Megha-Tropiques un satellite de « recherche », alors que le programme Galileo est une « opportunité » pour obtenir des observations. Mais en matière d'observations météorologiques et océanographiques les étiquettes « recherche », « opérationnel », « opportunité » se mélangent souvent. Les utilisateurs qui effectuent des recherches sur les données satellitaires sont souvent les mêmes que ceux qui les exploitent en les assimilant dans des modèles. La rareté des observations les rend précieuses et oblige les utilisateurs à «  faire feu de tout bois », y compris du « bois vert » des instruments innovants.
 

Même si la plupart des instruments de NPP sont déjà familiers aux prévisionnistes et aux assimilateurs de données (dans les modèles de prévision), il est clair qu'ils conduiront aussi à beaucoup d'actions de recherche et de développement, par exemple à travers les réanalyses (qui vont les utiliser) et les modèles climatiques (qui s'appuient souvent sur ces réanalyses pour leur état initial et leur validation).

 

Les chercheurs en météorologie tropicale attendent avec impatience l'arrivée des nouvelles données de Megha-Tropiques, mais ces nouveaux instruments ne sont pas totalement inconnus, et il est aussi clair que certaines données seront assimilées dans les modèles de prévision, peut-être même en temps réel, à coup sûr en temps différé pour améliorer ces modèles.

Les météorologistes utilisateurs de signaux GPS devront être davantage patients pour tirer le bénéfice des satellites Galileo : plusieurs années, le temps que la nouvelle constellation européenne de géolocalisation devienne opérationnelle.

 

L'OMM effectue tous les quatre ans environ un bilan sur l'utilisation des différents systèmes d'observation (satellitaires comme terrestres) dans les modèles de prévision, et sur les bénéfices qu'ils apportent à la prévision du temps. Ce bilan régulier est traité sous forme d'un atelier rassemblant les principaux centres de prévision numérique du monde. Le dernier rapport sur « l'impact des observations » ainsi que toutes les présentations de l'atelier sont disponibles sur le web public de l'OMM.
Ce dernier rapport date de mai 2008. Le prochain atelier est prévu aux Etats-Unis en mai 2012.

 

Deux définitions utiles pour la lecture de cet article :

 

Nœud ascendant : Pour un satellite dont le plan de l'orbite a une inclinaison non nulle, l'intersection avec le plan de l'Equateur s'appelle la ligne des noeuds. On distingue le noeud ascendant lors du passage de l'hémisphère sud à l'hémisphère nord, tandis que l'autre est appelé noeud descendant.
 

Héliosynchrone : Une orbite héliosynchrone est une orbite choisie de façon que l’angle de la direction du Soleil avec le plan d’orbite demeure à peu près constant tout au long de l’année. Ceci peut être obtenu en mettant à profit la dérive du plan d’orbite liée à l’attraction du bourrelet équatorial. En choisissant bien l’altitude et l’inclinaison, on peut obtenir une dérive d’un peu moins de un degré par jour, permettant de suivre le mouvement apparent du Soleil. En fonction de l’heure du lancement, on peut aussi faire en sorte que le Soleil se trouve dans une direction à l’Ouest du plan d’orbite, et faisant avec lui un angle de 22,5 degré, ce qui correspond à une heure locale de passage à l’équateur de 13h30 (de 01h30 pour le nœud descendant).


 


Mois de Novembre 2011


1/1 Evènements climatiques extrêmes, gérer le risque... rapport spécial du GIEC publié le vendredi 18 novembre.

The IPCC Special Report on Managing the Risks of Extreme Events and Disasters to Advance Climate Change Adaptation

 

Ce rapport spécial dont le titre peut être traduit en français par «Gérer les risques des événements extrêmes et des désastres pour améliorer l’adaptation au changement climatique» a été approuvé par les états membres du Groupe Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat.

Les événements extrêmes sont définis comme ceux au cours desquels un paramètre approche des limites de la plage des valeurs observées pour ce paramètre. La distinction entre événement météorologique et événement climatique repose sur la durée de l’événement, la limite entre les deux étant peu précise et pouvant varier entre moins d’un jour et quelques semaines.

La rareté des événements extrêmes est évidemment une difficulté majeure pour évaluer l’existence de changements statistiquement significatifs dans leur fréquence ou leur intensité. Le rapport considère néanmoins qu’il est probable que l’accroissement anthropique des gaz à effet de serre dans l’atmosphère a provoqué une augmentation générale des minima et des maxima des températures journalières et une augmentation générales des valeurs extrêmes des hautes eaux sur les côtes. Les preuves sont moyennement convaincantes en ce qui concerne l’intensification globale des précipitations extrêmes. Les changements intervenus dans les moyens d’observation ne permettent pas de tirer de conclusion sur une éventuelle augmentation à long terme de l’activité cyclonique tropicale. Il est vraisemblable qu'au cours des dernières décennies, un déplacement vers les pôles des trajectoires des tempêtes extratropicales se soit produit dans les deux hémisphères.

Les pertes économiques dues à des désastres météorologiques ou climatiques ont cru, avec une grande variabilité spatiale et interannuelle. Cette tendance à long terme résulte essentiellement de l’augmentation de l’exposition des personnes et des biens. L’influence du climat sur cette tendance ne peut être exclue, bien qu’elle ne soit pas mise en évidence.

La vulnérabilité humaine aux événements extrêmes dépend de facteurs nombreux et divers. Le rapport décrit comment la gestion des risques de désastre et l’adaptation peuvent aider les communautés les plus vulnérables à faire face au changement climatique.

La confiance dans les estimations des changements à venir dans la direction et l’amplitude des extrêmes dépend de nombreux facteurs, comme la nature de l’extrême, la région et la saison, la quantité et la qualité des données d’observation, le degré de compréhension des processus en jeu et la fiabilité de leur simulation par les modèles.

Il est pratiquement certain qu’au cours du 21ème siècle, la fréquence des journées chaudes et les températures atteintes vont généralement croître tandis que les froids extrêmes seront en réduction. Il est très vraisemblable que la longueur, la fréquence ou l’intensité des vagues de chaleur vont augmenter sur la plupart des terres.

Il est vraisemblable que la fréquence des fortes précipitations ou la proportion des précipitations sous la forme de pluies intenses vont augmenter. Vraisemblablement, la vitesse maximum des vents dans les cyclones tropicaux va croitre, tandis que la fréquence globale de ces cyclones sera stable ou décroissante. On estime (avec une confiance moyenne) que le nombre moyen de cyclones extratropicaux devrait, au cours des prochaines décennies, décroître dans chaque hémisphère et que les sécheresses s’intensifieront à certaines saisons, par suite de précipitations réduites et d’une évapotranspiration accrue. On a peu de confiance dans les estimations des changements des crues fluviales, induits par les changements de température et de précipitations. On peut cependant s’attendre à ce que les pluies intenses provoquent localement des inondations.

Il est très vraisemblable que la montée moyenne du niveau de la mer induira une montée des hautes eaux observées sur les côtes et les zones déjà sujettes à l’érosion et aux inondations continueront de l’être.

Les experts ont une grande confiance dans le fait que les vagues de chaleur, le retrait des glaciers et la dégradation du pergélisol affecteront la haute montagne par des phénomènes comme des instabilités de certaines pentes et des inondations liées à la vidange brutale de lacs glaciaires.

Des mesures d’adaptation, dites "sans regret" , offrent des avantages dans les conditions climatiques actuelles et dans celles qui sont prévues dans une palette de scénarios des changements à venir. Elles constituent de bonnes pistes pour répondre aux évolutions tendancielles estimées de l’exposition, de la vulnérabilité et des événements extrêmes. Elles peuvent être bénéfiques dès maintenant et constituer une base solide pour faire face aux changements estimés. Ces mesures "sans regrets" comprennent des systèmes d’alerte précoce, une bonne communication sur le risque entre les décideurs et les citoyens locaux, une gestion durable de l’utilisation des terres et des écosystèmes. D’autres mesures "sans regret" sont l’amélioration de la surveillance sanitaire, de l’approvisionnement en eau, de l’assainissement, des systèmes d’irrigation et de drainage, des infrastructures résistant au climat, le développement de normes de construction et une meilleure éducation et prise de conscience.

La gestion du risque sera généralement plus efficace si elle fait appel à un portefeuille d’actions de réduction des risques et de réponse aux événements et aux désastres plutôt que de se focaliser sur un seul type d’action. De telles approches intégrées seront d’autant plus efficaces qu’elles auront été adaptées aux circonstances locales.

Une gestion multi-risques fournit des occasions de réduire les effets d’une combinaison de divers impacts et de diminuer la probabilité que le traitement d’un risque spécifique n’entraîne un accroissement de l’exposition et de la vulnérabilité à d’autres risques présents ou futurs.

Un pré-requis pour la durabilité dans un contexte de changement climatique est le traitement des causes sous-jacentes de vulnérabilité, comme les inégalités structurelles qui entraînent la pauvreté et limitent l’accès aux ressources.

Les actions d’adaptation et de réduction des risques de désastre les plus efficaces sont celles qui offrent des améliorations du développement à court terme et de la vulnérabilité à plus long terme, bien que des compromis doivent parfois être faits entre court et long terme. Les interactions entre la mitigation du changement climatique, l’adaptation à ce dernier et la gestion des risques de désastre peuvent avoir une profonde influence sur les trajectoires de développement résilientes et durables.

Plus d'informations :

 

Rapport spécial du Giec : Résumé à l'intention des décideurs (en anglais)

Le rapport complet sera disponible en février 2012.
 

Définitions :

GIEC : Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat

Mesures sans regret : Mesures rentables et utiles en soi, quelle que soit l’amplitude du réchauffement et même sans réchauffement

Mitigation ( Terme franglais : "atténuation" en Français) : Intervention humaine pour réduire les émissions de gaz à effet de serre

Résilience :  Capacité d'un système à rapidement retrouver ou améliorer ses structures essentielles et ses fonctions, après une perturbation

 


 

Mois de Juillet 2011


1/1 Au revoir Jean

 

Nous avons appris avec une profonde tristesse que Jean Labrousse, membre du Club des Argonautes depuis sa création en 2003, nous a quittés ce samedi 9 juillet.

Pour les membres du Club, Jean était un collègue et surtout un ami. Pour tous ceux qui ont eu la chance de le connaître, il était aussi un grand scientifique rigoureux et respecté, tant pour ses connaissances que pour ses qualités humaines.
Il était toujours très présent et pertinent dans nos échanges, sa grande sagesse va beaucoup nous manquer.

Le Club adresse à son épouse Janine et sa famille toute sa sympathie et son émotion.

 

 

 

 

 

Un ancien collègue de Météo France a déposé sur notre site un message qui reflète parfaitement nos sentiments, le voici :

"Bonjour Jean,
C'est avec beaucoup de tristesse que je viens d'apprendre que tu nous avais quittés pour aller dans un autre monde. Un monde où tu seras à coup sûr accueilli à bras ouverts. Là-haut, il vont avoir de la chance de profiter de ton esprit bouillonnant d'idées, de tous les projets à réaliser et surtout de tes qualités humaines pleines de chaleur et d'ouverture vers les autres.
Maintenant, compte sur nous pour ne pas t'oublier ! Il restera toujours quelque chose de toi ici et dans notre mémoire.
Au revoir Jean.
Très amicalement. Joël "

 

Jean Labrousse a largement contribué à enrichir ce site, notamment par des articles sur le climat (rubrique FAQ)  et aussi par les nombreuses discussions qui ont fait progresser la réflexion du Club.

De la même manière, il a participé à l'élaboration de l'ouvrage collectif du Club : "Climat, une planète et des hommes".

 Pendant l'écriture de son livre "L'avenir de l'eau", Erik Orsenna l'appelait : "mon professeur de pluie".

 


Mois de Juin 2011


1/1 Déclaration de l'OMM sur l'état du climat mondial en 2010

L'Organisation Météorologique Mondiale a publié comme chaque année depuis 1993, une déclaration sur l'état du climat mondial.

 

L’année 2010 s’est particulièrement distinguée par le fait que les températures moyennes à la surface du globe ont atteint des valeurs records qui sont du même ordre que celles enregistrées en 1998 et 2005 et qui confirment l’accélération du réchauffement constaté ces 50 dernières années.

 

 

 

Elle vient aussi clôturer la décennie la plus chaude jamais enregistrée, durant laquelle le réchauffement a été beaucoup plus marqué dans certaines régions, notamment en Afrique du Nord et dans la péninsule arabique, en Asie méridionale et dans l’Arctique.

 

 

 

 

La température moyenne a été supérieure de 0,46 °C à la normale calculée pour la période 1961–1990 et de 0,21 °C à la moyenne de la décennie 1991–2000. Celle-ci était déjà plus chaude que les précédentes, ce qui confirme une tendance au réchauffement sur le long terme.

 


Mois de Mars 2011


1/1 In-Memoriam

 

Le 4 mars, une fusée Taurus était censée mettre sur orbite le satellite Glory. Le cône de la fusée ne s’est pas détaché correctement et le satellite est perdu.

C’est le deuxième échec du même type, le précédent concernait le satellite OCO destiné, lui à l’observation du cycle du carbone.

 

Deux coups très durs pour la recherche climatique ! On ne discutera pas ici des questions de politique industrielle qui ont amené au choix d’une société privée pour ces lancements, mais il est clair que le métier d'exploitant de lanceurs est un métier difficile dans lequel, le risque zéro n'existe pas.

De la sorte, pour les utilisateurs, certaines "économies" peuvent coûter très cher. Un nouveau lancement est prévu en 2013 pour OCO, rien n’est prévu pour l’instant pour Glory.

Espérons qu’une solution de remplacement sera trouvée rapidement mais, en tout état de cause, ce sont plusieurs années d’observations qui sont perdues.

Ce satellite emportait deux instruments importants pour la surveillance du climat et la compréhension des mécanismes qui le régissent.

TIM était destiné à assurer la poursuite de la mesure de l’irradiance solaire totale, c'est-à-dire de la quantité totale d’énergie d’origine solaire arrivant au sommet de l’atmosphère.

 

Ces mesures ne sont réellement possibles avec une précision suffisante que depuis l’espace, car l’atmosphère absorbe et diffuse le rayonnement solaire.

Depuis une trentaine d’années, des instruments se sont relayés sur divers satellites, mais leurs périodes de recoupement et leur précision absolue, laissent encore trop d’incertitude quant aux variations de ce facteur clé du système climatique.

 

TIM est le plus performant de ces instruments, un exemplaire en vol depuis 2003 semble d’ailleurs conduire à une révision à la baisse de la constante solaire. C’est dire l’importance qu’il y avait à assurer la continuité de ces mesures et le recouvrement des différents exemplaires, condition indispensable à l’homogénéisation des séries de mesures.
 

L'instrument APS, quant à lui, devait mesurer le degré de polarisation du rayonnement solaire réfléchi. Couramment, ce que mesurent les radiomètres embarqués sur les satellites, c’est l’intensité du rayonnement dans un intervalle spectral donné.

La signature spectrale, c'est-à-dire la variation de l’intensité mesurée en fonction de la fréquence et l’intensité elle-même, permettent souvent mais pas toujours, de déterminer des propriétés essentielles de l’atmosphère ou des surfaces.

La polarisation du rayonnement est une information originale peu exploitée à l’exception de l’expérience française POLDER qui a volé à deux occasions à bord des satellites Japonais ADEOS, mais malheureusement pour de courtes périodes de quelques mois, et à bord du micro satellite PARASOL du CNES avec, cette fois, 6 années de mesures.

Les aérosols sont des particules en suspension dans l’atmosphère dont une partie est produite par l’activité humaine. En interagissant avec le rayonnement solaire, ils ont une influence climatique importante, et les aérosols d’origine anthropique ont très certainement contribué à diminuer le réchauffement provoqué par l’augmentation des gaz à effet de serre.

Ils sont assez aisément détectables depuis un satellite,  au dessus des surfaces sombres comme la mer, car ils augmentent un peu la quantité de lumière réfléchie. En revanche au dessus des surfaces continentales dont la réflectance est variable et parfois élevée, ils ne sont plus détectables par les méthodes traditionnelles, mais ils le sont au moyen de la polarisation .

Le rayonnement solaire est constitué de ce qu’on appelle de la lumière naturelle, c'est à dire non polarisée, cependant quand ce rayonnement interagit avec la matière (gaz, liquide ou solide), la lumière qui est diffusée présente une polarisation partielle. Par exemple, la diffusion par les molécules de l’air (diffusion dite de Rayleigh) polarise fortement la lumière . Par temps clair, la lumière diffusée (le bleu du ciel) est donc polarisée (les abeilles utilisent cette propriété pour se diriger). Mais cette polarisation dépend fortement de l’angle de diffusion, c'est-à-dire de l’angle entre la lumière incidente et la lumière diffusée.

Les particules polarisent elles aussi, mais à des degrés divers suivant leurs caractéristiques optiques, et la dépendance angulaire de leur polarisation dépend elle aussi de leur nature. C’est pourquoi il faut pouvoir mesurer le rayonnement réfléchi en fonction de l’angle de diffusion. Pour cela, on s’arrange pour que la même cible puisse être vue sous différentes incidences lors de la progression du satellite.

On peut ainsi non seulement mesurer les concentrations d’aérosols au dessus des surfaces continentales, mais on peut aussi préciser leurs dimensions et distinguer le type de particules sphériques ou non, et préciser leur nature.

 

Au dessus de la Chine, les fortes concentrations sont pour une bonne part dues à l’activité industrielle, les fortes concentrations observées au dessus de l’Amazone et de l’Afrique ou encore de l’Indonésie sont essentiellement dues aux feux de forêt et feux de brousse.

 

La mission PARASOL était prévue pour durer deux ans. En fait, ce satellite qui faisait partie du A-Train  est resté dans le  vol en formation de cette constellation  pendant plus de 5 ans ; faute de carburant, il a fini par la quitter début 2010.

Même s'il ne fournit plus de mesures co-localisées avec celles des autres membres du A-TRAIN, l’instrument fonctionne  encore en mars 2011. En ce sens, PARASOL est une grande réussite mais il n’a pas de successeur.

Parasol devait être remplacé au sein du E-TRAIN par l'instrument APS de GLORY, un remplaçant très avantageux puisque l’APS a des caractéristiques spectrales et angulaires nettement supérieures à celles de POLDER.

 

La perte de Glory est donc bien un coup dur pour la recherche climatique, c’est aussi un coup dur pour tous les chercheurs et étudiants impliqués dans ce projet.

On souhaite évidemment qu’une solution soit trouvée pour remplacer Glory au plus vite, mais les difficultés budgétaires de la NASA, comme celles d’ailleurs de toutes les Agences spatiales, ne rendent pas très optimistes.

 


Mois de Février 2011


1/3 Voyage dans l’anthropocène, cette nouvelle ère dont nous sommes les héros. Claude Lorius et Laurent Carpentier - Recension de Guy Jacques.

 

Ce livre est écrit par le glaciologue Claude Lorius, médaille d’or du CNRS et Laurent Carpentier, écrivain et spécialiste des questions environnementales, le « couple idéal » scientifique/journaliste qui cite dans cette catégorie Une mer sans poissons de Philippe Cury et Yves Miserey. La fluidité du texte, l’absence de la moindre équation, du moindre tableau, le dialogue en forme d’interview entre les deux auteurs dans l’épilogue porte la marque de cette association.


Il s’agit d’une très belle édition d’Actes Sud, tant dans la mise en page, que par le choix des polices, la qualité du papier, la séparation de chaque chapitre par de superbes photos polaires en noir et blanc, la présence, en début de chapitre, de quelques lignes soulignant l’esprit de chacun d’eux. Une rareté pour un ouvrage de ce type. La poésie n’est pas absente particulièrement dans la description des pôles et du lieu de vie de Claude Lorius, le massif de Belledonne.

