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Mois de
Décembre 2009
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1/1 Une expérience originale au lycée de Saint-Orens
de Gameville |
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L'Académie des Sciences a
attribué cette année le
prix EADS (science et ingénierie) à Michel Lefèbvre, membre du Club des Argonautes (voir News de
novembre). Pour
fêter cette distinction, il a souhaité relier trois
générations sur le thème de l'étude de la
Terre et plus particulièrement de l'eau sous toutes ses formes :
la génération des pionniers pour la plupart à la
retraite, la génération de leurs successeurs qui furent
leurs élèves ou leurs stagiaires, chercheurs actuellement
aux manettes, et les lycéens futurs scientifiques. Avec l'aide
du
CNES,
et de ses nombreux amis retraités ou encore en activité dans
l'industrie spatiale ou dans les laboratoires scientifiques, il a mis en place le projet VIGIE
(Veille Inter Génération pour l’Investigation sur l’Eau).
Ce projet propose aux élèves du lycée Paul Riquet de
Saint-Orens d'étudier l’océan de façon historique, scientifique ou
technique : est-ce que la mer monte ? à quelle vitesse les calottes
glaciaires fondent-elles?, quelle est l’histoire de la mesure des
océans ?...
Le coup d'envoi de ce projet mené en collaboration
étroite avec l'équipe pédagogique
a été lancé le 19 novembre 2009 après-midi au
lycée spatial de Saint-Orens, date choisie pendant la
Fête de la Science.

La manifestation a commencé par une conférence regroupant pas loin de
200 lycéens, le proviseur, des professeurs, des scientifiques
retraités ou en activité, des représentants du CNES et de
Planète Science.

Devant ce public attentif,
Michel Lefebvre a retracé sa carrière. 
Puis, une quinzaine d'ateliers défini par thèmes,
regroupant chacun des élèves, un ou deux animateurs
scientifiques se sont réunis. Les lycéens ont pu poser
des questions, définir les grandes lignes de leur projet tout au
long de l'année scolaire.
Après un débriefing général en fin d'après midi tout le monde s'est
retrouvé pour boire le verre de l'amitié.
Par la suite, cette expérience originale sera étendue à d'autres établissements.
Les trois générations vont maintenant échanger leurs questions, points
de vue, expériences... Elles se retrouveront en fin d'année pour
présenter les résultats de leurs travaux et étudier la poursuite de
cette démarche à Saint-Orens, et pourquoi pas, dans d'autres
établissements.

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Mois de
Novembre 2009
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1/2 SMOS : "Soil Moisture and Ocean
Salinity" - Humidité des sols et salinité des océans. |
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Le satellite SMOS a été lancé avec succès le 2 novembre 2009 depuis le cosmodrome russe de Plessetsk.
C’est une des missions spatiales d’observation de la
Terre de l’Agence Spatiale Européenne qui s’inscrivent (comme
GOCE) dans le cadre de son programme «Planète
Vivante».
Elle a été proposée et conduite par le
CESBIO qui est une Unité Mixte de
Recherche (CNRS, Université Paul Sabatier, CNES, IRD) sise à Toulouse.
C’est une mission dédiée au cycle de l’eau. L’eau, qui a cette
particularité d’exister sur Terre sous trois formes (solide, liquide,
gazeuse) est le principal agent des échanges d’énergie entre les
différents compartiments du système climatique :
atmosphère, océan, cryosphère, surfaces continentales, milieu vivant.
Elle vise à combler
deux lacunes qui concernent ce cycle ;
L’humidité des sols
Comparés à l’océan, les sols recèlent évidemment une quantité
d’eau dérisoire, mais le rôle de cette humidité est
sans commune mesure avec le stock qu’elle représente.
SMOS s’intéresse
à ce que l’on appelle la «zone des racines», jusqu’à une profondeur
de deux mètres environ dont il donnera une image planétaire
quantitative de l’humidité (pourcentage d’eau contenue dans une masse
ou un volume de terre), tous les trois jours avec une résolution
spatiale de 35 à 50Km.
L’humidité des sols intervient directement dans
les échanges avec l’atmosphère : plus elle est élevée, plus les sols
sont susceptibles de transmettre de l’eau à l’atmosphère et
réciproquement.
Elle conditionne aussi le développement de la
végétation dont les racines trouvent dans ce réservoir l’eau dont elles
ont besoin pour se développer et donc les processus d’échange d’énergie
avec l’atmosphère via les processus d’évapotranspiration qui jouent
aussi un rôle important aux échelles météorologiques et climatiques.
Qui dit végétation, dit évidemment
photosynthèse et donc aussi
cycle du
carbone, et stockage et déstockage de gaz carbonique en fonction des
conditions climatiques dont l’humidité des sols est à la fois un
acteur et un indicateur.