 

 

 

 

Appréciez la qualité du texte avec ces quelques extraits :

 

« Les neiges hivernales tapissent le massif de Belledonne. Le vent vient de là-bas, du Sud, apportant la rumeur de l’autoroute dans la vallée où la civilisation continue de foncer en aveugle »

 

« Nous aimerions pouvoir freiner, mais nous ne trouvons pas la pédale de frein. Nous aimerions trouver la sonnette d’alarme, mais bien d’autres avant nous s’en sont chargés en vain ; ces murailles sont dans nos têtes »

 

« Nous ne sommes ni fascinés par le monde d’antan, ni branchés en intraveineuse sur Radio Nostalgie »


« Les glaces », « Le secret » et « L’Antropocène », les trois premiers chapitres racontent, avec maintes anecdotes, l’aventure de Claude Lorius, l’un des trois Enterrés volontaires au cœur de l’Antarctique que conte avec émotion le réalisateur Djamel Tahi dans le film éponyme qu’il faut absolument que vous voyez...

 

« L’Anthropocène » donne le ton au livre, les auteurs rappelant que s’il importait peu de polémiquer sur la date de son démarrage, on devait s’inquiéter de l’éventuelle proximité de sa fin, cette période géologique n’étant pas l’ère des humains mais un ère de crise ! Alors que l’Holocène représente le plus grand intervalle de stabilité du climat depuis 400 000 ans, avec une oscillation de la température d’environ 1 °C, les activités humaines depuis l’invention de la machine à vapeur en 1784 par James Watt provoquent un réchauffement climatique au-delà de cet intervalle en moins de trois cents ans, d’où le titre « L’accélération ».

 

Les chapitres suivants, « Le mur » et « Les crépuscules », mettent en exergue la gravité de la situation due à l’homme planétophage et à notre passivité, les auteurs s’efforçant de garder suffisamment d’optimisme pour intituler leur dernier chapitre « Le sursaut » sans l’accompagner du classique point d’interrogation qui eut indiqué leurs doutes.

 

La tonalité du livre est quand même empreinte de pessimisme teinté d’un brin de nostalgie, cette atmosphère étant magnifiquement illustrée par la réflexion de Lorius dans l’épilogue :

« La science ne peut sans doute pas nous sauver…mais sans la science, il est peu probable que nous soyons sauvés ».

Il ne croit pas à la géo-ingénierie et cloue au pilori ceux qui croient au dogme du progrès technique et de la croissance économique.

On aurait aimé un engagement plus clair pour un changement radical de vie, pour une décroissance.

Avec pudeur, Claude Lorius effleure seulement ce sujet tout en citant philosophes et penseurs d’une certaine contre-culture : le géographe et anarchiste Elisée Reclus, le philosophe transdisciplinaire enseignant l’écologie globale, Jacques Grinevald, sans compter Thomas Malthus, Hans Jonas, Jared Diamond et Edgar Morin.

Si nous avons parlé de pessimisme, plus exactement de désenchantement, c’est parce que sont seulement citées comme réussites collectives (« seule l’action collective est payante ») l’amélioration de la concentration de l’ozone stratosphérique depuis le protocole de Montréal et la signature du Traité de l’Antarctique. Pas suffisant face à l’épuisement des ressources planétaires !

 

Voir aussi video Dailymotion sur le livre

 


Mois de Janvier 2011


1/2  L’année 2010 : un excellent cru pour appréhender la complexité climatique

 

 

De nombreuses agences à travers le monde : NASA, NOAA pour les USA, l’Agence Météorologique Japonaise et le Hadley Center du Met Office britannique convergent.

 

L’année 2010 fut l’année la plus chaude sur Terre depuis 1880. A égalité ou légèrement au-dessus de ce que fut l’année la plus chaude, précédente 2005 (dans la marge d’incertitude). C’est la 34ème année consécutive dont la température globale se situe au-dessus de la moyenne du vingtième siècle.


Et pourtant, souvenons-nous qu'à la fin de l’hiver 2010, qui fut froid en France et en Europe de l'ouest, un rush d’illustres climato-sceptiques  profita de cette « anomalie » froide incontestable pour brocarder les « réchauffistes 
» : ces climatologues représentants d’une pseudo-science qui ne bénéficie pas de la pureté disciplinaire !

 

Profitant de ce que 1998 fut une année chaude, ils affirmèrent alors qu’il n’y avait plus depuis cette date de réchauffement, voire qu’il y avait même refroidissement. Et au diable, l’effet de serre et vive le rayonnement solaire ! Pourtant l’année 2010 bat, comme 2005, sans ambigüité l’année 1998. Souvenons-nous aussi de ces récents mois de novembre et décembre 2010 bien frisquets en France et en Europe et qui mettent à tort, la météo en procès.

Il faut en retenir une première leçon : pas plus qu’ils ne sont le centre du monde, la France et l’Europe n’imposent leurs caractères climatiques. Un coup d’œil à la carte de la figure ci-contre (cliquer sur l'image pour l'agrandir) met en évidence, que s’il a fait anormalement froid en Europe en 2010 (points bleus) il n’en fut pas de même dans le reste du monde où l’anomalie de température est nettement positive (points rouges). Et la moyenne résultante s’est traduite par un réchauffement moyen incontestable.

Deuxième leçon : les dynamiques météorologiques et climatiques sont complexes et sont sans conteste pluri, voire omni disciplinaires ce qui sans doute, leur porte tort. Auguste Comte, un homme d’ordre, qui aimait la classification des disciplines (comme les géologues ?) n’avait donc pas pris en compte la météorologie ou l’océanographie dans sa classification, pour « indiscipline » pourrait-on dire.

Complexe, cela veut dire quoi ? Que la dynamique du climat met en jeu les interrelations et les échanges qui existent entre les différents acteurs du système climatique : le soleil et même la lune, l’atmosphère, l’océan, la Terre solide, le milieu marin vivant et continental, la cryosphère… chaque élément ayant ses échelles temporelles de variations qui interfèrent avec les autres….Alors qu’il fasse plus froid en Europe lorsqu’il fait plus chaud au Groenland ou au Québec il n’y a là rien d’étonnant. Pas étonnant non plus, que si l’accroissement des gaz à effet de serre dans l’atmosphère se fait de manière constante et homogène, les variations de température se fassent de manière hétérogène dans l’espace et irrégulières dans le temps en un endroit donné.


Le réchauffement global n’efface pas la variabilité naturelle du climat, ni dans le temps, ni dans l’espace. Le problème est de savoir s’il en modifie la fréquence ou l’intensité. L’année 2010 est particulièrement intéressante pour l’illustrer.

Les hivers européens et la « NAO »

Chacun est familiarisé avec la pression atmosphérique comme paramètre météorologique et nul n’ignore le poids de l’anticyclone des Açores (haute pression) évoqué dans tous les bulletins météorologique de la télévision.

Moins souvent évoquée mais non moins importante est la zone dépressionnaire d’Islande. La différence de pression entre les deux est un indicateur du temps qu’il fait sur l’Europe de l’ouest. Surtout en hiver.

Plus la différence de pression entre les deux est élevée, plus l’Europe de l’ouest à nos latitudes est exposée aux vents d’ouest océaniques, y apportant en hiver un temps doux et humide. A l’inverse (différence de pression faible), nous nous trouvons exposés à des descentes d’air polaire et donc à des hivers froids.

On appelle indice NAO, l'anomalie (équivalent scientifique du mot écart) de cette différence de pression par rapport à sa valeur moyenne  :

  • anomalie positive = hiver doux,

  • anomalie négative = hiver froid.

Ainsi l’anomalie moyenne fut-elle de - 4.38 de décembre 2009 à Mars 2010. Une des plus négatives depuis I873.

La figure de droite montre aussi que la NAO fut fortement négative entre le 15 novembre 2010 et le 15 janvier 2011. Il fit donc froid durant ces périodes en France sans que cela ne mît en cause le record de l’année 2010, ni le réchauffement global qu’illustre la première figure.

Il n’y a pas de périodicité bien établie des variations de la NAO qui est plutôt d’ordre décennal.

 

 

C’est d’ailleurs la permanence pendant plusieurs hivers de suite, d’une NAO fortement négative (comme le montre la figure de gauche), qui explique la baisse ou la stagnation de la température visible sur la première figure, entre 1950 et la fin des années 1970..


 

 

 

 

 

El Niño/La Niña et les inondations australiennes

Le phénomène El Niño et son contraire La Niña ont une plus grande notoriété que la NAO mais il s’agit aussi d’une oscillation climatique liée aux interactions entre l’océan et l’atmosphère.

On caractérise cette oscillation par les différences de pression atmosphérique entre l’ouest (pression basse) et l’est (pression élevée) du Pacifique équatorial. Et l’indice que l’on utilise, indice ENSO est l’anomalie de cette différence de pression.

 

Lorsque cette anomalie est fortement négative (diminution de la différence de pression atmosphérique entre l’est et l’ouest du Pacifique) les alizés qui soufflent d’est en ouest, faiblissent ou s’annulent et les eaux chaudes qu’ils accumulent normalement à l’ouest (Warm Pool) s’étendent le long de l’équateur d’ouest en est jusqu’aux côtes du Pérou/Chili, y amenant pluie et inondations y compris dans le très sec désert d’Atacama. Et corrélativement, la sécheresse sévit sur la côte est de l’Australie et en Indonésie avec parfois des incendies spectaculaires comme ce fut le cas en 1983.

 

Dans la situation inverse (anomalie positive), les alizés se renforcent, les eaux chaudes s’accumulent à l’ouest avec pluies abondantes sur l’Australie et l’Indonésie et le littoral du désert d’Atacama retrouve ses eaux froides et sa sécheresse.

En 2010 on est passé en juillet d’une situation Niño à une situation Niña qui n’a fait que s’accentuer, d’où normalement des pluies abondantes sur l’Australie. Aucune anomalie (au sens commun) qualitative donc.


Pour la Nao et les hivers européens comme pour La Niña et les inondations en Australie de 2009/2010, on pourrait donc dire a priori : rien de nouveau sous le soleil climatique et les choses suivent leur cours normal.


Cependant, si le réchauffement global, que l’on ne peut nier, n’efface pas les variations climatiques naturelles aux diverses échelles de temps, il peut en modifier le rythme et l’amplitude.

 

L’ampleur exceptionnelle des inondations australiennes actuelles liées à La Niña est-elle appelée à devenir désormais la norme ? Il ne fait pas de doute, par exemple, que le réchauffement observé de la température de surface de l’océan dans l’ouest du Pacifique, lié lui au changement global, est de nature à amplifier les précipitations en période La Niña.

Il n’est pas impossible non plus que le réchauffement global qui équivaut à une augmentation de l’énergie dans la troposphère se traduise par des modifications durables de la NAO, des circulations atmosphériques et océaniques associées, et donc des climats correspondants !

Qu’il fasse plus froid en hiver en France, à cause du réchauffement global ne serait pas forcément surprenant d’autant qu’il ne faut pas oublier que le transport océanique de chaleur des régions équatoriales vers l’Arctique dans l’Atlantique, via le Gulf Stream et la dérive Nord Atlantique est corrélé positivement à la NAO à quelques mois d’intervalle.

À une anomalie de NAO élevée correspondra quelques mois plus tard un transport océanique de chaleur vers le nord plus important et réciproquement : une rétroaction positive en quelque sorte.

A ce jour, nul ne peut répondre à ces questions, si ce n’est que l’énergie complémentaire apportée par l’effet de serre doit bien se dissiper, d’où une probabilité accrue d’évènements extrêmes, voire de la force du vent en moyenne à la surface de la Terre. Au-delà de son importance pour l’humanité, cela fait de la question climatique  un problème scientifique passionnant qui devrait susciter des vocations.


Mois de Juillet 2010


1/1 Lancement du satellite Picard

Le satellite Picard (125 kg) a été lancé avec succès le 15 juin 2010 à 16h42, par une fusée Dniepr depuis la base de Dombarovsky, près de la ville de Yasny en Russie.

 

Ce satellite a été conçu et réalisé par le CNES et le laboratoire associé LATMOS/IPSL ; il faut y ajouter le rôle d’instituts européens en Belgique et en et en Suisse.

 

Le satellite a été placé en orbite héliosynchrone à une altitude de 725 km et donc avec une inclinaison du plan de l’orbite sur l’équateur terrestre de l’ordre de 98 degrés, permettant ainsi que l’angle entre le plan de l’orbite et le soleil demeure constant.

 

Ce satellite est dédié à :

  • la métrologie solaire,

  • l’irradiance solaire totale et spectrale, (l'irradiance totale, caractéristique de la luminosité du soleil, est définie comme l'énergie rayonnante, émise dans toutes les longueurs d'onde, arrivant chaque seconde sur une surface de 1 m2 à l'extérieur de l'atmosphère terrestre, tandis que l'irradiance spectrale correspond à une partie de cette grandeur, mesurée sur telle ou telle portion du spectre électro-magnétique),

  • le diamètre du Soleil, sa forme, ses corrélations avec les variations de l’activité solaire,

  • la rotation du Soleil,

  • les relations Soleil-Terre et leur impact sur l’environnement terrestre et le climat,

  • la structure interne de notre astre, grâce à des mesures d’héliosismologie.

Pour en savoir plus, voir le site CNES : le satellite et les instruments.

 

La séparation a eu lieu comme prévu. Le premier contact avec le satellite à été obtenu à partir de la station de Kiruna en Suède, peu après 18h15, à la position et au moment précis prévus. Tout est nominal, et l’orbite est parfaite. Les instruments ont été mis sous tension fin juin. La première lumière est prévue pour fin juillet. Le satellite devrait être totalement opérationnel d’ici la fin de l’année 2010.

 

Le nom de la mission a été choisi en hommage à l’abbé Jean Picard (1620-1682), académicien qui fit les premières mesures du diamètre solaire durant le minimum d’activité solaire entre 1645-1710, aujourd’hui appelé minimum de Maunder, en hommage à cet astronome de l’observatoire de Greenwich (1851-1928) qui le mit en valeur.

 

Le satellite Picard est le troisième de la filière Myriade; il fait suite au lancement des satellites Demeter et Parasol.

Il a été lancé avec les deux satellites Mango et Tango de la mission Suèdoise Prisma, pour préparer les instruments spatiaux de demain, et étendre aux microsats la maîtrise du vol en formation, démontrée par le Cnes en déc. 2001, (Jason-1).

Les mesures de Picard seront exploitées en synergie avec les autres données disponibles, en provenance soit d’autres missions spatiales, soit des mesures, variées et nombreuses, faites depuis le sol.

 

Ces études porteront en particulier sur:

  • les travaux théoriques en cours, et les importants efforts de modélisation du fonctionnement du soleil, actuellement développés en France et dans le monde,

  • la connaissance des relations Soleil-Terre,

  • le climat

A titre d’exemple, pour mieux comprendre les relations entre climat et activité solaire, les mesures de Picard seront utilisées par les équipes de l'IPSL pour simuler,  (dans leur modèle "LMDZ-REPROBUS"), l’effet des variations de l'éclairement ultraviolet solaire sur la couche d'ozone et le couplage entre la stratosphère et la troposphère.  

 

Ce programme ambitieux s'inscrit dans la continuité de mesures entamées au 17ème siècle. Un archivage soigné des données et un accès facilité sont prévus.

Au cours des siècles, l’étude et l’observation du Soleil ont toujours été, pour des raisons assez évidentes, un objectif majeur avec des observations faites de façon pérenne et continue.

 

Un peu d'histoire...

Le Soleil est en effet l’étoile qui nous chauffe, nous éclaire, et a permis le développement de la vie terrestre. Toutes les variations de ses émissions, ondes ou particules, peuvent avoir des conséquences importantes pour l’homme, la vie en société, le fonctionnement de nos systèmes de communication, de transport, et beaucoup d’autres aspects.

Certes, depuis la formation du Soleil qui a débuté il y a environ 4,55 milliards d’années, beaucoup de propriétés physiques ont changé. L’irradiance solaire était à titre d’exemple, et d’après les modèles existants, plus faible d’environ 30% par rapport à ce qu’elle est aujourd’hui.

Cependant, de nos jours, à l’échelle des temps humains, les variations mesurées de cette irradiance totale sont faibles, de l’ordre de 0,1%. (de sorte que l'irradiance totale s'appelle aussi la constante solaire). Toutefois, des variations beaucoup plus importantes des émissions électromagnétiques sont observées dans le domaine des courtes longueurs d’onde, (UV, EUV, X) et dans le domaine radio. Comme l’énergie émise dans ces longueurs d’onde est petite par rapport à ce qui est émis dans le domaine visible, ces variations apparaissent peu susceptibles de modifier sensiblement un aspect de grande actualité, le climat, sauf à mettre en évidence des effets amplificateurs inconnus, ce qui fait l’objet de recherches actuellement.

 

Entre 1645 et 1710, le très long minimum d’activité solaire, dit de Maunder, s'est traduit par la rigueur des hivers en Europe du Nord, un phénomène qui  a toujours questionné les scientifiques, d’autant qu’à cette époque il n’y avait ni pollution ni gaz à effet de serre d’origine anthropique, susceptibles de modifier le climat (mais ceci peut être un avantage pour des études modernes sur le sujet). Même si ce qui s'est passé au 17 éme siècle reste exceptionnel, la longueur du dernier minimum solaire, (qui vient de s’achever), intrigue aussi les chercheurs. L’étude des effets de l’activité solaire sur notre environnement continue ainsi d’être très importante, et bénéficie d'immenses progrès technologiques sur la précision, sur l’exactitude, et sur  l’échantillonnage des données.

Il y a une activité solaire avec un cycle principal d’environ 11 ans, de durée variable. En hommage à un astronome amateur, pharmacien de profession, Heinrich Schwabe (1789-1875) qui le découvrit, on l'a appelé cycle de Schwabe. L’activité solaire est caractérisée par l’apparition de taches et de groupe de taches à la surface du Soleil, ainsi que par l’éjection de particules (protons, ions, électrons) à grande vitesse, qui peuvent générer des orages géomagnétiques au niveau terrestre, avec souvent le déclenchement de belles aurores dans le ciel polaire. Lorsque l’on prend en compte la polarité du champ magnétique, c'est en fait un cycle solaire de 22 ans qui est observé. Ces taches solaires, découvertes par Galilée, sont observées depuis le 17 ème siècle, mais les cycles ne sont suivis de manière fiable que depuis le 18 ème siècle, Celui qui a débuté en 1761, correspondant à un maximum d’activité, a reçu le numéro 1, de sorte que le cycle 24 a débuté en 2008.

 

Pour des raisons encore mal connues, la durée du dernier minimum solaire a été particulièrement longue. Le prochain maximum est attendu en principe vers 2013-2014.

La mission Picard va donc faire des mesures dans un moment très intéressant correspondant à la phase croissante du cycle solaire et devrait pouvoir contribuer à répondre à de nombreuses questions toujours existantes tant au niveau du fonctionnement du Soleil que dans les relations Soleil-Terre.
 

Les apports du satellite Picard...
Trois instruments scientifiques à bord dont deux développés en Belgique et en Suisse, vont fournir des données aux laboratoires de recherche :

  • SOVAP comprend un radiomètre différentiel absolu (Institut royal météorologique de Belgique) avec un capteur bolométrique pour déterminer l’irradiance totale.

  • PREMOS : Cette expérience développée en Suisse comprend trois photomètres et un radiomètre pour déterminer l’irradiance spectrale solaire. Il y a deux canaux dans l’UV pour étudier les variations de l’ozone stratosphérique, un canal dans le visible et deux canaux dans l’IR. L’objectif est de déterminer la variabilité de l’ozone, d’observer les oscillations solaires (pour faire des mesures d’heliosismologie) ; elle est aussi de déterminer l’irradiance absolue totale grâce à un radiomètre absolu fourni par l’Observatoire de Davos en Suisse.

  • SODISM : Il s’agit d’un télescope de 11 cm de diamètre (mesure du rayon du soleil, - environ 959,5 seconde de degré, à la milli-arcseconde près, de la forme du Soleil et de sa non-sphéricité). Cette expérience a été développée au LATMOS à l’Institut Pierre Simon Laplace avec des mesures permettant de faire aussi de l’héliosismologie ; SODISM est un télescope imageur associé à un CCD de 2048x2048 pixels.

Compte tenu de l’important effort international d’observation du Soleil, les mesures de Picard ne seront pas traitées de manière isolée. Elles s’intègreront dans un effort continu à long terme, en France, en Europe, et dans le monde (USA et Japon en particulier).

 

Dans un passé récent, on a fait beaucoup de mesures sur le spectre du rayonnement solaire, et sur la constante solaire, à commencer par le satellite SOHO, lancé en 1995, et qui est toujours en activité, ainsi que la mission SORCE (à 640 km d’altitude lancé en 2003 par les USA).

D’autres mesures de ces grandeurs sont faites à partir de la station habitée, "l’International Space Station" depuis le début de 2008 ; c’est l’expérience SOLSPEC du LATMOS (spectre de 170-2900 nm), qui complète le domaine de longueur d’ondes observées avec les expériences SOL-ACES (spectre 17-140 nm), et SEE (spectre140-170 nm).
Il faut citer aussi les missions, Solar B (22 septembre 2006, lancée par le Japon pour l’étude du champ magnétique solaire), et la mission STEREO (25 octobre 2006), lancée par les USA avec deux satellites qui se suivent (pour obtenir des images stéréoscopiques des éruptions solaires), et observer ainsi les couches extérieures de l’atmosphère solaire avec des instruments américains et européens, dont des instruments français. Le projet STEREO est la troisième mission du programme scientifique international de l'étude des relations Soleil-Terre STP.

Mais de nouvelles technologies de surveillance du Soleil continuent de se développer, d‘où un nouvel effort aux USA avec la mission SDO, lancé le 11 février 2010 sur une orbite géosynchrone pour la mesure de la distribution du champ magnétique, et effectuer un sondage profond de l’intérieur solaire, mission dans laquelle deux laboratoires spatiaux français, sont associé. De son coté, l’ESA a lancé le satellite Proba-2 (novembre 2009), développé en Belgique avec une collaboration de l’Académie des sciences tchèque sur les instruments d’observation.

 

Dans quelques années, la mission Solar Orbiter étudiée par l’ESA devrait être lancée, (à partir de 2015), pour succéder à la mission Ulysse arrivée en fin de vie le 4 juin 2008, après 17 ans de service, et qui tournait autour du Soleil pour permettre l'observation de ses pôles Nord et Sud.

En dehors de l’Espace, l’Observatoire de la Côte d’Azur au plateau de Calern, mesure depuis 30 ans le diamètre du Soleil, pour étudier sa variabilité au cours du cycle solaire  (Instrument Astrolabe solaire, puis l’instrument Doraysol, et maintenant l’instrument SODISM-II, réplique de l’instrument en orbite, avec en plus l’instrument Misolfa pour l’étude de la turbulence atmosphérique). Le diamètre, de l’ordre de 1920 seconde de degré, est le plus grand au moment du minimum solaire. Les variations sont de l’ordre de quelques dixièmes de seconde à une demi-seconde de degré. Les mesures au sol sont délicates et peuvent être perturbées par la traversée de l’atmosphère par les rayons solaires; l’apport de la technologie spatiale permet de s’affranchir de cette perturbation atmosphérique.

 

En complément de la mission spatiale sera menée la mission Picard-sol pour faire des études comparatives de la mesure du diamètre solaire depuis le plateau de Calern à l’Observatoire de la Côte d’Azur, et ainsi tirer profit des 30 ans de mesures passées de cette grandeur. D’autres mesures au sol seront associées à ces études.

Beaucoup de recherches sont en cours, particulièrement en Europe et en France comme l’a montré la journée du 11 juin 2010 sur les relations Soleil-Terre, organisée par l’Institut Pierre Simon Laplace.

 

En conclusion, Picard s’insère dans un plan de surveillance du Soleil, de l’environnement solaire et terrestre. Il marque notre contribution à un programme extrêmement ambitieux et pointu, avec de nouvelles technologies de plus en plus précises. Elles autorisent de grands espoirs, mais l’approche demeure complexe car la discipline inclue des aspects modélisation, des mesures à plusieurs satellites, ou issues de plusieurs expériences, dont des mesures au sol. Sur le plan du climat, l'objectif est de contribuer à reconstruire le passé, reproduire le présent, et tenter de se projeter dans le futur.

Pour en savoir plus :

Référence l’astronomie de Juin 2010 pour SDO Etienne Pariat /Lesia Observatoire de Paris-Meudon.

http://www.ipsl.fr/fr/Actualites/Evenements
 


Mois de Juin 2010


1/1 Plainte de Claude Allègre : le point de vue d'Édouard Brézin.

 

Suite à une plainte déposée par Claude Allègre, le directeur de l'hebdomadaire Politis et sept personnalités du monde économique et scientifique dont un membre du Club des Argonautes, viennent d'être mis en examen pour "diffamation publique". Le délit : la publication en juin 2009 d'un article : «Claude Allègre, question d’éthique». 

 

Le mardi 15 juin, s'est tenu au Théâtre de l'Est Parisien une réunion publique de protestation sur le thème : «Allègre politique, media et science» organisée par Mediapart, Politis et Terra Eco. Voir la pétition et le blog de sylvestre Huet. 

 

A cette occasion, a été lu un message d'Edouard Brézin, physicien, ancien président de l'Académie des Sciences et président du CNRS de 1992 à 2000.

On trouve le texte sur le blog de Sylvestre Huet, le voici reproduit ci-dessous :

 

«La science est engagée dans un processus collectif où, si la confrontation des idées est indispensable, seule l'honnêteté intellectuelle permet en définitive de corriger les erreurs temporaires inévitables. Le choix des données, leur analyse, les modes de publication, appartiennent à l'exigence d'intégrité des professions scientifiques.
Lorsque des scientifiques reconnus pour leurs contributions à un domaine où ils ont fait preuve de leurs capacités, se servent de leur prestige pour asseoir sur leur autorité des assertions non justifiées dans des domaines qui leur sont étrangers, lorsque l'insulte, le mépris, l'intimidation, viennent au secours des erreurs d'analyse, les scientifiques ne sont pas dupes, la science n'est en rien affectée. En revanche la perception par la société de la science et de ce que l'on peut en attendre, est complètement piétinée par cette attitude.
Les déclarations de C. Allègre sur les mathématiques ou la relativité générale ont eu pour simple effet de ridiculiser leur auteur aux yeux de la communauté scientifique. Mais lorsque le pouvoir politique, hélas de tous les bords, lui donne les moyens d'agir ; lorsque la négation a priori de l'effet anthropique sur le climat renforce le pouvoir de nuisance de ceux qui protègent leurs intérêts et ne souhaitent que prolonger leur "business as usual", ce n'est pas la science qui est en danger, mais tout notre avenir».

 

Un point de vue qu'il est réconfortant de lire tout comme l'article de Bruno Voituriez paru dans Le Monde du 1er juin 2010.

 


Mois de mars 2010


1/1 - À propos de l'appel des scientifiques du climat...

 

Une vive polémique s’est installée récemment autour des recherches sur le climat de la Terre et son évolution possible. Impliqué dans cette polémique, Claude Allègre revendique sa liberté de parole et n’est, dit-il, sous la tutelle de personne. Ainsi en est-il aussi des membres du Club des Argonautes qui tous, chercheurs et ingénieurs, ont travaillé et exercé des responsabilités dans les domaines d’étude de ce que nous appelons le «triangle océan, climat, énergie».


Retraités, les membres du Club entendent s’exprimer librement. Leur action se situe à la transition entre Science et Société et vise à transmettre au plus grand nombre le savoir scientifique dans les domaines de l’évolution climatique et des énergies marines :

  • en diffusant des informations pédagogiques d’une grande rigueur scientifique, issues de publications scientifiques validées et,

  • en apportant des explications claires sur les résultats actuels de la recherche et les différents scénarios possibles.

S’ils se sont choisis comme «sponsors» Jason et ses compagnons, c’est que comme les antiques Argonautes, ils sont à la recherche de quelque chose de précieux : la connaissance, qui passe par la passion de la recherche et la joie de la découverte.

 

Les nouveaux Argonautes ont conscience que la Terre est leur vaisseau, et ils aiment à se dire « géonautes », persuadés qu’il faut apprendre à piloter la Terre, non pas qu’elle soit menacée : elle en a vu d’autres ! Mais elle est notre unique habitat, et il importe d’y maintenir les meilleures conditions de vie possibles pour l’homme. Pour ce faire, il faut bien la connaître et particulièrement la biosphère, cette mince couche superficielle qui abrite la vie, dont l’homme est une composante, et dont le fonctionnement dépend de manière interactive du climat.

Car si le monde vivant dépend du climat, le climat est aussi façonné par la vie, depuis son apparition sur Terre. Que l’homme, cette nouvelle espèce, transforme à son tour la biosphère et son climat est dans l’ordre naturel des choses, et n’a rien d’anormal ou de sacrilège.
A lui d’en prendre toute la mesure en cherchant à comprendre le fonctionnement du système climatique pour proposer des scénarios probables d’évolution. C’est ce que font les climatologues qui, n’en déplaise à Claude Allègre, sont de vrais scientifiques : physiciens, mathématiciens, météorologues, océanographes, chimistes, biologistes, glaciologues, hydrologues ou géologues.

Ils prennent évidemment en compte une nouvelle perturbation que le monde vivant introduit dans le système climatique : la production par l’homme de gaz à effet de serre qui s’accumulent dans l’atmosphère. La physique expérimentale de base dit qu’il s’ensuit nécessairement un accroissement de la quantité de chaleur contenue dans l’atmosphère, et donc une élévation de sa température, à moins que l’on invente une nouvelle physique. Les climatologues prennent en compte ce phénomène et en évaluent l’impact sur les climats à venir suivant différents scénarios d’accroissement des gaz à effet de serre, en précisant bien les marges d’incertitude de ces différents scénarios.

Démarche éminemment scientifique, les climatologues s’appuient sur la meilleure source d’information dont on puisse disposer, les mesures et les observations qui seules, permettent de valider les modèles qu’ils utilisent et qui prennent en compte tous les acteurs du climat.

Le Club des Argonautes a volontiers apporté son soutien à l’initiative des climatologues, lancée par Valérie Masson Delmotte et 12 collègues, de faire parvenir aux instances scientifiques une lettre ouverte les interpellant face aux accusations mensongères lancées à l’encontre de la communauté des climatologues.

Le club n’a aucun doute quant à la qualité scientifique de cette communauté à travers le monde et, en la matière, le consensus ne peut être suspect qu’à ceux qui, laissés pour compte de la climatologie, voudraient en tirer argument pour se faire valoir, (semblables en cela aux créationnistes adversaires du Darwinisme « consensuel »).

Pour assurer aux chercheurs leur liberté et leur indépendance vis-à-vis de leurs tutelles, le Club a pris à son compte, via son site web, l’organisation du processus de recueil des signatures de cette lettre ouverte, lettre signée par des membres du club ayant eu à connaître de la climatologie.

 

Sur le fond, voir aussi :

Réponses aux arguments de ceux qui doutent de la réalité d’un changement climatique anthropique  (Michel Petit - mars 2010)

La déclaration des onze académies  (News 2005)



Mois de janvier 2010


1/3 - The Copenhagen Diagnosis : Climate Science Report

Dans la perspective de la conférence de Copenhague l’Université New South Wales de Sidney a publié un rapport «The Copenhagen Diagnosis : Climate Science Report».


Rédigé par 26 spécialistes de différents pays il constitue une mise à jour de la première partie «The physical science basis» du 4ème rapport du Giec qui date de 2007 sur la base des résultats scientifiques obtenus depuis sa rédaction.

 

Il couvre l’ensemble des sujets traités dans le rapport du Giec et inclut :

  1. une analyse des émissions des gaz à effet de serre et de leur concentration dans l’atmosphère ainsi que du cycle du carbone ;

  2. un examen des différentes composantes du système climatique : atmosphère, océans, surface terrestre, cryosphère

  3. les projections pour le futur

  4. les paléoclimats, évènements extrêmes, niveau de la mer, changements brutaux, effets de seuil etc…

Le rapport comporte aussi de nombreux encarts pour expliquer les erreurs d’interprétation et de compréhension couramment rencontrées à propos du changement climatique : la saturation en CO2, l’importance de l’activité solaire, le refroidissement supposé des dix dernières années etc...


Destiné aux «décideurs», parties prenantes, media, c’est un rapport «grand public» très accessible, si ce n’est que seul le «résumé exécutif» d’une page est traduit en français.


Le Club des Argonautes recommande cet excellent rapport que l’on trouve en libre accès à l’adresse :

 

http://www.copenhagendiagnosis.org/

 

Résumé exécutif

 


Mois de Août/Septembre 2009


1/1 Activité solaire et réchauffement climatique. Vers un nouveau cycle de Maunder ?

 

Pour ce qui est de l'activité solaire :

 

Depuis des siècles l'homme a observé que le soleil manifestait une activité périodique : sur des périodes successives de 11 ans, le nombre de taches à sa surface croît puis décroît.


Ce cycle d'apparition des taches solaires est couplé à un cycle du champ magnétique solaire de période 22 ans. Un cycle solaire correspond à une alternance de la polarité magnétique hémisphérique du soleil. Le dernier maximum solaire, (nombre maximum de taches solaires), a culminé en 2001 et a produit d'importantes perturbations géomagnétiques, jusqu'à mettre en péril les électroniques et les panneaux solaires des plates-formes spatiales soumises à ces effets.
Mais quelque chose de particulier semble se produire actuellement, comme le signalent dans EOS Transactions (Volume 90 – N° 30) deux chercheurs, W. LIVINGSTON et M. PENN, du National Solar Observatory (NSO) de Tucson- Arizona. Le minimum d'intensité solaire dans lequel on est actuellement, corrélé à l'absence de taches solaires, dure depuis près de 2 ans (670 jours en juin 2009), un événement qui ne s'est pas produit depuis 1933.

Ce qui concerne les climatologues dans cette anomalie, c'est le fait que, dans le passé, une très longue période d'absence de taches solaires a déjà été observée, de 1645 à 1715, appelée le «minimum de Maunder». Elle a correspondu à une période de refroidissement généralisé des températures enregistrées en Europe, appelé le «petit âge glaciaire».


Des modèles et des observations spatiales récentes ont effectivement montré que les périodes d'absence de taches solaires correspondaient à une baisse du rayonnement solaire total reçu par la Terre, et donc à un refroidissement. A partir des observations faites pendant 13 ans par le télescope du «Mc Math-Pierce Observatory» à Kitt Peak et publiées en 2006, M. PENN et W. LIVINGSTON déduisent de l’évolution de l'intensité (la force) du champ magnétique autour des taches solaires... que celles-ci pourraient disparaître complètement à partir de 2015 !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces observations ont conduit certains scientifiques à se demander si les taches solaires de ces dernières années étaient différentes de celles des périodes antérieures. Les réponses ne sont pas claires, mais les données du «Mc Math – Pierce Observatory» détiennent probablement des indices pour préciser les relations, encore mal connues, entre taches solaires, rayonnement total et champ magnétique solaire. D’où l’importance de mesurer l’activité magnétique du soleil en cette période apparemment anormale d’activité solaire minimum.

Assiste-t-on à une décroissance à long terme des taches et du rayonnement solaires, suggérant l'entrée dans une période équivalente au «minimum de Maunder» ?

C'est une question ouverte, bien que les taches solaires devraient réapparaître, comme l’ont suggéré, en Juin 2009, deux autres chercheurs du NSO, Rachel Howe et Frank Hill, au cours d’une conférence de l’American Astronomical Society à Tucson ; en s’appuyant sur l’observation du champ magnétique qui a changé de polarité, ils montrent que l’on est bien entré dans un nouveau cycle solaire.
 

Pour ce qui est du réchauffement climatique :


Cependant, même si l’on assistait à une disparition durable des taches solaires pendant plusieurs dizaines d’années, voire un siècle, comme se fut le cas au XVIIème siècle, (ce que certains scientifiques jugent à nouveau possible), bloquant ainsi le rayonnement solaire à son minimum, (estimé à environ  1 365 W/m2), cela ne ferait que lui soustraire environ 1 W/m2 en moyenne.


D'un autre coté, les chiffres du forçage radiatif d'origine anthropique retenus par le Groupe de Travail n°1 du GIEC dans le 4ieme Rapport (janvier 2007) sont les suivants :

  • Accroissement de la concentration des gaz à effet de serre: +2,30 W/m2.

  • Aérosols d’origine humaine: -0,50 W/m2.

  • Variation de l’albédo lié aux nuages: -0,80 W/m2.

  • Accroissement de l’ozone du aux activités humaines: +0,35 W/m2.

  • Halo carbones: +0,34 W/m2.

  • Variation de l’albédo du à la modification de l’usage des sols: -0,20 W/m2.

  • Variation de l’albédo du aux retombées des suies sur la neige: +0,10 W/m2.

Pour pouvoir comparer l'hypothèse d'une diminution de 1 W/m2 du rayonnement solaire atteignant l’atmosphère avec le forçage radiatif d'origine anthropique net, (estimé par le GIEC à 1,6 W/m2, comme l'indique un bilan global des valeurs ci dessus), il faut tenir compte de 2 facteurs :

  • d'une part, l'albédo de la Terre, qui renvoie dans l'espace 30 % en moyenne du rayonnement solaire incident,

  • d'autre part la forme sphérique de la Terre, qui conduit à diviser par 4 la diminution du rayonnement solaire pénétrant effectivement dans notre biosphère (0,7 W/m2 sous l'hypothèse faite, et en tenant compte de l'albédo terrestre). En effet, la surface du disque qui intercepte le rayonnement solaire(un grand cercle de la sphère planétaire : πR2), n'est que le quart de la surface du globe terrestre : 4πR2.

Au total, l'hypothèse d'une diminution de 1 W/m2 du rayonnement solaire atteignant l’atmosphère se traduirait par une réduction d’environ 0,18 W/m2 du forçage radiatif provenant du soleil. Comparé au forçage radiatif d'origine anthropique net, estimé par le GIEC à 1,6 W/m2, cela ne représenterait qu’une baisse voisine de 11%, qui ne serait pas de nature à diminuer de façon substantielle le réchauffement climatique en cours, causé par nos émissions de gaz à effets de serre.


Ce qui ne signifie pas qu’il n’y aurait pas, dans une telle hypothèse, d’impact climatique significatif au niveau régional notamment. En effet si la baisse de la température moyenne globale n’a été que 0,3-0,4°C au plus froid de la période de Maunder (à peine la moitié de ce que l’accroissement de l’effet de serre a déjà provoqué) elle fut comprise entre 1 et 1,5°C en hiver en Europe ce qui n’est pas rien.

 

 

Cela résulte de la complexité des relations entre la Terre et le rayonnement solaire dont on ne peut réduire simplement les variations à celles du rayonnement total. Les variations dans le rayonnement ultraviolet sont relativement beaucoup plus importantes que celle du rayonnement global et ont un impact important (température, circulation, couche d’ozone) sur la stratosphère, la couche atmosphérique entre 10 et 50 Km d’altitude au-dessus de la troposphère dans laquelle nous vivons.