Enfin à court et moyen terme l’humidité des
sols, directement et via la végétation qu’elle entretient, a un impact
sur le régime hydrologique : ruissellement , infiltration,
alimentation des nappes phréatiques etc…
Météorologie, Climat,
Hydrologie, Végétation et cycle du carbone ont tous besoin
d’introduire l’humidité des sols dans leurs modèles de prévision.
C’était une lacune, mais SMOS la comblera.
La salinité de surface de l’océan
La salinité évoque a priori le sel plutôt que l’eau, si ce n’est que
précisément, c’est du sel dans l’eau et que sa valeur dans l’océan, que
l’on exprime en
UPS,
est
voisine de 35 et varie en relation avec le cycle de l’eau.
La salinité de surface varie d’une région océanique à une autre de 27
UPS dans les mers du plateau continental arctique à 40 UPS en Mer
Rouge et dans le Golfe Persique.
Elle est le reflet :
-
des échanges
énergétiques entre l’océan et l’atmosphère d’une part, via les
processus d’évaporation (qui concentre) et de précipitation (qui dilue)
-
et l’océan et la cryosphère d’autre part, via les processus de
congélation (qui concentre) et fusion (qui dilue),
processus qu’il est
très difficile de mesurer directement et qu’il est pourtant nécessaire
de quantifier correctement car ils sont cruciaux dans la dynamique du
climat, et qu’il est nécessaire de bien les paramétrer dans les modèles
de simulation de l’évolution du climat.
C’est l’océan qui fournit à
l’atmosphère (via l’évaporation principalement) l’essentiel de son
énergie :

Le
satellite SMOS fournira tous les dix à trente jours une carte de la
salinité des surface à 0,1 UPS près, avec une résolution de 200 x 200 km :
indication sans cesse renouvelée de l’évolution des échanges
énergétiques entre océan et atmosphère notamment dans les régions
tropicales où ils sont le plus intenses.
Les cartes d'évaporation-précipitation et de salinité de surface témoignent de la
relation qui les lie.
On voit en effet sur les deux cartes ci-contre qui
représentent respectivement les moyennes annuelles globales d'évaporation-précipitation
et de salinité, que les maxima de salinité dans l'océan Atlantique et
dans l'océan Pacifique correspondent aux maxima d'évaporation et que
les minima de salinité correspondent aux maxima de précipitations.
La salinité est aussi un paramètre essentiel de la circulation
océanique et donc du transport de chaleur par les courants océaniques.
C’est elle avec la température qui détermine la densité de l’eau dont
les variations sont le moteur de ce que l’on appelle la «circulation thermohaline».
L’exemple le plus fameux et à juste titre compte tenu
de son importance dans le système climatique, est ce que l’on appelle
de manière imagée le
tapis roulant qui prend naissance dans
l’Atlantique nord et qui est la conséquence directe du fait que les
eaux de surface de l’Atlantique tropical nord sont très salées, beaucoup
plus que celles du Pacifique nord où ce phénomène n’a pas lieu.
Les
courants océaniques :
Gulf Stream, puis
Dérive Nord Atlantique
transportent vers le nord des eaux très salées donc denses. Dans les
mers du Groenland et de Norvège ces eaux densifiées par le
refroidissement et une sursalure induite par la formation de la
banquise plongent jusqu’à 3500 mètres de profondeur et s’écoulent vers
le sud dans tout l’océan. Ce mécanisme fait que le transport de
chaleur vers le nord par les courants océaniques est beaucoup plus
important dans l’Atlantique que dans le Pacifique avec des
conséquences climatiques bien connues, mécanisme dont on craint qu’il
ne s’arrête pour cause d’une diminution de la salinité dans
l’Atlantique tropical par modification du bilan
évaporation-précipitations et / ou dans les mers du Groenland et de
Norvège en raison d’un excès d’eau douce (précipitations, diminution
de la banquise, fonte des glaciers du Groenland).
SMOS sera notre
observatoire permanent de l’évolution du «tapis roulant», comme il
pourra l’être également dans les autres régions de l’océan où la
dynamique océanique est dépendante des mouvements verticaux.
Principe de la mesure
L’instrument de mesure est un «radiomètre interférométrique à
synthèse d’ouverture»,
MIRAS :
-
radiomètre,
car l’instrument mesure le rayonnement émis par la surface
de la Terre à une longueur d’onde optimale donnée
ici : 21 cm (bande L) qui a en outre l’avantage de ne pas
être perturbée par les conditions atmosphériques.
Toute matière émet de l’énergie sous forme
de rayonnement électromagnétique mais
l’intensité du rayonnement dépend des
propriétés électriques de cette matière.
C’est ce que l’on appelle son
«émissivité» qui correspond à la
quantité de rayonnement qu’elle peut émettre. La
mission SMOS s’appuie sur le fait qu’à la longueur
d’onde choisie, l’humidité et la salinité
diminuent très significativement
l’émissivité du sol et de l’eau de mer
respectivement. De la mesure du rayonnement on peut ainsi
déduire l’émissivité de la surface et donc
l’humidité du sol ou la salinité de la mer.