Stratosphère et troposphère ne sont pas indépendantes l’une de l’autre. Elles interagissent et les perturbations de la stratosphère ne sont pas sans conséquence sur la circulation atmosphérique dans la troposphère. Ainsi en fut-il pendant la période de Maunder caractérisée par un affaiblissement notable du rayonnement ultraviolet qui via la stratosphère installa durablement la NAO en phase négative. La NAO (North Atlantic Oscillation) est caractérisée par la différence de pression atmosphérique entre le système anticyclonique des Açores et le système cyclonique dépressionnaire d’Islande. Lorsque cette différence est élevée(indice NAO positif) les vents d’ouest qui circulent en hiver sur l’Atlantique sont forts et l’Europe bénéficie d’un climat hivernal doux et humide. A l’inverse si les différences de pression sont faibles (indice NAO négatif), privée de ces afflux d’air maritime l’Europe connaît un hiver froid et sec. C’est ce qu’il advint pendant la période de Maunder de faible activité solaire qui, ironie de l’histoire, correspond très exactement au règne de Louis XIV dit Roi Soleil, peut-être pour conjurer le mauvais sort climatique.


Si nouveau cycle de Maunder il y avait, cela ne compenserait pas, loin de là, la perturbation anthropique de l’effet de serre mais pourrait néanmoins modifier les prévisions régionales que l’on fait de l’inéluctable changement climatique.


Mois de Mars 2009


1/2 - Apocalypse now

Le Danemark sera hôte de la prochaine Conférence des Nations Unies sur le Changement Climatique qui se tiendra à Copenhague en décembre 2009. L’objectif de cette conférence est de décider les mesures à prendre au-delà du protocole de Kyoto en 2012. 

 

Ce protocole adopté lors de la Conférence des Parties à la "Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques" à Kyoto, en décembre 1997, est entré en vigueur en février 2005, lorsque 55 pays représentant au moins 55% des émissions de CO2 des pays industrialisés l’eurent ratifié. Au 14 janvier 2009, 183 états plus l’Union Européenne avaient procédé à la ratification. Le protocole prévoyait une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 5% en 2012 par rapport à 1990.

Pour préparer cette conférence l’Université de Copenhague a organisé les 11 et 12 mars 2009 un congrès scientifique international sur le changement climatique. Ce congrès visait expressément à faire prendre conscience par les politiques de l’urgence des décisions à prendre lors de la conférence de décembre :

“The main aim of the congress is to provide a synthesis of existing and emerging scientific knowledge necessary in order to make intelligent societal decisions concerning application of mitigation and adaptation strategies in response to climate change.”

C’était une mise à jour des connaissances scientifiques utilisées par le GIEC pour son 4ème rapport publié en 2007 qui, compte tenu des délais de rédaction, dataient de quelques années.

La presse s’est d’autant plus intéressée à cet événement que la teneur très alarmiste des communications présentées constituait un espèce de "friandise médiatique" ! Deux mille scientifiques y ont communié dans un bel unanimisme qui, on peut le prévoir, fera grincer les dents de quelques contestataires qui y verront davantage l’expression d’un lobby, qu'une démarche scientifique (qui impliquerait  nécessairement, selon eux, une analyse critique laissant plus de place au débat public contradictoire dont se nourrit la recherche).

En dépit de ces aspects de "Grand Messe", la réunion de la semaine dernière n’a rien là que de très rationnel et très scientifique.

Les simulations de l’évolution du climat en réponse à l’accroissement des gaz à effet de serre faites par le GIEC ont deux sources d’incertitude: 

  • L’incertitude scientifique d’une part, liée à l'imperfection des modèles, en particulier aux processus qu'ils prennent en compte, et aux données elles mêmes.

  • et d’autre part, celle liée aux scénarios d’évolution des émissions des gaz à effet de serre, qui dépendent des évolutions économiques et démographiques. 

On peut dire que les fourchettes totales pour la décennie 2090-2099 données dans le rapport 2007, tous scénarios pris en compte, reflètent d'abord l’incertitude des scénarios, tant pour les accroissements de la température moyenne (1,1-6,4°C) que pour le niveau moyen des océans (18-59cm) . Tandis que les fourchettes, pour un scénario donné, sont la trace des incertitudes scientifiques. Par exemple, pour le plus mauvais scénario envisagé A1FI (augmentation des émissions de GES au rythme où il était dans les années 90 : +2.4% /an), la fourchette de température est de +2.4 à +6.4°C, et pour le niveau de la mer de +26 à +59 cm. 

Les scénarios du GIEC pour son dernier rapport datent de 2000, et sont les mêmes que ceux utilisés pour le rapport précédent (2001). La comparaison de ces scénarios avec la réalité, à savoir l’évolution des émissions de gaz à effet de serre effectivement constatée, est sans appel : 

le taux d’augmentation d’émission de CO2 n’a pas cessé de croître depuis 2000 passant de moins de 2% à 3.3%. Autrement dit, nous sommes au-delà du scénario le plus pessimiste. 

Les objectifs du protocole de Kyoto n’ont pas été atteints et, à ce rythme, les simulations du GIEC les plus noires deviennent obsolètes. Voilà qui justifie le signal d’alarme lancé à Copenhague, et la pression exercée sur les politiques pour qu’ils prennent compte de l’urgence, et dépassent l’horizon des prochaines élections qui est habituellement le leur.

D’autant que parallèlement, du côté de la science et des observations de l’évolution du climat, il y a tout lieu de s’alarmer aussi. Le niveau de la mer est le meilleur indicateur que l’on puisse avoir de l’évolution climatique, puisqu’il intègre à la fois la température de l’océan et la fonte des glaciers et calottes polaires. Or, les plus récentes mesures des  satellites gravimétriques GRACE, ont montré que depuis 2003, cette contribution à l’élévation du niveau de la mer est passée de 1,5 mm/an à 2.2mm/an, soit une augmentation de 50%, signe d’une accélération imprévue du processus. 

Nous étions déjà sortis des limites de l’épure tracée par l’histoire de la variabilité du climat : jamais, dans le dernier million d’années qui a vu l’alternance de périodes glaciaires et interglaciaires, les teneurs en gaz à effet de serre n’ont été aussi élevées qu’actuellement; voilà que maintenant, à peine esquissées, nos prévisions sortent elles aussi de l’épure que nous nous étions nous mêmes fixée. Le pire est peut-être sûr: en cette année ou l'on célèbre le 400ième anniversaire de la naissance de Galilée, comment ne pas songer au propos qu'il aurait lancé aux contestataires mentionnés plus haut : "Et pourtant, elle fond !"  . 

Le GIEC, pour son prochain rapport à paraître en 2014, a mis en chantier la définition de nouveaux scénarios et se réunit à Antalya, en Turquie, les 21-23 avril 2009 pour préparer ce rapport et la conférence de Copenhague de décembre 2009, en prenant en compte les avancées scientifiques mises en lumière à la conférence de l’Université de Copenhague. 


Février 2009


 

1/3 - Réchauffement inexorable ?

 

Même si l’humanité réussit à maîtriser ses pollutions, en particulier ses émissions de Gaz à Effet de Serre (GES), très probables responsables d’un réchauffement climatique qui affectera les siècles à venir, la chaleur dissipée par la consommation des énergies non renouvelables, nécessaires au maintien d’un mode de vie de nos sociétés proche de l’actuel, conduira inexorablement à un réchauffement de la Terre de plusieurs degrés Celsius à l’échelle de seulement quelques siècles (10 °C dans 450 ans !).

 

C’est ce qu’affirme, Eric Chaisson, chercheur du Harvard College Observatory (Cambridge, Massachussetts) dans un article publié dans Eos, le bulletin hebdomadaire de l'American Geophysical Union

Son argumentation est fondée sur les conséquences de l’application du deuxième principe de la thermodynamique qui stipule que toute énergie, quelle que soit son origine, se transforme inéluctablement en chaleur. Or depuis la formation des galaxies et des étoiles jusqu’aux sociétés humaines, pour maintenir ordonnées ces structures inertes ou vivantes de plus en plus complexes il faut consommer de l’énergie et donc à terme produire de la chaleur. Depuis l’apparition de la vie sur Terre il y a quelque milliards d’années et de l’espèce humaine il y a quelques millions d’années, le bilan de l’énergie consommée pour maintenir cette vie et notre espèce, de plus en plus exigeante, croit exponentiellement. Ce bilan peut s’exprimer par une densité d’énergie par kilogramme de matière (Watts par Kilogrammes). Elle était de 102 W.Kg-1 à l’apparition des sociétés humaines de chasseurs-cueilleurs. Actuellement elle est de l’ordre de 250 W.Kg-1 dans les pays développés.

 

Mais l’énergie totale consommée continuera de croître pour trois raisons : 

  • la démographie (9 milliards d’habitants en 2050), 

  • l’émergence des pays en développement qui tendront à atteindre l’équité avec les pays développés en matière de confort, 

  • et surtout le taux de consommation d’énergie par tête d’habitant qui va probablement continuer de croître, ne serait-ce que pour lutter contre les impacts du changement climatique (déplacement de villes submergées par la montée du niveau de l’océan, climatisation, séquestration des GES,…). 

Certes des économies d’énergie sont possibles en améliorant le rendement des différentes machines utilisées (le rendement actuel de la production d’électricité est de 37 %, celui d’un moteur de voiture de 25 % et celui d’une lampe à incandescence de 5 % !). Mais finalement toute cette énergie, quelque soit son origine et l’efficacité de son usage, sera transformée en chaleur et élèvera la température de la Terre. 

Actuellement notre mode de vie sur l’ensemble de la surface de la Terre consomme approximativement 18 terawatts dont les deux-tiers sont gaspillés, c’est encore peu comparé au 120 000 terawatts du flux solaire qui domine le bilan d’énergie de la Terre.

 

Mais la croissance de la consommation humaine d’énergie estimée à 2 % par an, ajoutée à la croissance démographique, conduira, d’après l’auteur de l’article, à une demande de consommation d’énergie de 100 terawatts à la fin du XXIe siècle et elle continuera de croître. L’énergie reçue du soleil sur Terre (hors albedo) est dans sa quasi-totalité déjà transformée en chaleur et l’utilisation d’énergies renouvelables qui en découlent comme le vent, les vagues, les énergies thermiques des mers ne modifient pas ce bilan. En revanche toutes les autres sources d’énergies pour satisfaire les besoins des sociétés humaines (charbon, pétrole – celles-ci sont bien aussi d’origine solaire mais renouvelables à seulement très long terme - nucléaire,…) alourdissent le bilan de chaleur et augmentent la température de la Terre. L’exemple de l’accroissement déjà constaté de la température dans les villes en témoigne.

 

De ce fait l’équilibre radiatif de la Terre sera modifié même si l’humanité maîtrise ses émissions de GES car il ne dépend pas seulement du rayonnement solaire et de l’effet de serre additionnel. Si l’utilisation globale d’énergies non renouvelables continue de croître au taux actuel de 2 % par an et même si l’on suppose que la totalité des GES qui en résultent est « séquestrée », la température moyenne croîtrait de 3 °C dans les 280 prochaines années. De manière plus réaliste, un scénario plus complexe différentiant les taux de consommation d’énergie non renouvelable des pays développés et en développement, et toujours en l’absence de production supplémentaire de CO2, conduirait à une augmentation de température de 3° C dans 350 ans, voire 10° C dans 450 ans !

 

Ainsi la Terre pourrait devenir inexorablement invivable pour l’espèce humaine si son mode de développement reste fondé sur les consommations énergétiques qui sont les siennes actuellement, même si elle maîtrise la question de ses émissions de GES avec l’effet de serre additionnel et le changement climatique induit. C’est une conséquence des lois de la thermodynamique, oubliée dans les prévisions des climats futurs basées uniquement sur le changement de la composition chimique de l’atmosphère par émission de GES anthropiques. Une rapide diminution de la consommation d’énergie par l’humanité s’impose pour éviter la surchauffe. 


Janvier 2009


 

1/1 - A propos de la variabilité inter-annuelle, décennale, et multi séculaire du Climat. (Cette inconnue... du grand public !)

 

Le climat de notre planète comporte de nombreuses composantes périodiques ou quasi périodiques; nos sens permettent, (même si l'on "naît pas" climatologue !), de percevoir l'une d'entre elles : la régularité du retour des saisons nous fait prendre conscience de l'existence d'un "signal"... de période proche de 365 jours.  

 

Cependant, la variabilité du climat comporte bien d'autres composantes, dont certaines de période beaucoup plus longue : depuis le sondage de Vostock en Antarctique, et la célèbre courbe de Claude Lorius, on ignore moins l'alternance - tous les 100 000 ans environ - de longues périodes glaciaires, (pendant lesquelles le niveau des mers peut descendre d'une centaine de mètres), avec des périodes plus courtes, que l'on nomme "interglaciaires" (et au cours desquelles le niveau des mers peut dépasser de quelques mètres sa valeur actuelle).

 

Entre ces 2 extrêmes, (dans le retour de conditions moyennes comparables, tous les ans ou... tous les 100 000 ans !), il existe, entre autres, des variations à une échelle dite "décennale", dont la plus connue est le phénomène "El Niño", (que les climatologues appellent plutôt ENSO : El Niño Southern Oscillation) ; il y a aussi la "PDO" (alias Pacific Decadal Oscillation), et la NAO, qui nous touche de plus près... puisqu'il s'agit de l'Oscillation Nord Atlantique ("North Atlantic Oscillation").

 

C'est ainsi que la variabilité naturelle du climat croise la formidable question du Changement Climatique induit par les activités humaines.

 

Lorsque l'on parle de "soubresauts inattendus de la circulation océanique", (article paru dans l'édition du 14.01.09 du journal Le Monde), l'incrédulité et le scepticisme ne tardent pas à se manifester, surtout lorsqu'on omet de dire que ces "soubresauts" sont plus inattendus... pour le public et la presse que... pour les spécialistes chevronnés, que l'on trouve encore en divers endroits, notamment... au Club des Argonautes !

 

Hélas ! Trop habitués à leur "jargon d'initiés" (ENSO, PDO, NAO...), même les meilleurs scientifiques peuvent parfois oublier d'imaginer comment la mise sur la place publique des résultats de leurs travaux, sans prendre la précaution de les situer dans un contexte assez large... peut conduire le lecteur, averti ou non, à se méprendre sévèrement, qu'on en juge :

 

"Tout cela tend à démontrer que l'on ne sait pas grand' chose et pire que l'on y comprend toujours rien. C'est pour cela que je doute de toutes les explications, prévisions des climatologues.. lesquelles sont sans aucun doute très souvent empreintes d'idéologie et mixées avec l'écologie, voire sous tendues par des arrières pensées politiques ou économiques ! La recherche et les observations doivent continuer.. mais attention aux grandes affirmations et conclusions..."

 

Si l'on ne peut qu'être tout à fait d'accord avec... le début de la... dernière phrase de cette réaction d'un lecteur du Monde, venant de prendre connaissance des... "soubresauts inattendus de la circulation océanique"... le reste du propos montre combien peut être trompeur un article qui relate des faits incontestables, mais dont le commentaire est sans doute insuffisant ! (La preuve !) Désolé pour... l'excellent Stéphane Foucart !

 

Voici ce qu'il en est plus probablement, du point de vue du Club des  Argonautes :

 

Il faut préciser, concernant le Tapis Roulant, (que les anglais appellent "Conveyor Belt"), que l'essentiel de la formation des eaux profondes qui l'alimentent ne se fait pas dans les mers du Labrador et d'Irminger mais plus au nord, en mers du Groenland et de Norvège. C'est là que les eaux de salinité élevée donc relativement denses transportées par le Gulf Stream et la dérive Nord Atlantique voient leur densité croître du fait de leur refroidissement et de la formation de la banquise qui augmente leur salinité. Elles plongent alors pour atteindre leur niveau d'équilibre hydrostatique vers 3000/3500 mètres de profondeur.

 

Autre est le processus de convection en mers du Labrador et d'Irminger. Il est à cette échelle de temps indépendant des transports du Gulf Stream et de la dérive Nord Atlantique. Dans ces mers, la convection est induite par les vents froids de Nord /Nord ouest soufflant depuis l'Arctique sur le bord ouest du système dépressionnaire cyclonique d'Islande et qui induisent une évaporation, donc un refroidissement et une augmentation de la densité des eaux de surface qui plongent à une profondeur ne dépassant pas 2000 mètres au -dessus donc des eaux formées en mers de Norvège et du Groenland.

 

Ce processus est dépendant des conditions météorologiques hivernales associées au système dépressionnaire d'Islande. Plus celui-ci est actif plus les vents seront forts, l'évaporation et la convection intenses. D'autant que ces vents favorisent l'apport d'eaux froides venues de l'Arctique via l'archipel nord canadien et la mer de Baffin entre Groenland et Canada.

 

L'indice de la " NAO "( North Atlantic Oscillation ) est un indicateur de l'intensité de la circulation cyclonique autour de la dépression d'Islande. C'est la différence de pression atmosphérique entre l'anticyclone des Açores(haute pression) et la dépression d'Islande(basse pression). Plus cet indice est élevé, plus la pression est basse dans la dépression d'Islande, plus les vents sont forts, plus intense aussi la convection dans les mers du Labrador/Irminger. Cet indice fut très élevé dans les années 1970/1995. Il a faibli ensuite d'où la diminution de la convection pendant cette période. L'indice hivernal de NAO a fortement augmenté durant les hivers 2006/2007 et 2007/2008 d'où sans doute une augmentation de la convection, comme cela s'est déjà produit dans le passé.

 

Il faut donc se garder de tirer de ces observations des conclusions définitives sur l'évolution du tapis roulant. D'une part il ne s'agit que d'une petite partie de la formation des eaux profondes dans l'Atlantique Nord ; d'autre part les variabilités climatiques inter annuelles et décennales modulent le signal climatique à long terme : 

il n'y a pas là nécessairement quoiqu'en dise le titre accrocheur, de " soubresauts inattendus ". 

D'où la nécessité ressassée par les Argonautes de disposer de systèmes pérennes d'observation.

 


Décembre 2007


1/2 - Bali, le verre à moitié vide, à moitié plein

La réunion annuelle de la conférence des parties à la Convention de Rio sur le changement climatique qui s’est tenue durant la première quinzaine de décembre 2007 à Bali revêtait une importance particulière. Le protocole de Kyoto, mis au point il y a dix ans au cours d’une réunion du même type, couvre en effet la période 2008-2012 et pour important qu’il soit en tant que premier accord international de réduction des émissions de gaz à effet de serre, il est très insuffisant pour assurer la maîtrise à long terme de ces émissions. Son prolongement est donc à l’ordre du jour et une décision à ce sujet est urgente : il aura fallu 7 ans pour que le protocole de Kyoto soit ratifié par suffisamment de pays pour entrer en vigueur. 

 

Le Groupe Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat avait programmé la réalisation de son 4ème rapport d’évaluation de façon à ce qu’il soit disponible sous sa forme définitive avant la conférence de Bali. Ce rapport dont toutes les composantes ont été approuvées à l’unanimité des pays membres confirme le rôle des gaz à effet de serre dans le réchauffement climatique observé et indique clairement que seule une diminution de l’ordre d’un facteur 2 des émissions mondiales de ces gaz d’ici à 2050 peut permettre de limiter l’augmentation de la température mondiale à 2 ou 3 °C, soit la moitié de celle qui sépare une ère glaciaire d’un optimum interglaciaire et qui provoque un bouleversement de la géographie mondiale (avec par ex. une variation  de quelques 80m du niveau des océans).

On aurait donc pu légitimement espérer que la Conférence de Bali aurait débouché sur des engagements concrets de réduction des émissions. L’inclusion dans le texte de la décision d’objectifs à moyen et long terme, (fourchette de réduction de 25 à 40% des émissions d’ici 2020 pour les pays développés, pic des émissions mondiales dans les 10-15 prochaines années et réduction d’au moins 50% d’ici 2050), était souhaitée par l’Union européenne et acceptée par l’ensemble des pays ayant ratifié le protocole de Kyoto. Elle s’est heurtée à l’opposition des États-Unis et seul un renvoi en note de bas de page aux pages importantes du rapport du GIEC a été possible. De ce point de vue, le résultat de Bali est donc très décevant.

Cependant, le verre n’est pas entièrement vide : la «Feuille de route de Bali» qui met en place un processus de négociation du régime de lutte contre le changement climatique post-2012 constitue une base suffisamment détaillée et cohérente pour permettre le lancement du cycle de négociations, elle fixe :

  • les thèmes à traiter (vision partagée y compris un objectif global à long terme pour les réductions d’émissions, quatre blocs de négociation : atténuation, adaptation, technologies, financement), 

  • une enceinte de négociation réunissant toutes les parties (groupe ad hoc de la convention) 

  • un rythme de rencontres (4 par an) 

  • et une date butoir (2009)

La prochaine Conférence des Parties à la convention et réunion des Parties au protocole de Kyoto se tiendra en décembre 2008 à Poznan (Pologne) pendant la présidence française de l’Union Européenne. Il est important de noter que les élections américaines auront lieu en novembre 2008 et que la négociation finale se fera avec une nouvelle administration en 2009, en vue d’une adoption par la Conférence des Parties qui se tiendra en fin d’année.


2/2 - GEO : Sommet ministériel sur l’Observation de la Terre - Quatrième réunion en novembre 2007

La conférence de Bali l'a encore démontré début décembre: la question d'une "gouvernance globale" pour traiter de questions vitales pour l'avenir de l'espèce humaine, (comme par ex. la modification de la composition chimique de notre atmosphère...), demeure le sujet d'intenses débats et peut encore paraître une utopie lointaine !

Cependant, depuis plusieurs années, il existe au niveau international des instances, regroupant des Agences Spatiales, ou des services Météo et des Instituts de recherche sur le climat, (certes basées sur le "volontariat et... le Best Effort") dont l'évolution récente constitue un signe encourageant en matière de gouvernance globale.

Divers Comités, (tels que CEOS/IGOS, GCOS, GOOS), ont été établis, plutôt par "spécialité professionnelle" (Espace, Climat, Océan... certains depuis plus de 20 ans); ils ont en commun le besoin de systèmes d'observations, (in Situ ou à distance...), globaux, permanents, et "inter opérables"!

Ces instances fonctionnaient de façon autonome avec, au delà de relations inter-personelles entre scientifiques ou ingénieurs en général excellentes... la nécessité de créer de multiples interfaces entre systèmes complexes... interfaces qui deviennent vite autant de sujets de coopération ou de... compétition entre les organisations nationales ou internationales concernées ! (il n'est d'ailleurs pas exclu que le néologisme "coopétition", devenu si quotidien, ait d'abord été employé, par un futur argonaute... à propos de cette situation !)

Les autorités politiques au niveau mondial ont décidé d'aller plus loin.
Après la réunion du sommet mondial du développement durable à Johannesburg en 2002, puis la réunion du G8 à Evian en 2003, prenant conscience de l’importance de la question de l’observation de l’évolution de notre environnement, elles ont convenu de rassembler en 2003 à Washington, un «Earth Observation Summit - EOS». Celui-ci a mis en place un «Group on Earth Observations - GEO» et lancé une action destinée à réaliser un «Global  Earth Observation System of Systems - GEOSS».

 

Une semaine avant la réunion de Bali, s'est tenu au Cap, en Afrique du Sud, le "quatrième Sommet ministériel du Groupe d’observation de la Terre GEO". Sans atteindre l'ampleur du forum de Bali, cette réunion rassemblait tout de même les délégations de 73 pays et 52 organisations internationales ! 

Le Sommet avait pour objectif d’établir un premier bilan du plan, élaboré au cours du précédent sommet en 2004 à Bruxelles, en vue de développer d'ici 2014, un "Système de Systèmes d’Observation de la Terre" (GEOSS).

 

Une assemblée plénière du GEO, réunie les 28 et 29 novembre 2007, ainsi qu’une exposition ont permis, à la fois de faire état des premières réalisations concrètes et de cerner les réseaux d’observations pérennes terrestres, océaniques, aéroportées et spatiales indispensables pour les prises de décisions en matière de gestion de la planète.

Au cours de la première phase de GEO, 106 projets à 2 ans ont été engagés et menés, pour la plupart, à bien. 

 

Ils couvrent les 9 domaines correspondants à des besoins sociétaux identifiés : 

  • risques, 

  • santé, 

  • énergie, 

  • climat, 

  • eau, 

  • météorologie, 

  • écosystèmes, 

  • agriculture, 

  • biodiversité. 

En parallèle, 100 réalisations effectives sont à mettre au crédit des pays membres et des organisations internationales. Il s’agit, dans de nombreux cas, d’inscrire dans la perspective de GEO des actions déjà engagées auparavant, tel le système ARGO de bouées océanographiques ou encore le système PREV’AIR de prévision de la qualité de l’air. 

 

Le fait de placer ces efforts dans le cadre de GEO traduit la volonté de mutualiser les moyens disponibles au profit de l’ensemble de la communauté utilisatrice.


Parmi les projets mis en oeuvre spécifiquement pour GEO, on peut noter la mise en service de GEONETCast, un réseau de diffusion par satellite d’observations (météorologiques, océanographiques, environnementales...), à l’échelle de la planète, accessible à l’aide d’un équipement très simple et peu coûteux (une antenne satellite et un récepteur). 


La déclaration adoptée par l’ensemble des états membres de GEO fait état de l’engagement des pays membres pour développer l’interopérabilité des moyens d’observation et fournir l’accès aux données et aux systèmes de prévisions et d’information associés, dans le but d’aboutir à la réalisation totale du plan de mise en oeuvre à 10 ans décidé en 2004. 

 

Voir aussi les FAQ : 

 

GEO : Global Earth Observation - Comment doter l’humanité de moyens d’observation de la Terre exhaustifs, coordonnés et pérennes ?

 

Comment la recherche, et l'observation systématique de l'Océan et du Climat, sont-elles coordonnées au plan mondial?


Septembre / octobre 2007


1/1 - 50 ans après Spoutnik et l'Année Géophysique Internationale... le "Grenelle de l'Environnement" peut contribuer à rappeler certaines évidences !

Le Club des Argonautes a lu avec intérêt les propositions issues du rapport du Groupe de Travail : "Lutter contre les changements climatiques et maîtriser l'énergie".


Les questions que soulève la démarche en cours sont nombreuses, et la liste de propositions qu'elle a produites... forcement incomplète.

 

On peut noter par exemple que l'Énergie Thermique des Mers, source d'énergie non carbonée, plusieurs fois évoquée ici ou là, mais in fine toujours absente, n'est pas mentionnée même à titre prospectif, pour les Départements d'Outre Mer, dont il est pourtant proposé de faire "une vitrine de l'excellence climatique". 

 

De même, l'observation de la Terre n'apparaît qu'au titre de la recherche fondamentale sous la forme : "Extension et pérennisation des Observatoires de Recherche en Environnement (ORE)", alors qu'il faudrait mettre en place un véritable système d'observation globale au service d'un outil de pilotage de la Terre qui, bien entendu, dépasse les moyens limités de la recherche fondamentale et les objectifs des ORE, même si certains d'entre eux peuvent en être des éléments.

 
Globalement, force est de constater que la mer est peu présente dans les groupes du Grenelle de l'Environnement.  Une fois de plus, le Club des Argonautes souhaite attirer l'attention sur un point essentiel : 


La nécessité de disposer d'un système pérenne d'observation de l'ensemble du système climatique et particulièrement de l'Océan Mondial.

En effet, ce dernier est une composante majeure du climat puisqu'il est le principal "réceptacle" de l'énergie solaire. Il est, autant que l'atmosphère, un agent de transport de chaleur, mais ses échelles temporelles de variation imposent dans une large mesure le rythme des variations climatiques. 
Même si la compréhension des processus en cause, et de leurs non linéarités, ne cesse de progresser, la complexité de la machine Océan Atmosphère, (qui produit le climat), résulte notamment de l'existence de phénomènes turbulents; de la sorte, et comme en Météorologie, des observations globales et permanentes de l'Océan Mondial sont et demeureront indispensables.

En matière de changement climatique, l'exigence "Comprendre pour agir" ainsi que la méthode expérimentale chère à Claude Bernard, se déclinent ainsi: "Observer Comprendre Prévoir, puis Continuer à... observer !"

 

Un argumentaire a été transmis à plusieurs personnalités proches du Grenelle de l'Environnement. Son titre :

Poursuivre l'engagement français pour l'observation pérenne de l'Océan Mondial.


Mois de mai 2007 


1/1 GIEC «Climate Change 2007» - Rapport du Groupe de Travail III 

Les scientifiques et les experts gouvernementaux du GIEC, réunis à Bangkok, ont approuvé ce vendredi 4 mai la troisième partie du Quatrième Rapport.

 

Introduction


Le GIEC vient de publier les résultats des travaux de son troisième groupe de travail–WG III. Ce groupe avait pour mission de proposer, à l’intention des «décideurs», des solutions pouvant contribuer à maîtriser de façon durable les émissions de gaz à effet de serre.

Dans son rapport technique, le WG III dresse un inventaire de ces solutions et de leurs domaines d’application : production d’énergie, transports, construction des bâtiments résidentiels et commerciaux, industrie, agriculture, sylviculture, et gestion des déchets. Il insiste en particulier sur le rôle décisif des mesures qui seront prises pendant les 20 prochaines années. 

Le GIEC fait aussi état de la possibilité d’interventions globales sur la biosphère par des options non conventionnelles dites de géoingéniérie qui visent non pas à maîtriser les émissions de gaz à effet de serre mais à en réduire l’impact. 
L’intérêt particulier du Club des Argonautes pour les relations entre le Climat, l’Océan et l’Énergie, le conduit à ne considérer dans ce volumineux rapport, malaisé à lire, que les options ayant un lien avec l’océan. Celles-ci se trouvent aux chapitres 4 et 11, consacrés respectivement à l’énergie et à la géoingénierie. 

 

Ce que dit le GIEC sur les énergies marines


Au Chapitre 4.3.3.8, on lit que le potentiel de la ressource des énergies marines (houle, marée, gradients thermique et halin, courant) est «considérable» mais que son potentiel économique est «faible». Il est également signalé que les contraintes particulièrement sévères de l’environnement marin entraînent des coûts d’investissement élevés et, qu’à l’exception des usines marémotrices, les technologies ne sont encore qu’à un stade de développement comparable à celui de l’industrie des éoliennes des années 1980. Il est également noté que le partage de l’espace entre les différents usagers du domaine maritime demandera beaucoup de concertation. 

Suivent quelques données chiffrées sur les potentiels de production des filières houlomotrice et hydrolienne, avec parfois des références à des sociétés privées. 

Suit également un avis sur le besoin d’un financement mixte public et privé pour aider ces technologies à accéder au marché. 

Quant aux procédés de conversion des ressources du gradient thermique et du gradient de salinité, les experts du GIEC estiment qu’ils en sont encore au stade de la recherche et qu’il est trop tôt pour estimer leurs potentiels «techniques». Ils ajoutent toutefois que certaines «applications» pour le conditionnement d’air et la production d’eau douce pourraient être profitables aux nations insulaires de la zone tropicale, là où l’énergie primaire fournie par des centrales diesel-électriques est chère. 

 

Les commentaires du Club :


Le Club se réjouit que le GIEC donne une place aux énergies marines dans son «bouquet» d'énergies renouvelables susceptibles de répondre aux besoins mondiaux en énergie propre, et que l’Énergie Thermique des Mers soit citée. Depuis sa création le Club des Argonautes a été le promoteur assidu de cette ressource abondante, non intermittente, renouvelable, et... négligée. 

Le Club constate que cet inventaire est incomplet. À ce stade très élémentaire de l’information sur les énergies marines destinée aux «décideurs», le GIEC aurait pu ajouter la production de biocarburant à partir d’algues, cultivées dans des fermes marines. Il en est de même pour l’extraction de combustibles nucléaires contenus, en faibles teneurs mais en grande quantité, dans l’eau de mer. Des travaux expérimentaux ont été réalisés sur ces procédés. Le Club relève aussi que le GIEC n’a pas pris en compte la spécificité des technologies des éoliennes «offshore» et n’a pas inclus cette ressource dans son inventaire des énergies marines, comme il est maintenant admis de le faire dans la littérature spécialisée.

Enfin, le Club regrette que cet inventaire ne soit pas accompagné d’une étude plus complète, mieux documentée et plus objective des avantages et inconvénients des différentes filières. Ce chapitre consacré aux énergies marines n’apporte pas les informations nécessaires pour répondre à l’objectif du GIEC, qui est d’aider les «décideurs» à choisir les options les plus efficaces pour contribuer au développement durable. 

 

Ce que dit le GIEC sur les options de géoingéniérie :

Au chapitre 11 page 4 de son rapport, le GIEC fait mention d’options non conventionnelles offertes aux décideurs pour agir non plus séparément dans les secteurs classiques de l’économie (transports, énergie, etc.), mais à un niveau planétaire en utilisant des techniques dites de géo-ingéniérie.

Le GIEC évoque plusieurs possibilités dont deux concernent l’océan : soit stimuler la production primaire de l’océan en y introduisant un fertilisant, ce qui aurait pour effet de réduire la croissance de la teneur en dioxyde de carbone de l’atmosphère, soit construire un bouclier d’écrans solaires dans la haute atmosphère pour réduire le rayonnement intercepté par notre planète et donc par l’océan qui en est le principal réceptacle. 

Les commentaires du Club :


Il est rassurant de voir que l’Homme ne manque pas d’idées pour faire face à une situation critique. Mais le Club, en tant que promoteur du concept de Géonautique, s’interroge sur la pertinence de ces options, qui ne visent pas à réduire la perturbation initiale due aux émissions de GES, (priorité pour le Club), mais introduisent au contraire de nouvelles perturbations, pour tenter de minimiser l’impact de la première. Perturbations potentiellement irréversibles dont on ignore tout des effets qu’elles pourraient avoir sur le système climatique et les écosystèmes.

Toutefois, pour faire face à l'éventualité où les mesures visant à la réduction des gaz à effet de serre GES s'avéreraient insuffisantes, il convient de ne pas ignorer ces options non-conventionnelles et d'y consacrer un certain effort de R&D, organisé et partagé au niveau international.

Dossier "Le Changement Climatique" : Les commentaires du Club où en est la recherche ? (mai 2004)
XIV - Le Club pense qu’un effort de recherche et de développement technique peut contribuer à la solution des problèmes posés par le Changement Climatique.

XV- L'océan peut être une source d'énergie pour demain... 

 

Working Group III Report "Mitigation of Climate Change", release on 4 May 07 in Bangkok
SUMMARY FOR POLICYMAKERS


Mars 2007 


1/1 GIEC: après l'analyse... le commentaire ! 

Que faire face aux incertitudes sur l'évolution du climat ?

Entendu sur une antenne de radio nationale, le 10 février à 14 H: "Le GIEC table sur un réchauffement climatique de 1,1 à 6,4 °C d'ici 2100"...

Cette façon de présenter les conclusions du Groupe de Travail N°1, publiées dans cette "1ere tranche" du 4ieme Rapport, est un raccourci: la réalité est plus complexe. En effet, la fourchette d'incertitude sur les prévisions 2100 comporte 2 composantes:

  • d'une part, une connaissance imparfaite des mécanismes qui régissent les évolutions du climat. Les chercheurs utilisent le terme sensibilité climatique pour caractériser le comportement du système climatique, lorsqu'on augmente la teneur en Gaz à Effet de Serre, (GES, par exemple le CO2), de l'atmosphère. Le GIEC estime qu'un doublement de la teneur en GES dans la machine Océan Climat entraînera un réchauffement moyen à l'équilibre, (en situation stabilisée), qui se situe entre 2 et 4,5°C. La science du climat a pour objet, entre autres, de réduire cette incertitude.  

  • d'autre part, la teneur en GES prévue pour 2100 dépend du rythme de nos  émissions  donc, des scénarios d'évolution économique, démographique, et technologique de l'humanité, soit en dernier ressort, du comportement plus ou moins "sage" de l'humanité.

Dans son 4ieme rapport publié début février 2007, conformément à la mission qui lui a été confiée, le Groupe 1 du GIEC ne s'occupe que des bases scientifiques du changement climatique. Il est donc amené à envisager divers scénarios (qu'il considère, pour le besoin de son étude, également probables). 

 

Cependant, pour que le réchauffement moyen "Terre entière" demeure dans le bas de la fourchette d'incertitude, (qui s'étend de +1,1 à +6,4°, par rapport a la période 1980-1999), il est clair qu'il faut combiner l'hypothèse d'une faible sensibilité climatique et celle d'un ralentissement du rythme des émissions

 

A l'autre extrême, se trouve le "pire cas 2100": celui d'émissions demeurant très importantes, combinées à l'hypothèse d'une forte sensibilité climatique !  Le Club juge nécessaire d'insister sur la nature différente de ces deux catégories  d'incertitudes, et d'essayer de dessiner ce que pourrait être le climat du futur, selon que des mesures de limitation des émissions seront ou non prises. 

 

En l'absence d'un nouvel accord international, (prolongeant et amplifiant le Protocole de Kyoto), les situations aboutissant à un réchauffement moyen en 2100 compris entre 1,1 et 3,8 degré (correspondant aux scénarios GIEC de "type B1 ou B2", soit une teneur en GES voisine de celle des annees 1990), sont évidemment MOINS PROBABLES que celles correspondant à un réchauffement moyen compris entre 2 et 6,4 degré (scénarios GIEC "type A2 ou A1FI" -ce qui veut dire Fossil Intensive- soit une teneur en GES de 3 a 4 fois sa valeur pré-industrielle).

 

En outre, bien qu'il n'existe que des connaissances partielles sur l'existence éventuelle de seuils dangereux, une part de la communauté scientifique considère qu'un réchauffement moyen limité à 2°C réduit le risque d'auto-amplification du réchauffement. En fonction de cette considération, diverses politiques dites "Facteur 4", (c a d la division par 4 des émissions des pays riches d'ici 2050), ont été formulées. (C'est le cas de notre Plan Climat actuel). Bien entendu, la valeur de 2°C, (pour conjurer ce que le Sénat appelle risque d'emballement climatique), est loin d'être intangible.

 

Enfin, compte tenu de leur capacité calorifique considérable, les océans absorbent près de 90 % des KWh excédentaires. Leur température de surface augmente moins vite que celle des surfaces continentales; cet effet se combine avec les variations régionales, (liées entre autres a la répartition géographique des continents), de sorte que le réchauffement moyen est plus élevé dans l'hémisphère Nord. Au total, un réchauffement MOYEN de 4° de la température de surface peut signifier en réalité +8° sur certaines zones continentales (et même +12° en zone arctique). C'est à dire, du jamais vu au cours des 400 000 dernières années ! (au cours desquelles, les périodes les plus chaudes, il y a 125 000 ans, ont vu un réchauffement moyen de +2° seulement, par rapport a la situation actuelle).

Cette perspective inspire les commentaires suivants aux Argonautes :

  • La négociation d'un accord international prolongeant et amplifiant le Protocole de Kyoto est indispensable et urgente ! (sachant que, compte tenu de l'ampleur des gaspillages au sein de la "Triade Amérique du Nord, Union Européenne et Japon", la division par 4, d'ici 2050, de nos émissions actuelles n'est nullement... une vue de l'esprit !) Les propositions formulées en Allemagne, en vue du prochain sommet du G8 (juin 2007), vont dans ce sens, puisqu'elles comportent une réduction de 30 % en 2020, (ce qui laisserait 30 ans pour porter cette réduction a 75 % en 2050). 

  • Dans la mesure ou divers mécanismes d'amplification du Changement Climatique sont susceptibles de se déclencher, il est vital de poursuivre les recherches sur ces mécanismes dits de "rétroaction positive" (pouvant conduire, dans un cas défavorable, à une auto-amplification du réchauffement; même si l'existence d'un seuil dangereux n'est pas prouvée, il est logique de penser que ce risque augmente avec l'ampleur du réchauffement).  