-
«Interférométrique à synthèse d’ouverture» car, et c’est une
première pour ce type de radiomètre. A l’antenne de plusieurs dizaines
de mètres d’envergure que nécessiterait un seul radiomètre pour
obtenir une résolution suffisante, on substitue 69 radiomètres
élémentaires répartis sur les trois branches en Y du satellite
capables de mesurer la différence de phase du rayonnement incident. Un
traitement approprié des observations à partir de toutes les
combinaisons possibles des paires de récepteurs faites sous plusieurs
angles différents au fur et à mesure que le satellite suit sa
trajectoire permet de couvrir une zone de 3000 km de diamètre.
Le satellite est sur une orbite héliosynchrone quasi
polaire (inclinaison : 98,44°) et couvre ainsi la totalité de la Terre.
Il circule à une altitude de 758 Km. Sa durée nominale est de trois ans
avec une possibilité de prolongation de deux ans.

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2/2 Deux membres et un
correspondant du Club à l'honneur ! |
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Notre président Bruno Voituriez a été élu ce printemps, membre de l'Académie de
Marine.
Océanographe Physicien, Docteur ès Sciences, il a travaillé sur les
mécanismes physiques qui contrôlent la productivité des écosystèmes
océaniques. Il a été responsable des programmes d’océanographie
physique et spatiale de l’Ifremer puis directeur de la programmation
de l’ORSTOM (actuel IRD). Coordinateur des programmes français
d’océanographie physique relevant du Programme Mondial de Recherche
sur le Climat, il a été président du Comité National Français pour la
COI (Commission Océanographique Intergouvernementale de l’Unesco).
Déjà
lauréat du prix Science et Défense, notre ami Michel
Lefebvre se voit doublement honoré cet automne par
l'Académie de Marine qui lui a attribué le prix
André Giret, et par l'Académie des Sciences qui lui a
attribué le prix EADS "Sciences et Ingénierie".
Michel, d'abord capitaine au long cours, est entré au CNES en 1963. La
richesse et la variété de ses propositions l'ont conduit à
participer :
-
aux investigations de la sonde américaine Magellan
autour de la planète Venus,
-
à la mise en place du réseau d'orbitographie précise
Doris,
-
à être le promoteur infatigable, puis le premier
responsable scientifique, côté français, de la filière d'altimétrie
océanique de haute précision inaugurée avec le satellite
franco-américain TOPEX-Poseïdon.
Cette aventure extraordinaire se poursuit aujourd'hui
avec la série Jason-1, Jason-2 et bientôt Jason-3.
Pour parachever ce brillant tableau, durant l'été, notre
correspondant à Hawaii,
Gérard Nihous
a été nommé professeur dans le
département de génie océanique ("Ocean and Resources Engineering") de
l'Université de Hawaii.
Gérard est un spécialiste internationalement connu des
énergies marines en général et de l'énergie thermique des mers en
particulier, ce qui explique son lien privilégié avec les Argonautes.
Ces travaux ont porté notamment sur l'exploitation de la ressource
renouvelable et sur l'évaluation de l'impact environnemental
correspondant. Il a d'ailleurs, en liaison, avec le Club donné deux
brillants exposés lors de la conférence ICOE 2008 à Brest.
Quelques références :
Le Gulf Stream Bruno Voituriez
Les Humeurs de l'océan. Effets sur le climat et les ressources
vivantes. Bruno Voituriez
Michel Lefebvre, marin de l'espace Yves Garric

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Mois d'octobre 2009
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1/2 Pour une Veille Mondiale Océan et Climat (VMOC) |
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Comme pour la prévision
du temps, la prévision océanique (la "Météo de l'Océan"), exige
un réseau global, permanent, et pérenne d'observations.
Dix ans après la conférence "OceanObs99" qui
s'était tenue à Saint Raphaël, a eu lieu, à Venise cette fois, "OceanObs
2009" (du 21 au 25 septembre).
Loin du
tapage médiatique
autour de la nouvelle campagne de
"Tara", de la Boudeuse, (ou de la construction du Sea Orbiter...),
plus de 600 participants venus de 36 pays ont joué à ce jeu cruel qui consiste à choisir les
"impasses observationnelles"... que des moyens forcément limités rendent obligatoires !
Les
lecteurs familiers de ce site savent que l'océan est un
formidable réservoir d'énergie et de matière,
(minérale ou organique), et que, depuis peu, les
phénomènes dynamiques dont il est le siège peuvent
être prévus à des échéances de
quelques semaines; (tout comme, depuis plusieurs décennies, les
futures conditions météorologiques le sont, pour des
échéances de quelques jours).
Cependant les structures
tourbillonnaires, cycloniques ou anticycloniques,
déterminées par le profil de densité dans la
colonne d’eau, ont une extension géographique 10 à 20 fois
plus petite que les dépressions ou les anticyclones atmosphériques.
Les
observations, (in situ ou depuis l'espace), doivent donc être
assez nombreuses pour permettre la description de structures de taille
plus restreinte. Même s'il y en a de plus en plus, (plusieurs
milliers par heure), les observations demeurent largement
insuffisantes, face à l'immensité de l'océan
mondial.
Ceci
explique pourquoi le Club s'inquiète de la médiatisation
excessive d'opérations comme Tara, La Boudeuse, ou Sea Orbiter,
qui est de nature à égarer l'opinion,
en laissant croire que l’océan est totalement inconnu car inobservé, et
que les
quelques mesures -actuelles ou futures- qui sont
-ou seront- effectuées à bord de ces navires
vont révolutionner la science océanique, alors qu’elles ne présentent
qu’un intérêt très marginal.
Il n'en a d'ailleurs pas du tout été question à Venise, de même, hélas, que...
la conférence OceanObs 2009 a été totalement ignorée par les divers...
Magazines de la mer ! Le Club des Argonautes s'efforce, de
"lancer des passerelles" entre des professionnels des 2
bords: scientifiques
d’un côté, journalistes de l’autre.
Il
existe de nombreux
systèmes d’observation de l’océan, in situ ou spatiaux, comme par
exemple la constellation d'altimétrie", discutée notamment lors de la réunion
OSTST de Seattle :

Leur
existence comme
la nécessité de les développer, semblent inconnues des médias, du public,
et des politiques qui semblent plus séduits par les
lettres de mission
octroyées à des adeptes du tourisme
océanographique. Et pourtant les
enjeux sont d’importance et en découlent des conséquences logiques
majeures :
-
comme en Météo, aucun pays ne peut effectuer seul la totalité des observations nécessaires,
-
comme en Météo, la mise en commun en temps réel des mesures faites
est de rigueur:
une observation qui n'est pas partagée perd rapidement
une grande partie de son intérêt (le non partage, c'est du "Perdant-Perdant" !)
-
comme en Météo,
le coût de la prévision est dominé par celui du
réseau d'observations, tandis que les bénéfices
qu'elle peut faire naître concernent des secteurs
socio-économiques aussi divers que le transport maritime, la
protection des zones littorales, (artificialisées ou non), le
tourisme, les sciences du climat, la pêche, la Défense, la
production d'énergie, ou les activités off shore. Faute
de pouvoir recueillir l'ensemble de ces bénéfices, (ou
pertes évitées, à court et à moyen terme),
aucun acteur économique privé n'est en mesure d' assumer
la charge correspondante, de sorte que le financement public du réseau d'observation est une condition
nécessaire de son existence.
-
à la différence de la Météo... il n'existe aucun tissu d'accords inter-gouvernementaux, comparable
à la Veille Météorologique Mondiale
(VMM),
qui relie des agences nationales chargées explicitement
d'assurer la permanence d'observations opérationnelles
définies à l'avance, conformes à un cahier des
charges adopté par l'Organisation Météorologique
Mondiale.
Bien sur, il existe une COI (Commission
Océanographique Intergouvernementale), qui fêtera ses
50 ans en 2010
! Quoiqu'inter-gouvernementale, elle n'est qu'un programme
scientifique de l'Unesco sans vocation opérationnelle. Les projets
qu'elle coordonne, (en
particulier son programme GOOS:
Global Ocean Observing System), se font sur une base non
contraignante, selon
le bon vouloir de quelques Etats Membres
qui
ont choisi d'y contribuer. Et, à l'exception de quelques grands pays,
(USA et Australie, notamment), il n'existe pas de structures
équivalentes aux offices Météo nationaux.
Lorsqu'il s'agit d'assurer la pérennité de plusieurs
milliers d'engins autonomes dans l'océan et, très au dessus... de plusieurs
filières
d'observation multi-satellites, un réseau d'agences publiques, (équivalentes
à
celles sur lesquelles repose la
VMM, dans les
différents pays), est...
indispensable !
Les
grandes espérances pour une "Veille Mondiale Océan et Climat"...
(que le
Club des Argonautes prône depuis plusieurs années),
ont été portées
successivement par le
CEOS... par
IGOS...
par
GEOSS,
et dernière en date...
l’Équipe spéciale de haut niveau sur le Cadre mondial pour les
services climatologiques (!) qui intervient quelques années
après...
la mise en place d'une
structure commune à la COI et à l'OMM: JComm.
(Voir par exemple le point
6 de la 3ieme réunion de la JCOMM).
Ce "tuilage" d'initiatives successives trahit
peut être la difficulté d'acquérir une vue d'ensemble de la situation
institutionnelle... En outre, on ne connaît
guère d'autre moyen de passer de comités purement scientifiques
à des
structures inter-gouvernementales, capables de faire naître des
engagements internationaux ! La question de la rivalité éventuelle
entre organisations internationales était, à juste titre,
posée lors de
la dernière conférence ministérielle de l'Unesco ("Quel rôle
devraient jouer l’UNESCO et la COI, parallèlement au PNUE et autres
institutions spécialisées de l’ONU ?").