  • L'instauration d'une Veille Mondiale Océan et Climat (VMOC) se justifie par la nécessité de continuer à fonder le débat sur le changement climatique sur les progrès en sciences du climat d'une part, et sur des observations d'autre part. En effet, ces séries de mesures sont utiles:

    •  d'abord pour conforter les modèles, (et... pour écarter les œillères de journalistes ou de responsables politiques... prisonniers de leurs croyances !), mais aussi 

    • pour disposer d'un moyen de suivi du "système Terre" et d'alerte permettant de détecter que telle ou telle rétroaction, ou changement brutal, est déjà à l'œuvre.

Depuis plus de 3 ans, les Argonautes insistent sur l'intérêt d'une telle "VMOC", car  rien ne garantit que des observations de l'océan et du climat (qui ont joué un rôle décisif pour le 4ieme Rapport du GIEC), seront  poursuivies en routine, comme c'est le cas, en météorologie, pour les mesures quotidiennes de l'état de l'atmosphère.

 

Voir aussi FAQ  : 

Quel est le rôle de l'océan dans le changement climatique anthropique?
Commentaires sur les résultats présentés dans le 4ème rapport du GIEC (2007).


Janvier/février 2007 


3/3 Publication du 4ème Rapport du GIEC (IPCC)

1 - Que montre l’analyse des données disponibles ?

2 - Quel est le poids relatif des différentes composantes du forçage radiatif ? 
3 - Comment s’explique et à quoi doit-on attribuer le changement du climat ?
4 - Qu’en est-il pour le climat du futur? 

5 - Note complémentaire sur les 6 scénarios

Groupe de travail I: Bilan 2007 des changements climatiques: les bases scientifiques physiques »

Environ tous les quatre ans le Groupe Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat, GIEC, créé en 1988 par l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), publie un rapport sur l’état des connaissances sur le changement climatique.
Par changement climatique, contrairement à la définition de la Convention Cadre des Nation Unies sur le Changement Climatique, CCNUCC, le GIEC entend les évolutions du climat de notre planète qu’elles qu’en soient les causes, naturelles ou résultant de l’activité humaines.

Ce rapport comprend trois parties, correspondant aux trois groupes de travail qui constituent le GIEC:

  • Le Groupe de travail I qui évalue les aspects scientifiques du système climatique et de l’évolution du climat. 

  • Le Groupe de travail II qui s’occupe des questions concernant la vulnérabilité des systèmes socio-économiques et naturels aux changements climatiques, les conséquences négatives et positives de ces changements et les possibilités de s’y adapter.

  • Le Groupe de travail III qui évalue les solutions envisageables pour limiter les émissions de gaz à effet de serre ou atténuer de toute autre manière les changements climatiques. 

Lors de sa réunion tenue à Paris du 29 janvier au 2 février, le Groupe I a adopté son rapport dont nous faisons ici l’analyse.

 

Le rapport complet intitulé: 

«Quatrième rapport d’évaluation - Groupe de travail I: Bilan 2007 des changements climatiques: les bases scientifiques physiques», 

fait le point sur les connaissances scientifiques concernant l’état du climat et son fonctionnement. Il a été adopté par consensus par l’ensemble de la communauté scientifique. Il représente un volume d’un millier de pages.


Ce rapport est résumé sous la forme d’un document de 15 pages, intitulé « Résumé à l’intention des décideurs», adopté mot par mot par l’ensemble des scientifiques représentants les États Membres partis à la CCNUCC.

 

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  1. Que montre l’analyse des données disponibles ?

    Le quatrième rapport confirme et amplifie les résultats du troisième.

    Pour ce qui concerne l’évolution constatée, l’exploitation des données existantes, que ce soit des mesures directes ou des valeurs reconstituées par différentes méthodes, en particulier par analyse des carottages de glaciers, confirme et précise l’accroissement des températures, la fonte accélérée des glace et son corollaire, l’augmentation du niveau des océans.

    Onze des douze dernières années sont parmi les plus chaudes depuis que l’on dispose de mesures directes, soit depuis 1850. Pour la période 1906-2005, la croissance moyenne de la température à été de 0,74°C, contre 0,6°C pour la période 1901-2000. Si l’on ne considère que les cinquante dernières années ce taux est presque double de celui des cent dernières années.

    Les doutes qui existaient lors du troisième rapport sur l’évolution des températures dans la basse et moyenne troposphère ont été levés et le taux d’accroissement dans cette partie de l’atmosphère est comparable à celui constaté en surface.

    L’accroissement de la quantité de vapeur d’eau contenue dans l’atmosphère est conforme à celle déduite du réchauffement, ce qui au passage implique un accroissement corrélatif de l’effet de serre.

    Les océans ont capturé la majeure partie de l’augmentation de l’énergie, ce qui s’est traduit par un accroissement de leur température moyenne jusqu’à -3000 mètres. Ce réchauffement a entraîné leur expansion et a ainsi contribué à l’augmentation du niveau des mers de 1,6 mm/an pour la période 1993-2003 contre 0,42 pour 1961-2003.

    Dans chacun des deux hémisphères la couverture neigeuse et l’épaisseur des glaces ont diminués, entraînant un accroissement du niveau des océans de 0,77 mm/an pour la période 1993-2003, alors qu’il n’avait été en moyenne que de 0,50 mm/an entre 1961 et 2003.

    Au total l’accroissement du niveau des océans a été de 3,1 mm/an entre 1993 et 2003 contre 1,8 mm/an pour 1961-2003. Il faut cependant noter que de tels taux d’augmentation ont été observés pour d’autres périodes depuis 1950. Il n’est pas clair de savoir si ces taux sont significatifs d’une tendance à long terme ou s’ils relèvent de la variabilité décennale. Il est cependant quasiment certain que l’accroissement du niveau moyen des océans a été de 0,17 m au cours du 20ème siècle.

    En plus de ces changements un grand nombre d’autres paramètres ont évolué toujours dans le sens du réchauffement. Par exemple:

  • La température de l’Arctique a cru deux fois plus vite au cours des 100 dernières années que pour le reste du globe, et la surface glacée a diminué de 2,7 % par décennie depuis 1978.

  • La température au sommet du pergélisol dans l’Arctique a augmenté de 3°C, au cours des années 80, et l’extension maximale de la surface du sol gelée pendant la saison froide, dans l’Hémisphère Nord, a diminué d’environ 7 % au cours du 20ème siècle. Au cours de la période 1990-2005 la quantité des précipitation a tendu à s’accroître sur la partie est de l’Amérique du Nord et du Sud, sur le nord de l’Europe et le nord et le centre de l’Asie, tandis que la sécheresse a augmenté sur le Sahel, la Méditerranée, le sud de l’Afrique et de l’Asie. Il faut cependant noter que, compte tenu de la forte variabilité spatiale et temporelle des précipitations, il n’est pas à ce stade possible de détecter une tendance générale pour d’autres régions significativement grandes.

  • Dans les régions tropicales et sub-tropicales les périodes de sécheresse ont tendu à être plus intenses et plus longues, depuis 1970, liées à des températures plus élevées et à des précipitations plus faibles. De même on a pu relier les sécheresses à l’augmentation de la température de surface des océans, à la modification de la circulation générale de l’atmosphère et à la décroissance des surfaces des glaces et de la couverture neigeuse.

  • On peut citer aussi l’augmentation: de la fréquence des vagues de chaleur, des températures maximales et des températures minimales, des précipitations intenses, etc. 

  • On notera cependant que l’on n’a pas détecté un accroissement de la fréquence des cyclones tropicaux. L’exploitation des enregistrements de cyclones par les satellites semble montrer un accroissement de leur intensité. On ne peut cependant rien dire de la période antérieure à 1970, car il n’existait pas de mesures satellitales et que les mesures directes sont douteuses.

Enfin, la ré-analyse des données paléo climatiques, ainsi que l’obtention de nouvelles données permettant de remonter dans le temps au delà de 650 000 ans, montrent que le réchauffement de l’atmosphère a pour effet d’accroître la concentration des gaz à effet de serre, laquelle provoque à son tour une augmentation de température. La température moyenne des cinquante dernières années est très probablement supérieure à celle des cinq cents dernières et, vraisemblablement, des derniers mille trois cents ans. Pendant la dernière période interglaciaire, il y a environ 125 000 ans, le réchauffement des régions polaires, de 3 à 5°C au dessus de la température moyenne du 20ème siècle, (et lié à la variation des paramètres de l’orbite terrestre), a conduit à un accroissement du niveau de la mer de l’ordre de 4 à 6 mètres, par rapport au niveau actuel. L’impact de la fonte des glaces du Groenland et des régions Arctique n’intervenant que pour moins de 4 mètres, il est très probable que la différence ait été due à la fonte des glaces de l’Antarctique.

 

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  1. Quel est le poids relatif des différentes composantes du forçage radiatif ? 

    La concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère a continué à s’accroître. Depuis le troisième rapport, l’amélioration des connaissances scientifiques a conduit à une meilleure compréhension de l’influence des activités humaines sur le bilan thermique. Ceci a conduit au fait que l’on peut aujourd’hui, avec une très haute probabilité, affirmer que les activités humaines ont conduit, depuis le début de l’ère industrielle vers 1750, à un accroissement du forçage radiatif de 1,6 watt/m2, soit environ cinq fois plus que celui lié au variation du rayonnement solaire qui atteint le sommet de l’atmosphère.

    Les chiffres du forçage radiatif que l’on peut retenir aujourd’hui sont les suivants:

  • Accroissement de la concentration des gaz à effet de serre: +2,30 W/m2.

  • Aérosols d’origine humaine: -0,50 W/m2.

  • Variation de l’albédo lié aux nuages: -0,80 W/m2.

  • Accroissement de l’O3 du aux activités humaines: +0,35 W/m2.

  • Hallocarbones: +0,34 W/m2.

  • Variation de l’albédo du à la modification de l’usage des sols: -0,20 W/m2.

  • Variation de l’albédo du aux retombées des suies sur la neige: +0,10 W/m2.

  • Variation du rayonnement solaire atteignant l’atmosphère: +0,12 W/m2.

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  1. Comment s’explique et à quoi doit-on attribuer le changement du climat ?

    Le troisième rapport concluait que l’accroissement des températures, au cours des cinquante dernières années, pouvait de manière quasi certaine être attribué à l’accroissement de la concentration en gaz à effet de serre.

    L’étude de séries de mesures, plus complètes et plus longues, ainsi que l’amélioration de la qualité des modèles de simulation et du nombre des simulations, permettent d’affirmer aujourd’hui que la majeure partie du réchauffement observé depuis le milieu du 20ème siècle peut, avec une très haute probabilité, être attribuée à l’action humaine.

    Les modèles de simulation qui prennent maintenant en compte les aérosols, qu’ils soient d’origine volcanique ou dus à l’action de l’homme, donnent, pour la période qui va de 1900 à 2000, des résultats qui coïncident remarquablement bien avec les observations. 

    La seule prise en compte dans les modèles des variations naturelles ne peuvent en aucune façon expliquer le réchauffement constaté et la fonte des glaces.

    La coïncidence ne se résume pas aux températures de surface mais aussi aux variations dans la troposphère et dans les quelques premiers milliers de mètres des océans. De la même façon les changements dans la circulation générale de l’atmosphère, tels que le décalage vers les pôles du lit des perturbations, se trouvent vérifiés.

    Enfin le réchauffement, croissant de l’équateur vers les pôles et plus important pour les surfaces continentales que pour les océans, correspond bien à ce qui est observé. 

    Par contre, il est bon de noter, qu’au stade actuel, les modèles sont non conclusifs pour ce qui concerne les modifications aux échelles sous continentales ou locales. De même, les changements dans la circulation générale qui apparaissent dans les simulations, sont plus faibles que ceux observées.

    En conclusion on peut dire que les résultats des modèles de simulation, confortés par les observations, donnent pour une concentration en gaz carbonique de 550 ppm, un réchauffement, par rapport à la période préindustrielle, compris entre 2°C et 4,5°C la meilleure estimation étant de 3°C. 

    Un réchauffement inférieur à 1,5°C est très improbable, alors qu’une valeur supérieure à 4°C n’est pas à exclure, bien qu’ici les résultats des modèles ne soient pas soutenus par les observations. Le rôle dominant de l’accroissement du contenu en vapeur d’eau de l’atmosphère dans ce réchauffement est maintenant mieux compris, tandis que celui des nuages fait encore partie des incertitudes à éclaircir.

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  2. Qu’en est-il pour le climat du futur? 

    Pour projeter ce que pourrait être le climat du futur, il faut connaître la façon dont évolueront les émissions de gaz à effet de serre, évolution qui ne dépend que de la volonté humaine. Aux incertitudes d’ordre scientifique s’ajoutent donc celles qui relèvent du comportement humain.

    D'un point de vue scientifique, ce quatrième rapport bénéficie d'un plus grand nombre de simulations effectuées avec des modèles fortement améliorés, et qui ont été confrontés aux observations existantes. (Par exemple, les estimations faites depuis le premier rapport, qui donnait un réchauffement compris entre 0,15°C et 0,3°C par décennie, se comparent favorablement avec la valeur observée de 0,2°C par décennie). 

    Le quatrième rapport donne le résultat de ces simulations, effectuées en utilisant, pour l’évolution de la concentration des gaz à effet de serre, celles fournies par six scénarios d’évolution des émissions en fonction des activités humaines. Ces 6 scénarios ont été définis par le groupe spécial du GIEC chargé de cette tâche. Il sont contenus dans le SRES (Special Report on Emission Scenarios).

    Les simulations utilisent les concentrations fournies par les différents scénarios sur la période 2000-2100 ; ces concentrations étant supposées constantes au delà de 2100.
    Dans ces conditions, pour les vingt ans à venir, le taux du réchauffement pourrait être de 0,2°C par décennie. Même si la concentration restait limitée à son niveau de 2000, ce taux serait encore 0,1°C.

    Par rapport à la période 1980-1999, le réchauffement pourrait, à la fin du 21ème siècle et selon le scénario choisi, être compris entre 1,7°C et 4,0°C. (Valeur moyenne "Terre entière", qui peut masquer des écarts géographiques de 1 à  3, notamment dans la zone arctique). A chacune des six valeurs moyennes  correspondant aux six scénarios, est attachée une fourchette d’incertitude qui, pour les 2 exemples cités, est respectivement: [1,0 à 2,7] °C et [2,4 à 6,3] °C. 

    Par rapport au troisième rapport, le quatrième sépare donc bien les incertitudes scientifiques liées à la simulation du climat de celles liées au comportement humain.

    Le réchauffement entraîne une diminution de la quantité de CO2 capturée par les océans et les sols ce qui, ajouté à un plus grand nombre de modèles, explique l’élargissement des fourchettes d’incertitude données dans le troisième rapport.

    Pour le niveau moyen des océans, et selon les scénarios déjà décrits pour les températures, l’accroissement irait de 0,28 m [0,19 à 0,37] m à 0,48 m [0,28 à 0,58] m. L’expansion thermique serait responsable pour 60 à 70% de cet accroissement.

    Les valeurs plus faibles que celles qui figuraient dans le troisième rapport tiennent à une meilleure estimation de l’énergie capturée par les océans et à une meilleure appréciation de la fonte des glaces. Si cependant la fonte des glaces du Groenland se poursuivait de manière linéaire par rapport à la situation actuelle, on devrait augmenter de 10 à 25% les valeurs données pour chacun des scénarios.

    Il faut enfin noter que l’accroissement de la quantité de gaz carbonique dissous dans les océans conduit à un accroissement de son acidité et, à terme, à une dissolution des carbonates contenus dans les sédiments des eaux peu profondes et les récifs coralliens.

    Au delà des deux paramètres que sont la température et le niveau des océans, le rapport note les points suivants:

  • Réchauffement croissant avec la latitude, plus important sur les continents que sur les océans.

  • Diminution des glaces dans l’Antarctique et l’Arctique, cet océan pouvant en fin de période être presque totalement libéré en fin d’été.

  • Diminution du nombre de cyclones tropicaux, mais accroissement de leur intensité.

  • Si le réchauffement de l’ordre de celui projeté se poursuivait sur quelques millénaires, la fonte totale des glaces du Groenland pourrait conduire à un accroissement du niveau des océans de quelques 7 m. Les températures projetées, comparables à celles ayant régné il y a 125 000 ans, avaient alors conduit à un niveau 4 à 6 m plus élevé que l’actuel.

  • La température de l’Antarctique devrait rester suffisamment froide pour qu’il n’y ait pas de fonte généralisée des glaces de surface et, par ailleurs, l’accroissement des précipitations devrait plutôt conduire à une augmentation de l’épaisseur de glace.

Enfin, il faut noter la longueur du cycle du gaz carbonique qui fait que les émissions du 21ème siècle devraient conduire à un réchauffement de l’atmosphère, et à une élévation du niveau des océans, qui se poursuivront au delà de mille ans.

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  1. Note complémentaire sur les 6 scénarios

    Les scénarios se répartissent en quatre familles, certaines d’entre elles présentant des variantes. Il est important de noter qu’aucun de ces scénarios ne suppose que l’on impose une contrainte aux émissions, comme par exemple celle résultant de l’application du protocole de Kyoto. Il ne donne aucune estimation de la probabilité de chacun d’entre eux.

    On distingue:

    A1. Le développement économique est très rapide, la population mondiale passe par un maximum vers le milieu du 21ème siècle, et décroît ensuite, et des technologies nouvelles et plus efficaces sont introduites. Cette évolution est véritablement mondiale, le développement des différents États convergent. Cette famille est elle même subdivisée en trois variantes qui dépendent de l’évolution des technologies:

  • A1FI: Utilisation intensive des énergies fossiles

  • A1T: Utilisation d’énergie non fossile

  • A1B: Utilisation mixte.

A2. Le monde reste très hétérogène et le développement se fait sur la base des ressources régionales et locales.


B1. L’évolution mondiale de l’économie et des population sont les mêmes qu’en A1 mais se produit une évolution rapide des structures économiques vers des activités de services.


B2. Le développement est basé sur des solutions locales qui mettent l’accent sur les problèmes sociaux et sur la durabilité. L’accroissement de population a un taux plus faible qu’en A1 et B1, et le développement est moins rapide de même que l’évolution des technologies. Bien que basé aussi sur des préoccupations environnementales et d’équité sociale l’aspect régional et local domine.

 

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Version française provisoire du Résumé (document Word) à l'intention des décideurs publié par la Mission Interministérielle sur l'Effet de Serre


Novembre/Décembre 2006 


1/3 Les sommets politiques internationaux et l’Observation de la Terre, du climat et de l’Océan 

Depuis quelques années les grandes rencontres internationales au niveau des chefs d’États commencent enfin à prendre en compte la question de l’environnement et du climat, ainsi que la nécessité d’établir des systèmes permanents d’observation de la Terre pour suivre et prévoir l’évolution de notre environnement. 


On peut faire débuter l’historique de ces préoccupations aux travaux de la Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement (Commission Bründtland) mise en place par l’ONU en 1983. C’est cette Commission qui, dans son rapport de 1987 introduisit la notion de développement durable. Elle demanda au PNUE et à l'OMM d’entreprendre des actions dans le domaine des changements climatiques. De là naîtra en 1988 le GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat) qui remettra son premier rapport lors d'une conférence intergouvernementale sur le climat, qui s’est tenue à Genève en novembre 1990, où il fut convenu d’inviter les chefs d’États à s’exprimer formellement sur ces questions. 


C’est ainsi que fut organisée, à Rio de Janeiro en 1992, une Conférence des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement (CNUED), plus connue sous son vocable anglais : «United Nations Conference on environment and Development - UNCED», encore appelée «Le sommet de la Terre», . Un document appelé «Agenda 21» représentant un plan d’action pour mettre en place le développement durable, et trois conventions-cadres, ont été signée par les plus hauts dirigeants de la centaine de pays représentés. Ces conventions sont les suivantes :

  • La convention cadre-sur le changement climatique 

  • La convention cadre-sur la biodiversité

  • La convention cadre-sur la désertification

C’est la convention sur le changement climatique, plus connue sous son acronyme anglo-saxon : «United Nations Framework Convention on Climate Change - UNFCCC» qui a conduit au protocole de Kyoto, un traité international, visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre pour un certain groupe de pays, et signé actuellement par 166 États souverains. 
Les parties prenantes à cette convention se réunissent régulièrement et s'appuient sur les travaux des experts du GIEC dont on attend le quatrième rapport en 2007. 