En attendant de pouvoir un jour démêler cet écheveau
institutionnel... chacun peut comprendre le
rôle vital des 2 premières conférences OceanObs, tenues à 10 ans d'intervalle: en
l'absence d'une "VMOC" (Veille Mondiale Océan et Climat"),
ces rencontres permettent
de déterminer les systèmes opérationnels d’observation de l’océan qu’il
est indispensable de pérenniser pour les diverses applications évoquées
ci dessus.
Sans
oublier la fragilité que constitue l'absence d'accords
inter-gouvernementaux, le Club se réjouit de constater
l'efficacité relative de cette démarche. Le programme
préconisé à Saint Raphaël il y a 10 ans, est
largement réalisé: certains de ses aspects constituent
une... véritable "rupture" ! Par exemple:
-
La "Révolution
Argo":
ces 3000 flotteurs de sub-surface qui, tous les 10 jours,
échantillonnent l'océan jusqu'à une profondeur de
2 km, renvoient quotidiennement près de 300 profils
de température et salinité,

-
L'usage, qui se
répand rapidement, de marques électroniques sur divers animaux marins, devenus "nouvelle plate-forme pour mesures in situ". (Les anglo-saxons parlent
de "Bio-logging" à l'aide de "tags"...)
-
L’approche coordonnée
pour
traiter de problèmes communs, (comme l’absorption du CO2),
à 3 sous-disciplines/communautés d'océanographes:
Océano Physique, Océano Chimique, et Océano Biologique.
Les progrès scientifiques apportés par les observations et la
modélisation ont rendu possible cette convergence;
il faut saluer, à ce propos, un exposé particulièrement mordant d'Hervé
Claustre du Laboratoire d'Océanographie de l'Obervatoire Océanologique
de Villefranche sur Mer (L'étude du cycle du carbone va-t-elle enfin pouvoir
être abordée... "de manière holistique" ?), ainsi que celui de U. Send, relatif à l'Ocean Observatories Initiative
de la NSF des Etats Unis.
-
L'exigence de continuité des observations est maintenant
bien reprise par
les nombreux programmes ou agences concernés (ESA, GMES, COI, GEOSS, OMM,
Etc.). En témoigne en particulier l'apparition de nouveaux "mots
clé"... à la "World Climate Conference" de
début septembre à Genève (WCC3):
Ocean Climate Services...
et ECV: Essential Climate Variables !
-
En même temps se dégage le concept de "constellations virtuelles"
qui consiste à associer plusieurs satellites conçus de façon
indépendante, dont les observations sont complémentaires, surtout
lorsqu'elles peuvent être proches dans l'espace (géographique !) et dans
le temps. L'usage fécond d'observations "co-localisées
après coup"... (par opposition au tandem Jason1-Jason2, ou au "A Train", qui sont de
réelles constellations, mises en orbite à cet effet), est un héritage du
projet Pilote GODAE/ GHRSST, lancé à Saint
Raphaël, qui a permis de mettre de l'ordre dans les produits
historiques, (issus des satellites météo), de température de la surface
océanique, produits conçus de façon très hétérogène il y a 30 ans.
-
Avec le lancement de
SMOS par l'ESA, début novembre
(qui sera bientôt suivi par son
homologue Nasa), il existe désormais des
constellations virtuelles pour chacun des
paramètres de la surface océanique que l'on peut mesurer depuis l'espace:
température (SST), topographie (SSH), salinité (SSS), coefficient de
rétro-diffusion à l'interface océan-atmosphère (un indicateur
Vents/Vagues), et Couleur de l'Eau (OC, un indicateur de l'activité biologique).
A noter le lancement réussi, le 23 septembre
(pendant la conférence à Venise !), du satellite Indien
Oceansat-2, dont
le diffusiomètre
viendra opportunément prendre le relais de celui de
QuikScat: après 10
ans de bons et loyaux services, ce satellite comportant une antenne
tournante pour la mesure du vent en surface, commence à donner
quelques signes de vieillesse ! A noter que la longévité record de cet
engin illustre, (comme celles de
TOPEX-Poséidon ou
Jason-1), le travail de bénédictin et
l'obstination qui ont permis, (de façon
totalement indépendante de la COI ou de l'OMM), d'assurer la continuité
des observations !
La qualité du travail des agences spatiales doit être
saluée et surtout, le relais de leur action doit être pris !
La difficulté de cette transition, de la recherche
aux applications, est en quelque sorte "multidimensionnelle": ceux qui,
comme les Argonautes, se sont réjouis, il y a quelques années du passage
"en opérationnel" du
réseau de bouées TAO, ont appris sans
plaisir une certaine décrépitude de ce système, depuis qu'il ne
bénéficie plus des "bons soins" du NOAA/PMEL (le labo de recherche qui
l'a mis en place...), du fait du découpage de taches au sein de la Noaa
!
Les "bonnes paroles" de la biologiste Jane Lubchenco (son
nouvel Administrateur), dans une
vidéo de près de 20 minutes... n'ont guère rasséréné nos collègues
américains ! Heureusement que, du coté des satellites, la transition de
Jason-1 à Jason-2, (d'un leadership
Cnes-Nasa vers un leadership
Eumetsat-NOAA), se déroule parfaitement !
Après OceanObs 1999 et 2009, espérons qu’il ne sera pas nécessaire
d’attendre 2019 pour que, (Grenelle de la mer aidant ?), les décisions
politiques adéquates soient prises pour la mise en œuvre fiable d’une Veille
Mondiale Océan et Climat !

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2/2 Coup de cœur : la Nouvelle-Calédonie |
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Dans leurs pérégrinations océanographiques, trois des
Argonautes ont jeté, pendant plusieurs années, l’ancre en
Nouvelle-Calédonie d’où ils explorèrent le vaste Océan Pacifique.
Océanographes, ils n’en sont pas moins terriens et ils
découvrirent avec étonnement une Terre très originale qu’ils
parcoururent de l’île Ouen à la fascinante Plaine des Lacs, aux îles
Belep, ou encore de Nouméa à Hienghène.
La Grande Terre et son immense lagon, la Grande Terre
et sa diversité biologique à nulle autre pareille.
Mais aussi, la Grande Terre et son nickel dont
l’exploitation depuis 150 ans se fait hélas au détriment du lagon,
réceptacle des sédiments charriés en abondance depuis les zones
d’exploitation. La biodiversité terrestre est détruite par la mise à
nu et la destruction de toute végétation sur de grandes surfaces.
Ces Océanographes terriens, vous invitent à découvrir
cette richesse et les menaces qui pèsent sur elle en prenant
connaissance de l’article de Michel Pascal et Bertrand Richer de
Forges paru dans le numéro 384 de la revue Pour la Science d’octobre
2009 :
La biodiversité de Nouvelle Calédonie menacée.

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Mois de
Août/Septembre 2009
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1/1 Activité solaire et réchauffement climatique.
Vers un nouveau cycle de Maunder ? |
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Pour ce qui est de l'activité
solaire :

Depuis des siècles l'homme a observé que le soleil
manifestait une activité périodique : sur des périodes successives de
11 ans, le nombre de taches à sa surface croît puis décroît.
Ce cycle d'apparition des
taches solaires est couplé à un cycle du champ magnétique solaire
de période 22 ans. Un
cycle solaire correspond à une alternance de la polarité
magnétique hémisphérique du soleil. Le dernier maximum solaire,
(nombre maximum de taches solaires), a culminé en 2001 et a produit
d'importantes perturbations géomagnétiques, jusqu'à mettre en péril
les électroniques et les panneaux solaires des plates-formes spatiales
soumises à ces effets.
Mais quelque chose de particulier semble se produire actuellement,
comme le signalent dans EOS Transactions (Volume 90 – N° 30) deux
chercheurs, W. LIVINGSTON et M. PENN, du National Solar Observatory
(NSO) de Tucson- Arizona. Le minimum d'intensité solaire dans lequel
on est actuellement, corrélé à l'absence de taches solaires, dure
depuis près de 2 ans (670 jours en juin 2009), un événement qui ne
s'est pas produit depuis 1933.
Ce qui concerne les climatologues dans cette anomalie, c'est le fait
que, dans le passé, une très longue période d'absence de taches
solaires a déjà été observée, de 1645 à 1715, appelée le «minimum
de Maunder». Elle a correspondu à une période de refroidissement
généralisé des températures enregistrées en Europe, appelé le «petit
âge glaciaire».
Des modèles et des observations spatiales récentes ont effectivement
montré que les périodes d'absence de taches solaires correspondaient à
une baisse du rayonnement solaire total reçu par la Terre, et donc à
un refroidissement. A partir des observations faites pendant 13 ans
par le télescope du «Mc Math-Pierce Observatory» à Kitt Peak et
publiées en 2006, M. PENN et W. LIVINGSTON déduisent de l’évolution de
l'intensité (la force) du champ magnétique autour des taches
solaires... que celles-ci pourraient disparaître complètement à partir
de 2015 !
Ces observations ont conduit certains scientifiques à se demander si
les taches solaires de ces dernières années étaient différentes de
celles des périodes antérieures. Les réponses ne sont pas claires,
mais les données du «Mc Math – Pierce Observatory» détiennent
probablement des indices pour préciser les relations, encore mal
connues, entre taches solaires, rayonnement total et champ magnétique
solaire. D’où l’importance de mesurer l’activité magnétique du soleil
en cette période apparemment anormale d’activité solaire minimum.