Dix ans après le sommet de Rio, une deuxième conférence des Nations Unies sur le développement durable, appelée «World Summit on Sustainable Development - WSSD», qui s’est tenue à Johannesburg en Afrique du Sud en 2002, a formellement reconnu un besoin urgent d’établir un système permanent d’observations  coordonnées de l’état de la Terre. 


Un peu plus tard, en juin 2003, les chefs d’États présents à la réunion du G8 à Evian, reprenant les recommandations du sommet de Johannesburg, ont réaffirmé la haute priorité à donner à l’observation de la Terre. 
A la suite de cette recommandation du G8, le premier sommet sur l’observation de la Terre : «Earth Observation Summit - EOS» fut organisé en juillet 2003 à Washington. Celui-ci mit en place immédiatement un «Group on Earth Observations - GEO» et lança une action destinée à réaliser un «Global Earth Observation System of Systems - GEOSS» dont la mission est  :

  • de prendre en compte les systèmes d’observation préexistants - tels que le «Global Climate Observing System - GCOS» mis en place pour le climat en 1992 par l’OMM (Organisation météorologique mondiale), le PNUE (Programme des Nations Unies pour l'environnement) et l’ICSU (International Council for Science), 

  • de susciter de nouveaux "observatoires" pour les domaines non encore couverts, (océan et climat), et 

  • d'assurer la coordination de l’ensemble. 

Deux autres sommets sur l’observation de la Terre (EOS) suivirent, l'un à Tokyo en avril 2004, et le troisième à Bruxelles en février 2005 . Un plan décennal pour l’établissement du système global d’observation de la Terre a été adopté à l'issue de ces trois réunions.

 

De son côté L’Union Européenne a pris en 2000 l’initiative d’un  «Global Monitoring for Environment and Security - GMES», dont le but est d'acquérir une capacité de surveillance globale et régionale de l’environnement en coordonnant plus efficacement les infrastructures, les technologies, et les systèmes d’observations (notamment spatiaux), actuels ou futurs. GMES constitue la contribution européenne à l'initiative GEOSS.

Enfin plus récemment, en novembre 2006, ces recommandations ont été prises en compte et réactualisées, sans que des progrès importants aient été notés depuis 2003, à l’occasion de deux conférences tenues à Nairobi : 

  • La douzième réunion de l’UNFCCC 

  • La deuxième réunion des pays signataires du protocole de Kyoto. 

Il est difficile de suivre l’avancement des travaux de ces instances issues du plus haut niveau politique et de s’assurer qu’elles œuvrent efficacement au développement effectif d’une pluralité coordonnée de systèmes d’observations de la Terre et du climat, tant le nombre et l’imbrication de ces structures (Comités, Groupes de travail…etc.) sont complexes ! Par ailleurs de nombreux systèmes d’observations de la Terre, pour la plupart issus de la recherche, ont déjà été mis en place depuis plusieurs décennies. Il ne faut pas les fragiliser mais, au contraire, les renforcer, les coordonner, et surtout les pérenniser. 

 

Qu’elle que soit l’efficacité des nouvelles instances internationales, "venues du sommet", il faut noter que pour la première fois, depuis 1992 et le sommet de la Terre de Rio, un grand nombre de chefs d’États ont signifié leur préoccupation et leur désir de prendre des mesures en faveur de l’organisation d’une observation continue de la Terre. Il existe une Veille Météorologique Mondiale qui s'occupe en premier lieu d'observations météo, il reste à créer l'équivalent pour l'océan et le climat : la Veille Mondiale Océan et Climat.

Cet intérêt récent des plus hauts niveaux politiques pour ces questions, augure peut-être, si l’on est optimiste, une ère nouvelle où enfin l’espèce humaine se montrera capable de s’organiser pour observer, comprendre, et conserver ce qui lui a servi de berceau.

 

Pour en savoir plus :

Comment la recherche, et l'observation systématique de l'Océan et du Climat, sont-elles coordonnées au plan mondial? 

Processus d'élaboration et de publication des rapports du Groupe Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC)


2/3 La vérité sur le changement climatique grâce aux rapports du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du Climat (GIEC)

Le groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat, plus connu dans le monde sous son nom anglais, Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) est une création conjointe de l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) et du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Il regroupe tous les états-membres de l’une ou l’autre des ces deux organisations.

 

Les rapports qu'il élabore sont publics et consultables sur le site internet de l' IPCC

 

Les deux premiers rapports ont été publiés respectivement en 1990 et 1995. Le troisième a été approuvé en 2001. Un quatrième rapport est en cours d'élaboration et sera publié début 2007.

 

Ces rapports font état de scénarios possibles d'évolution du climat en fonction de diverses hypothèses portant d'une part sur la sensibilité de notre système climatique, et d'autre part sur la plus ou moins grande sagesse de l'humanité.

Les estimations qui résultent de ces diverses hypothèses, comportent toujours des barres d’incertitude. Alors que certains se complaisent à parler d'un processus diplomatique produisant de “la bouillie pour les chats”... chacun peut constater qu'il n'en est rien. Résultat de plusieurs années de travail, ces rapports sont établis par des scientifiques bénévoles après un processus rigoureux d'analyse, de consultations, et si nécessaire de débats contradictoires. Tous ces élément sont publics et l'enchaînement des hypothèses et de leurs effets est clairement expliqué.

 

Dans l'année qui précède la publication, le résultat de tout ce travail scientifique est soumis à une double évaluation ouverte d'une part à l'ensemble des scientifiques qu'ils soient ou non membres du GIEC et d'autre part aux experts désignés par leurs gouvernements.

 

On peut trouver des imperfections à ce processus, mais dans l'état actuel du débat sur les relations entre science et société, on n'en connaît pas de meilleur !

 

Pour en savoir plus :

Voir dans notre dossier "Changement Climatique" le détail du processus d'élaboration et de publication de ces rapports", mais aussi les FAQ sur le Climat et le site internet de l'IPCC : http://www.ipcc.ch/


Octobre 2006 


2/2 Le premier satellite Européen de météorologie MetOp a été lance avec succès le 19 octobre

Après 4 tentatives infructueuses, (incidents, puis doutes, sur le lanceur Soyouz utilisé), la mise en orbite  du premier satellite météorologique européen défilant, MetOp,  a été lancé avec succès le 19 octobre, de Baïkonour, sur un lanceur Soyouz.

 

Metop est le produit de la collaboration entre l’Agence Spatiale Européenne (ESA) et l’organisation pour l’exploitation des satellites météorologiques européens (EUMETSAT). La Veille Météorologique Mondiale comprend des satellites en orbite géostationnaire, (comme Meteosat, altitude  36000 km), et des satellites "à défilement", (en orbite polaire, altitude proche de 800 km), qui constituent le segment polaire du système de satellites météorologiques.

Crédit ESA

MetOp est le premier d’une série de trois satellites qui vont se succéder au cours des quinze années à venir, et fournir aux services météorologiques du monde entier les données indispensable à l’établissement des prévisions et à la surveillance de l’évolution du climat. Complémentaire des satellites lancés par la NOAA, il est la composante européenne d’une nouvelle coopération avec les Etats-Unis d’Amérique qui, pendant les derniers quarante ans, ont assuré seuls le service en orbite polaire.

MetOp vole sur une orbite héliosynchrone à une altitude moyenne de 817 Km, tandis que les deux polaires américains volent sur des orbites complémentaires. Dans ces conditions, le satellite américain dit « du matin », (à cause de l'heure solaire locale des zones survolées), ne sera pas remplacé, lorsqu'il atteindra sa fin de vie: seul demeurera celui de l’après midi, assurant ainsi, grâce au relais pris par la série MetOp, la couverture à deux satellites.

Les données sont disponibles pour les usagers dans les 2 heures et 15 minutes qui suivent la mesure.

Grâce à l’usage combiné d’instruments nouveaux, MetOp améliore considérablement les mesures météorologiques, tant en richesse qu'en précision: température et humidité de l’atmosphère, direction et force du vent soufflant à la surface des océans.  De plus, il fournit les concentrations en ozone et autres gaz minoritaires dans l’atmosphère, données essentielles pour une surveillance de l’évolution du climat.

Dans le cadre de la coopération Europe États Unis, 5 instruments dits  "Héritage", (c. a d . ceux qui, fournis par la NOAA ou le CNES, se trouvent déjà sur les satellites actuels), voleront sur les MetOps  (ainsi que sur les NOAA):

  • Le sondeur micro-onde de la NOAA (AMSU-A1 et A2) qui, en combinaison avec le sondeur haute définition infrarouge HIRS, fournit le profil vertical de température et d’humidité de l’atmosphère entre la surface et la haute stratosphère et permet d’obtenir les précipitations, la couverture neigeuse et l’humidité du sol et l’état des glaces de mer,

  • Le sondeur haute définition infrarouge HIRS/4, de la NOAA qui en plus de l’usage déjà cité permet d’obtenir la température de surface de l’océan, la masse totale d’ozone, la quantité d’eau précipitable, la quantité de nuages et leur hauteur ainsi que les radiances de surface,

  • Le radiomètre avancé de très haute résolution (AVHRR/3) de la NOAA qui fournit, nuit et jour, des images de la surface du globe, sa couverture en glace, neige et végétation ainsi la température de surface des océans,

  • ARGOS Next: En plus des mesures de divers paramètres atmosphériques et des images de la surface du globe, ce satellite assure la collecte et la retransmission de données au sol, (par exemple, les mesures In Situ faites à bord de bouées fixes et dérivantes), dans le cadre du système Argos mis au point par le CNES

  • Il permet également la détection de navires ou d’aéronefs en détresse grâce, en particulier au Search And Rescue Processor (SARP-3), fourni par le CNES.

    A ces 5 instruments "classiques" s’en ajoutent 5 nouveaux, tous européens:

  • Le sondeur atmosphérique par interférométrie infrarouge (IASI), résultat d’une collaboration entre Eumetsat et le CNES, concepteur de l’instrument, est l’instrument embarqué le plus avancé. Il permet, à partir du rayonnement infrarouge émis par la surface du globe, de reconstituer le profil de température et d’humidité dans la troposphère et la basse stratosphère avec une résolution verticale d’1 Km et une précision de 1°C pour la température et de 10 % pour l’humidité,

  • Le Sondeur micro-onde d’humidité (MHS), qui permet la mesure de l’humidité à différents niveaux de l’atmosphère ceci incluant la pluie la neige et la grêle,

  • Le système de récepteur du système de navigation globale satellitaire (GRAS) qui à l’aide d’un récepteur GPS permet d’obtenir 500 profils atmosphériques par jour,

  • Le diffusiomètre avancé (ASCAT), version plus avancée de celui volant sur ERS2, qui fournit la force et direction du vent à la surface des mers et permet un suivi de l’état de la surface: glace, humidité du sol etc.

  • Le spectromètre de suivi de l’ozone (GOME-2) qui fournit le profil vertical détaillé de l’ozone, du dioxyde d’azote, de la vapeur d’eau, de l’oxygène, des oxydes de brome et de divers autres gaz minoritaires. 

Le Club des Argonautes se réjouit du lancement réussi de Metop-A . Pour la prochaine génération d'un tel programme, il souhaite qu'elle puisse être réalisée en ayant recours a une flottille de microsatellites qui ont l'avantage, par rapport aux grosses plate formes, de ne  pas mettre "tous les oeufs dans le même panier", (10 instruments, aux exigences parfois contradictoires, cohabitant sur un seul et  même bus...), ce qui conduit à un risque important lors des phases critiques, (lancement, en particulier). 

En effet, la technologie spatiale offre désormais une autre option: de petits satellites dédiés comportant seulement 2 ou 3 instruments: ces engins, moins lourds et moins coûteux, (Envisat a une masse, et un coût, comparables à celle de 18 "Mini-sats" comme Jason-2...), peuvent, être fabriqués et lancés indépendamment; la maîtrise des techniques du "R.V. en orbite" permet ensuite de retrouver, grâce  au vol en formation, le bénéfice de mesures co-localisées, qui est la seule justification des gros satellites. 


Au terme des vérifications prévues, MetOp sera opérationnel dans six mois environ. En plus de son emploi pour le suivi et la compréhension de l’évolution du climat, MetOp sera surtout un outil fondamental pour la prévision météorologique. Le gain doit être d’abord dans la prévision à courte et moyenne échéance, moins de deux semaines, où l’on espère un accroissement de la prédictibilité d’une demi journée au cours des trois ans à venir. Pour mémoire l’amélioration au cours des vingt dernières années a été d’un jour et demi. La qualité des données ainsi que l’obtention de nouvelles mesures devrait aussi permettre d’améliorer la prévision à longue échéance, mensuelle et saisonnière. 

 

Les satellites d'Eumetsat et de la NOAA s’inscrivent dans le cadre de la Veille Météorologique Mondiale (VMM) et de la Veille de l’Atmosphère Globale (VAG) de l’OMM. Il s'agit d'un tissu d'engagements gouvernementaux (185 Etats) qui permet, entre autres, d'éviter toute interruption des observations Météo. Rappelons que depuis  sa création, le Club des Argonautes prône la mise en place d'un mécanisme analogue: une "Veille Mondiale Océan et Climat".  

Pour en savoir plus : 
· Site de l'ESA : http://www.esa.int/esaLP/LPmetop.html
· Site du CNES :http://www.cnes.fr/....._lancement_Metop_A.pdf
· Site des Argonautes : La  Géoscopie, outil de base de la « Géonautique ».


Septembre 2006 


1/1 Océan et climat, nouveau livre de Jacques Merle.. 

Bien que, depuis plusieurs millénaires, de hardis navigateurs aient parcouru sa surface à la recherche de terres nouvelles, l'océan est demeuré longtemps le plus mal connu des milieux naturels terrestres. Au cours des dernières décennies du XX ème siècle la préoccupation climatique a précipité son étude, ouvrant la voie à son observation opérationnelle et à la prévision du climat. C'est ce que les Argonautes, qui n'ont pas peur des néologismes, appellent " Géoscopie".


En effet l'océan joue un rôle essentiel dans les mécanismes complexes qui régissent le climat. L'océan est, avec l'atmosphère, une enveloppe fluide de notre Terre qui assure trois fonctions essentielles : il stocke la presque totalité de l'énergie reçue du soleil, il échange cette énergie avec l'atmosphère et surtout il transporte cette énergie, principalement sous forme thermique, au delà des aires de stockage initiales que sont les tropiques rendant ainsi notre planète habitable. 

Editions IRD


Après un bref récit de la découverte des océans, en surface et en profondeur, et des premiers pas de la science océanographique, l'ouvrage nous fait pénétrer dans " l'ère géophysique" contemporaine qui a pris naissance autour des grandes questions scientifiques posées aux océanographes au cours de ces dernières décennies par la nécessité de comprendre le rôle de l'océan dans le climat. 

 

Ces questions sont regroupées et traitées autour de trois thèmes principaux : 

  1. Quel est le rôle de l'océan dans l'équilibre énergétique planétaire ? 

  2. Quelle est la nature et l'importance de la singularité équatoriale dans la circulation océanique ? 

  3. Comment l'océan et l'atmosphère interagissent-ils, spécialement dans les basses latitudes ? 

L'ambition de l'ouvrage est de mettre en évidence un moment charnière d'une discipline scientifique mal connue du public, l'océanographie physique, qui, en moins de 50 ans, est passée d'une approche descriptive et géographique à une approche géophysique

Jacques Merle souhaite apporter une contribution à l'histoire de l’avancée rapide des connaissances de ce domaine scientifique à la fin du XX ème siècle, porté par des technologies nouvelles telles que les engins autonomes, l’observation spatiale et la modélisation numérique

Cette histoire est jalonnée par les questions et les réponses qui progressivement ont émergé à l’issue de grands programmes internationaux, de conférences, de réunions de groupes de travail, d'écoles d'été etc... 

Ce brassage de chercheurs de toutes origines disciplinaires et nationales, météorologues et océanographes confondus, incluant théoriciens et observateurs, était motivé par une ambition commune : comprendre comment la dynamique de l'océan interagit avec l'atmosphère pour déterminer le climat et sa variabilité. 

Cette épopée scientifique fut aussi remarquable par sa dimension humaine. Ignorant les frontières nationales, linguistiques ou culturelles, des relations professionnelles et amicales d'une exceptionnelle qualité ont lié les acteurs de ces programmes de recherche, en dépit de la compétition inhérente à toute activité de recherche. 

C'est une "photographie humaine" de cette époque, caractérisée par les premiers grands rassemblements scientifiques à l'échelle planétaire, que l'auteur veut aussi donner en souhaitant que cette communion scientifique soit le prélude à une prise de conscience des nations de la nécessité d'effacer les frontières pour gérer le risque climatique au bénéfice de tous. 


Mai 2006 


2/2 Ce 28 avril 2006, Calipso et Cloudsat ont rejoint la constellation de satellites A-TRAIN, véritable observatoire spatial du climat

Cette constellation, fruit d'une coopération franco américaine, comprend six satellites situés sur la même orbite, à quelques minutes d'intervalle : Aqua depuis 2002, Aura depuis juillet 2004, Parasol depuis décembre 2004, Cloudsat  et Calipso ce mois-ci, et enfin OCO prévu en 2008, nous donneront des informations sur le cycle de l'eau, la température et  l'humidité de l'atmosphère, la qualité de l'air, l'ozone,  les nuages, les aérosols et le dioxyde de carbone (CO2).

 

Ces observations "ciblent" les processus complexes, (et interdépendants), qui interviennent dans le renforcement de l'effet de serre lié aux centaines de milliards de tonnes de CO2 que nous avons relâchées dans l'atmosphère depuis 150 ans. En particulier, la connaissance de "l'effet parasol" des nuages et du rôle des aérosols sur les divers types de nuages, devrait permettre d'affiner les modèles prédictifs, dont les prévisions de température moyenne 2100, (15°C à présent), ont une incertitude globale de 2 à 6° (la moitié environ résultant du comportement plus ou moins "sobre" qu'adoptera l'humanité - cf. travaux du GIEC). 

 

Une meilleure connaissance des interactions entre ces processus contribuera aussi à rapprocher les points de vue divergents sur l'évolution du climat. Notamment entre ceux qui redoutent un emballement (et donc, une catastrophe climatique), et ceux qui pensent que grâce aux "rétroactions négatives", cela pourrait s'arranger tout seul ! 

 

Pour en savoir plus :

 

Revue d'information CNES, NASA, CNRS : "Calipso, percer les secrets des nuages"

http://www.cnes.fr/html/_98_100_3519_3750_3753_5132_.php


Mars 2006 


3/4 - Bonne nouvelle,  feu vert pour Cryosat 2 

Le 9 octobre dernier, une avarie du lanceur Rockot, a entraîné la perte du satellite d'observation de la Terre Cryosat.

 

Conscients de l'enjeu de la mission de ce satellite pour l'étude du changement climatique, les États membres de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) ont décidé le 24 février dernier, la fabrication et le lancement d'un deuxième satellite, Cryosat-2. L'objectif de mise sur orbite est mars 2009.

 

Ce satellite est spécialement conçu  pour évaluer avec précision, les modifications des épaisseurs des glaces continentales (2 mm/an) et des glaces de mer (2 cm/an). En complément aux mesures actuelles par satellite ou terrestre, elles viendront alimenter de nombreuses équipes de recherche par le monde qui travaillent sur la compréhension des phénomènes polaires, influence de l'homme, activité solaire.