Assiste-t-on à une décroissance à long terme des taches et du
rayonnement solaires, suggérant l'entrée dans une période équivalente
au «minimum de Maunder» ?
C'est une question ouverte, bien que les
taches solaires devraient réapparaître, comme l’ont suggéré, en Juin
2009, deux autres chercheurs du NSO, Rachel Howe et Frank Hill, au
cours d’une conférence de l’American Astronomical
Society à Tucson ; en s’appuyant sur l’observation du champ magnétique
qui a changé de polarité, ils montrent que l’on est bien entré dans un
nouveau cycle solaire.
Pour ce qui est du réchauffement climatique :
Cependant, même si l’on assistait à une disparition durable des taches
solaires pendant plusieurs dizaines d’années, voire un siècle, comme
se fut le cas au XVIIème siècle, (ce que certains scientifiques jugent
à nouveau possible), bloquant ainsi le rayonnement solaire à son
minimum, (estimé à environ 1 365 W/m2), cela ne ferait que lui
soustraire environ 1 W/m2 en moyenne.
D'un autre coté, les chiffres du forçage radiatif d'origine
anthropique retenus par le Groupe de Travail n°1 du GIEC dans le 4ieme Rapport (janvier
2007) sont les suivants :
-
Accroissement de la concentration des gaz à effet de serre: +2,30 W/m2.
-
Aérosols d’origine humaine: -0,50 W/m2.
-
Variation de l’albédo lié aux nuages: -0,80 W/m2.
-
Accroissement de l’ozone du aux activités humaines: +0,35 W/m2.
-
Halo carbones: +0,34 W/m2.
-
Variation de l’albédo du à la modification de l’usage des sols:
-0,20 W/m2.
-
Variation de l’albédo du aux retombées des suies sur la neige: +0,10 W/m2.
Pour pouvoir comparer l'hypothèse d'une diminution de 1 W/m2 du
rayonnement solaire atteignant l’atmosphère avec le forçage radiatif
d'origine anthropique net, (estimé par le GIEC à 1,6 W/m2, comme
l'indique un bilan global des valeurs ci dessus), il faut tenir compte
de 2 facteurs :
-
d'une part, l'albédo de la Terre, qui renvoie dans l'espace 30 % en
moyenne du rayonnement solaire incident,
-
d'autre part la forme sphérique de la Terre, qui conduit à diviser
par 4 la diminution du rayonnement solaire pénétrant effectivement
dans notre biosphère (0,7 W/m2 sous l'hypothèse faite, et en tenant
compte de l'albédo terrestre). En effet, la surface du disque qui
intercepte le rayonnement solaire(un grand cercle de la sphère
planétaire : πR2), n'est que le quart de la surface du globe
terrestre : 4πR2.
Au total, l'hypothèse d'une diminution de 1 W/m2 du rayonnement
solaire atteignant l’atmosphère se traduirait par une réduction
d’environ 0,18 W/m2 du forçage radiatif provenant du soleil.
Comparé
au forçage radiatif d'origine anthropique net, estimé par le GIEC à
1,6 W/m2, cela ne représenterait qu’une baisse voisine de 11%, qui ne
serait pas de nature à diminuer de façon substantielle le
réchauffement climatique en cours, causé par nos émissions de gaz à
effets de serre.
Ce qui ne signifie pas qu’il n’y aurait pas, dans une telle hypothèse,
d’impact climatique significatif au niveau régional notamment. En
effet si la baisse de la température moyenne globale n’a été que
0,3-0,4°C au plus froid de la période de Maunder (à peine la moitié de
ce que l’accroissement de l’effet de serre a déjà provoqué) elle fut
comprise entre 1 et 1,5°C en hiver en Europe ce qui n’est pas rien.

Cela résulte de la complexité des relations entre la Terre et le
rayonnement solaire dont on ne peut réduire simplement les variations
à celles du rayonnement total. Les variations dans le rayonnement
ultraviolet sont relativement beaucoup plus importantes que celle du
rayonnement global et ont un impact important (température,
circulation, couche d’ozone) sur la stratosphère, la couche
atmosphérique entre 10 et 50 Km d’altitude au-dessus de la troposphère
dans laquelle nous vivons.
Stratosphère et troposphère ne sont pas indépendantes l’une de
l’autre. Elles interagissent et les perturbations de la stratosphère
ne sont pas sans conséquence sur la circulation atmosphérique dans la
troposphère. Ainsi en fut-il pendant la période de Maunder
caractérisée par un affaiblissement notable du rayonnement ultraviolet
qui via la stratosphère installa durablement la NAO en phase négative.