 

Il fera partie d'une flottille de satellites EOS lancés et à lancer par la NASA et l'ESA, spécialisés chacun dans un domaine d'observation de la Terre. 

 

Le métier du spatial est difficile et risqué. Le développement et la fabrication de Cryosat avaient coûté 136 millions d'euros et duré 5 ans. Compte tenu de l'expérience acquise Cryosat 2 bénéficiera des développement antérieurs, sa fabrication demandera 3 ans et son coût devrait être moindre.

 

De l'intérêt des mesures permanentes....

Image credit: NASA/Wallops

Une étude récemment publiée par le Jet Propulsion Laboratory de la NASA montre que la fonte des glaces au Groenland  a doublé ces dix dernières années. 

 

Les glaciers coulent directement dans l'océan et contribuent à  l'augmentation du niveau de la mer (l'autre facteur étant la dilatation).

Des résultats sur dix ans ont été obtenus grâce aux moyens satellitaires. La vitesse de la glace a été mesurée grâce aux satellites ERS 1&2 et ENVISAT de l'Agence Spatiale Européenne ainsi qu'au satellite Radar-sat1 de l'Agence Spatiale Canadienne.

 

Cette photo du glacier de Helheim dans le sud-est du Groenland, prise en mai 2005, montre le front de détachement  dans l'océan. Ce glacier est un de ceux dont l'écoulement est le plus rapide au monde.

 

http://www.jpl.nasa.gov/news...

 

Pour en savoir plus sur Cryosat 2 :

http://www.esa.int/esaCP/SEMALGMVGJE_France_0.html


Décembre 2005 


2/2 Changements Climatiques, Conférence de Montréal

Le 16 février 2005, le Protocole de Kyoto entrait en vigueur, sans les États Unis. Ce "premier pas", incomplet et insuffisant, était cependant fondamental : il a, en effet, favorisé la mise en place de plans climats dans différents pays, et surtout, il a permis d'envisager l'après Kyoto.

C'était précisément l'objet de la Conférence des Nations Unies sur les Changements Climatiques qui s'est tenue a Montréal du 28 novembre au 9 décembre.

L'objectif était de trouver une suite à la lutte engagée contre le réchauffement du climat à savoir, poursuivre le protocole de Kyoto après son échéance de 2012, élargir le dialogue conformément aux termes de la Convention Cadre des Nations Unies sur le changement climatique adoptée en 1992.

Après des négociations longues et difficiles, un accord a finalement été conclu samedi. Plus de 150 pays ont accepté de lancer des l'année prochaine, des négociations formelles sur la réduction des gaz à effet de serre après 2012. Mais le gouvernement des États-Unis, non-signataire du Protocole de Kyoto, a refusé d'y prendre part officiellement, acceptant toutefois un dialogue informel et sans calendrier.

Nombre d'associations se réjouissent de ce résultat. Cependant, il peut paraître bien maigre, face a l'enjeu pour notre planète et pour ses 6 milliards de "Géonautes"... 

Pour en savoir plus : Site UNFCCC (United Nations Framework Convention on Climate Change) .


Novembre 2005 


1/2 Climat, effet de serre, par Claude Allègre

 

Claude Allègre a amplement démontré qu'il aime la science, aussi son "Dictionnaire amoureux de la science", paru dans une collection particulière des éditions PLON/FAYARD est-il bienvenu. 

Nous ne pouvions pas ne pas jeter un regard particulièrement intéressé sur les termes relevant de la science du climat. Malheureusement, C. Allègre y reprend complaisamment les arguments de ceux, de moins en moins nombreux, qui doutent encore de la réalité et de l'importance pour l'humanité du changement climatique. Au risque, pour ce faire, d'induire le lecteur en erreur. 

Par exemple en faisant croire, (Climat), que les prévisions climatiques ne sont qu'un prolongement de l'échéance des prévisions météorologiques et que les modèles numériques sont des constructions dépourvues de physique et de références aux observations. Ou encore, (Effet de serre), qu'il n'y a pas de différence de nature entre, d'une part la cause astronomique des variations climatiques du quaternaire - et ses conséquences sur l'évolution des teneurs en CO2 de l'atmosphère au cours des 800 000 dernières années - et d'autre part, le forçage radicalement nouveau que constitue l'injection de CO2 dans l'atmosphère par l'utilisation des combustibles fossiles

Face à ce scepticisme vis à vis du changement climatique actuel, et sans doute pour ménager l'avenir, Claude Allègre prévient néanmoins que: " Toutes les mesures pour limiter les émissions de gaz carbonique doivent être prises, énergie nucléaire pour l'électricité, voiture électrique, etc. Car si un avenir torride est possible, mais non certain, les catastrophes climatiques semblent programmées ! 

Afin de répondre aux interrogations des internautes, nous publierons prochainement dans notre rubrique FAQ, une série de questions /réponses sur le sujet, expliquant les résultats scientifiques actuels.


Octobre 2005 


1/2 - Changement climatique :  Les Académies des Sciences s’engagent.

Le sept juin 2005 les Académies des Sciences de 11 pays (Brésil, Canada, Chine, France, Allemagne, Inde, Italie, Japon, Russie, Royaume Uni, USA) ont signé une déclaration commune sur la réponse globale à apporter au changement climatique. (http://nationalacademies.org/onpi/06072005.pdf). 

 

Elle prend à son compte les résultats du GIEC et tient en quatre points :

 

  1. Le Changement du Climat est une réalité que les observations démontrent. Il est dû pour l’essentiel aux activités humaines.

  1. Il faut réduire les causes du changement climatique. Les Nations doivent prendre sans attendre les mesures propres à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les incertitudes scientifiques sur certains aspects du changement climatique ne peuvent en aucun cas servir de prétexte à leur report.

  1. Il faut se préparer aux conséquences du changement climatique. Les temps de résidence des gaz à effet de serre et le temps de réponse du système climatique à la perturbation qu’ils représentent font que même si les émissions de gaz étaient instantanément stabilisées à leur niveau actuel le climat continuerait à changer en réponse à l’accroissement des émissions des décennies précédentes. Les changements climatiques sont inévitables et les Nations doivent s’y préparer. Les pays les moins développés sont souvent les plus menacés ; ils sont aussi les moins bien armés face à ce défi. L’adaptation au changement climatique demande donc une stratégie globale et une collaboration à l’échelle du monde.

  1. Conclusion : Les Académies des Sciences appellent toutes les Nations à une action rapide pour réduire les causes du changement climatique et s’adapter aux changements inéluctables. Elles doivent s’assurer aussi que cet enjeu est effectivement pris en compte dans les stratégies nationales et internationales. Les Académies s’engagent à collaborer avec les gouvernements pour y aider.

Cet appel s’adressait plus particulièrement aux États Membres du G8 qui se sont réunis un mois plus tard les 7-8 juillet à Gleneagles au Royaume Uni et dont l’un des points de l’ordre du jour était le changement climatique. L’irruption dramatique du terrorisme à Londres au cours de cette réunion a un peu occulté les conclusions auxquelles les États participants sont arrivés sur ce thème.

 Elles ne sont pas négligeables et montrent que les Académies des Sciences ont été entendues : 

 

Les États participants se sont tous mis d’accord sur :

  • un document d’analyse(1), 

  • un plan d’action(2) 

  • et une déclaration commune(3) 

qui reprennent les points essentiels de la déclaration des Académies : 

  • reconnaissance de la réalité du changement climatique et de la responsabilité de l’homme, 

  • nécessité de réduire les émissions pour en limiter l’ampleur, 

  • préparation internationale concertée pour s’ y adapter. 

On ne pouvait pas espérer aller jusqu’à la ratification par les USA du protocole de Kyoto à l’application duquel les pays qui l’ont ratifié ont confirmé leur détermination. 

Sommet du G8 de juillet 2005 :

(1)Changement climatique, énergie propre et développement durable.
http://www.fco.gov.uk/Files/kfile/FR-plan%20climat-7%20juillet.doc 

(2)Plan d’action : Changement climatique, énergie propre et développement durable.
http://www.fco.gov.uk/Files/kfile/FR-%20decl%20climat-7%20juillet.doc 

(3)Déclaration de la présidence.
http://www.fco.gov.uk/Files/....presidence%20-%20texte%20%20definitif.doc 


2/2 - Un moyen de réduire le réchauffement de la planète : Capter et stocker le gaz carbonique

 

Sans oublier que l'énergie la moins polluante est celle que l'on ne consomme pas, que les énergies propres et renouvelables sont déjà en développement dans de nombreux pays, il est clair que ces mesures ne suffiront pas pour mener à bien la politique globale des pays développés, visant à diviser par un facteur 4 les émissions de gaz à effet de serre.

Face à un problème difficile, il faut en général une pluralité d'approches : c'est ainsi que des recherches sont menées en vue de capter le gaz carbonique relâché dans l'atmosphère.

 

Le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a adopté fin septembre un rapport spécial démontrant la possibilité d’utiliser, comme moyen de réduire les émissions humaines de gaz carbonique (le principal responsable du réchauffement climatique), le captage du gaz carbonique à la sortie de grandes installations industrielles ou productrices d’électricité et son stockage dans des sites appropriés. 

Deux types de sites sont envisagés : soit des formations géologiques adaptées, telles que des gisements de pétrole ou de gaz déjà exploités ou des aquifères salins, soit le milieu océanique. 

Grâce en particulier aux interventions de la délégation française, le sommaire pour décideurs souligne clairement tous les inconvénients de cette dernière éventualité : acidification du milieu marin nocif pour la biosphère, fuites inéluctables à un terme difficile à prévoir, technologies d’injection non développées. 

Le Club des Argonautes se réjouit de voir ces raisons de renoncer au stockage océanique mises clairement en évidence.


Le rapport, rédigé par le Groupe III des experts du GIEC intitulé "Mitigation" ("Atténuation"), décrit les technologies  actuellement connues ou en devenir, reprend à son compte les descriptions et conclusions parues dans la littérature scientifique et technique mondiale récente. Coûts, limitations, risques et autres questions sont passées en revue en détail. Il a été rédigé par une centaine d'experts et revu largement par spécialistes et gouvernements. Il est en cours de parution.
Est actuellement disponible sur internet le Sommaire pour les décideurs. 

http://www.ipcc.ch/pdf/special-reports/srccs/srccs_spm_ts_fr.pdf 


Septembre 2005 


1/2 - Les cyclones dans le golfe du Mexique.

 

Le 29 août dernier, l'ouragan Katrina, d'une force peu commune, a dévasté la Louisiane, et s'est propagé dans le Mississipi, l'Alabama et l'ouest de la Floride.

 

Si la prévision des ouragans s'est beaucoup affinée grâce aux observations par satellites, aux avions de reconnaissance, et aux modèles, il reste encore du chemin à parcourir (notamment pour établir un couplage entre les modèles des différents compartiments de la biosphère).

 

Aux États Unis, c'est le NHC de la NOAA qui est chargé des prévisions. Les pronostics pour le reste de la saison montrent une activité cyclonique importante.

 

Si chaque catastrophe amène beaucoup de malheur, elle permet aussi d'observer les phénomènes réels et de vérifier les modèles, les perfectionner et ainsi faire progresser la connaissance. 

Crédit NOAA/AOMM

Anomalie de hauteur de  mer le 28 août avec superposition de la trajectoire de Katrina

Le premier rapport d'analyse du laboratoire AOML de la NOAA sur l'ouragan Katrina, sorti le 30 août, montre des images impressionnantes vues à travers les mesures d'altimétrie par satellite.

 

Ces observations illustrent en effet la façon dont le cyclone s'est renforcé en survolant une lentille d'eau chaude d'environ 300 km, au milieu du golfe du Mexique, ce qui explique sa puissance et comment après son passage une partie du contenu thermique de cette lentille a été absorbée, ce qui quantifie l'énergie collectée par ce cyclone (comparable à celle que fourniraient plusieurs centaines de centrales électriques de 2 GW fonctionnant pendant 10 jours). 

Le site Aviso Altimétrie a d'ailleurs publié une version simplifiée, en Français, de cette première analyse NOAA/AOML.


De façon prémonitoire, Mercator Ocean avait consacré le bulletin océanique de l'été à l'analyse du comportement dans le Golfe du Mexique de son modèle haute résolution, et avait souligné le rôle des poches d'eau chaude larguées par le "Loop Current" dans la propagation et le renforcement des cyclones tropicaux, et Aviso en mai 2003, avait consacré sa News Letter à "Comment utiliser l'altimétrie pour identifier les régions d'intensification des cyclones".

 

Enfin, une question se pose toujours après chaque catastrophe naturelle,  il y a-t-il une une aggravation de cet évènement liée au réchauffement de la planète? Le débat est ouvert. Voir le site Real Climate.


Juillet/Août 2005 


2/3 Charles David Keeling, un pionnier dans le domaine des gaz à effet de serre

 

Charles David Keeling nous a quittés ce 20 juin. 

Il fut le premier à quantifier l'accroissement lié à l'activité humaine, du gaz carbonique dans l'atmosphère.

Il a en effet installé le premier observatoire de mesures continues du CO2.

C'était dans le cadre de l'Année Géophysique Internationale (1957-58), un véritable événement fondateur dans l'étude et l'observation systématiques de la planète Terre. 

Ces séries de mesures, très précises et ininterrompues depuis 1957, ont constitué le jeu de données le plus important pour les travaux scientifiques sur le changement climatique.

Lorsque Charles Keeling a commencé ces mesures, la concentration de CO2 était de 310 ppmv (parties par million en volume, soit 310 cm3 par m3), en 2005, lors de sa disparition, on peut l'estimer à 380 ppmv. Ces deux chiffres permettent de tirer les leçons suivantes :

  • La valeur que peut prendre une série continue de mesures de haute précision, ainsi par exemple les mesures  bio-géochimiques dans l'Atlantique Nord deviendront-elles un jour un élément de négociation sur le Changement Climatique ? (dans la mesure où elles peuvent témoigner des émissions du continent nord américain).

  • Par rapport à la période préindustrielle (1850), la concentration a déjà augmenté de 110 ppmv et en dépit de la  signature du protocole de Kyoto, tout indique que l'objectif dit de "2 CO2" (soit 550 ppmv) sera très difficile à tenir.

Charles Keeling a  fait sa carrière au sein de la prestigieuse Scripps Institution of Oceanography de l'Université de Californie.

Pour en savoir plus, http://scrippsnews..... (en Anglais)


Avril 2005 


2/2 Vaincre le changement climatique planétaire... un défi lancé par la Commission Européenne...

 

On trouve dans la récente communication "Vaincre le changement climatique planétaire"  adressée par la Commission des Communautés Européennes au Parlement Européen (document COM 2005 35 final daté du 09.02.2005) les grandes lignes de la stratégie proposée par la Commission en matière de lutte contre le réchauffement climatique pour 2012 et jusqu'en 2050. C’est une impressionnante liste de bonnes idées, de «défis» selon le terme employé par la Commission, assortie de recommandations, dont beaucoup apparaîtront familières aux lecteurs du site "Club des Argonautes", 
On regrette toutefois que la Commission dans sa liste des 15 technologies susceptibles de contribuer à gagner ces défis à l’horizon 2050, n’ait pas proposé de plan plus ambitieux pour le développement d’autres formes d’énergies renouvelables que l’Éolien, le Photo voltaïque et la Biomasse. 


Février 2005 


1/2 Réduction des émissions de gaz à effet de serre....

Beaucoup de commentaires dans les médias à l'occasion de l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto ce 16 février 2005. Trente pays dit "industrialisés" devront, entre 2008 et 2012, réduire de 5,2%, (en moyenne), leurs émissions de gaz à effet de serre par rapport à leurs émissions de 1990.

Beaucoup de controverses, aussi, sur l'efficacité de cet effort, sans doute une goutte d'eau dans l'océan de ce qu'il faudra faire pour ne pas laisser que... des dettes à nos descendants ! Mais cette goutte est aussi un symbole: on peut désormais parler de "Post Kyoto" et de "Plans Climats" mieux informés, (donc plus volontaristes...), que ceux que nous connaissons ! 

Le réchauffement global est une certitude. Les séries climatiques sont éloquentes: la température moyenne de "la 3ieme Planète", (c'est la nôtre: il n'y en a pas de rechange !), augmente d'un centième de degré / an environ. De même, la montée du niveau moyen des mers est de 2 mm / an. 

Ces chiffres sont des MOYENNES sur la Terre entière. Dans certaines régions du Pacifique ou de l'Indien, la montée des eaux peut être DIX FOIS PLUS RAPIDE, soit près de DEUX MÈTRES par siècle ! (Voir notre dossier "Changement climatique"). Une information ignorée ! - tant pis pour des centaines de milliers de gens - lors de l'émission Thema du 10 Juin 2003.

Sur cette grave lacune, voir :

http://www.manicore.com/documerre/ouvrages/arte.html 

Ces deux mesures, température et niveau de la mer, sont fondamentales pour chacune des étapes de la démarche scientifique: "Observer" bien entendu,  mais aussi "Comprendre et Prévoir", (c.a d. Valider les modèles de Climat qui tournent sur calculateur.)

La seconde, (niveau des mers), est une mesure "intégratrice", faite depuis bientôt 13 ans par 2 satellites de haute précision: TOPEX-Poséidon, puis Jason-1. Cela signifie que l'on dispose désormais d'un indicateur PEU BRUITE. C'est a dire, susceptible de "voir plus tôt" une inflexion de tendance liée a un début de fonte des calottes polaires ou, au contraire, l'effet heureux de nos vertueux efforts "Post Kyoto" ! (Il faudra un peu de temps...)

C'est l'immense intérêt de poursuivre cette série chronologique, homogène et bien etalonnée... c'est aussi une cause de stupéfaction, en apprenant l'interruption, (on l'espère, provisoire...), des travaux sur Jason-2, (un programme qui, depuis près de 3 ans, a glissé de "6 mois tous les 6 mois"...). Sur cette question, traitée comme mineure par ceux qui ont le pouvoir d'y remédier, un membre du Club a pu parler de "Silence des Agneaux"! 

En effet des rapports, fort respectables au demeurant, recommandent la mise en place des systèmes globaux d'observation que nous appelons de nos vœux (GEOSS au niveau mondial, et GMES au niveau européen). A la Bonne Heure ! Mais cette volonté salutaire ne devrait-elle pas trouver son premier point d'application dans la réduction du risque de "gap" entre Jason-1 et Jason-2 ?

Ceci n'est qu'une condition nécessaire: il faut ensuite des équipes pérennes, pour garder l'intimité requise avec la physique de la mesure, (et le cortège de corrections sans lesquelles, les observations ne servent pas à grand chose), il faut des Centres pour traiter les mesures en 24/24, des réseaux de Télécoms, des démarches d'éducation et d'information, de la Coopération Internationale, bref tout ce qui va (peut être) se faire désormais pour l'Océan Indien ! (à l'image de ce qui existait déjà pour les tsunamis dans le Pacifique). 

Ces travaux illustrent bien l'importance d'un suivi multidisciplinaire de la planète Terre. Ce suivi doit s'appuyer sur des systèmes d'observation à long terme et des équipes opérationnelles de chercheurs et d'ingénieurs chargés de l'analyse et de la modélisation. C'est la "Géoscopie " que Michel Lefebvre préconise. 

Les climatologues qui, comme Edouard Bard, travaillent avec des instruments de mesures de Bilan Radiatif (ERB, ScaraB, GERB...), savent, hélas, que "le monde n'est pas le même" selon qu'il y a eu ou non un recouvrement entre 2 instruments successifs ! En dépit de la perte irréparable que constitue l'absence d'inter-étalonnage, il n'existe aucun entité qui se sente responsable de faire ce qu'il faut pour l'éviter ! En reprenant une formule de notre ami Claude Pastre: "Disposer d'un système d'observation du Climat, c'est assurément l'affaire de tous, Est-ce une bonne raison pour que cela ne soit de la responsabilité de personne ?"