La NAO (North Atlantic Oscillation) est caractérisée par la différence
de pression atmosphérique entre le système anticyclonique des Açores
et le système cyclonique dépressionnaire d’Islande. Lorsque cette
différence est élevée(indice NAO positif) les vents d’ouest qui
circulent en hiver sur l’Atlantique sont forts et l’Europe bénéficie
d’un climat hivernal doux et humide. A l’inverse si les différences de
pression sont faibles (indice NAO négatif), privée de ces afflux d’air
maritime l’Europe connaît un hiver froid et sec. C’est ce qu’il advint
pendant la période de Maunder de faible activité solaire qui, ironie
de l’histoire, correspond très exactement au règne de Louis XIV dit
Roi Soleil, peut-être pour conjurer le mauvais sort climatique.
Si nouveau cycle de Maunder il y avait, cela ne compenserait pas, loin
de là, la perturbation anthropique de l’effet de serre mais pourrait
néanmoins modifier les prévisions régionales que l’on fait de
l’inéluctable changement climatique.

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Mois de Juillet 2009
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1/1 Le Conseil d'Eumetsat ouvre la voie à la réalisation
de Jason-3. |
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Le Club des Argonautes se réjouit de voir réunies les conditions permettant de "boucler
le tour de table" relatif à Jason-3 d'ici 2010, ce qui devrait rendre possible un
lancement 40 mois après [#], c'est
à dire au début de l'été
2013, juste 5 ans après le
lancement parfaitement réussi de Jason-2, en juin 2008.
La fabuleuse moisson d'observations, notamment de cet indicateur essentiel du
changement climatique en cours qu'est le
niveau moyen des mers, résulte
désormais d'une volonté politique clairement exprimée, confortée, il est vrai,
par... le "chapelet de miracles" qui se sont succédés, depuis le lancement de
TOPEX-Poséïdon, il y a plus de 16 ans !
Avec, entre autres, un passage en mode survie en décembre 1995 qui avait causé
quelques frayeurs pour... "retrouver la sortie" ! Avec aussi... des batteries
dont on craignait qu'elles ne durent pas 3 ans, et qui ont finalement établi un
record de longévité, notamment grâce à la surveillance "TLC" (Tender Loving Care
!), définie par les ingénieurs du JPL.
Dés octobre 1997, (4 ans avant le lancement de Jason-1), le CNES avait proposé à
la NASA, lors d'une réunion du Joint Steering Committee Jason, en marge du
Symposium "GODAE" de Biarritz, de commencer à discuter de la réalisation de
Jason-2, en y associant les 2 agences météo-océaniques opérationnelles que sont
la NOAA et
Eumetsat.
Il valait mieux commencer tôt... puisque "la convergence sur Jason-2" entre ces
4 agences a tout de même demandé... 7 ans de réflexion ! (sachant que chacune
des 4 agences a vu arriver à sa tête, au cours de cette période, un nouveau responsable
auprès duquel le travail de conviction déjà accompli était recommencer... au moins
en partie !)
Au delà des miracles... la coopération internationale a joué un rôle clé dans
la transition, en voie de réussite, de ce que nos collègues américains ont
comparé, il y a quelques années à "une traversée de la Vallée de la Mort", c
à d.
le passage du "mode recherche" au statut "opérationnel", (qui implique de
justifier, puis faire prendre en compte, l'exigence de continuité des mesures,
cruciale en période de changement climatique).
Le couple gagnant que constitue la vision et la volonté, présent depuis le
début, a rendu possible la continuité d'une série de mesures de haute précision
relative à la
topographie dynamique de l'océan, qui, dans
un monde idéal, devrait être reconnue par les États membres de l'Unesco comme...
un élément du "Patrimoine de l'Humanité"!
Lors de la présidence française de l'UE en 2000, notre pays a proposé à ses 14
partenaires de l'époque le programme
GMES (Global Monitoring for Environnement
and Security), dont la composante la plus avancée est le "Marine Core Service",
qui devrait être mis en place par l'UE d'ici 2013, dans le sillage du projet
européen "MY OCEAN", démarré il y a 3 mois et demi.
La série de satellites altimétriques de haute précision que montre l'illustration ci dessous,
apporte une contribution éminente à ce projet ainsi
qu'a la future Veille Mondiale Océan et Climat ("VMOC"), que le Club juge
indispensable, notamment pour le suivi de l'efficacité des engagements "Post
Kyoto" qui devraient être pris à Copenhague en décembre.

Avec un peu de chance,
la série de mesures de
hauteurs dynamiques de l'océan, entamée fin 1992, pourra
donc se poursuivre sur plus de 25 ans, jusqu'en 2018 et même au delà.
Les dépenses de notre pays dans cette filière sont importantes: de l'ordre de 20 millions
par an en moyenne sur 20 ans, pour la seule part française (dont un peu
plus de la moitié sur TOPEX-Poséïdon, un tiers sur Jason-1 et 2, et le reste
pour les 16 années de maintien en condition opérationnelle de ces 3 systèmes
spatiaux).
Il est regrettable que la nécessaire continuité des investissements de la
communauté internationale dans une flottille de satellites à vocation océanique
ne soit même pas mentionnée dans les divers rapports du Grenelle de la Mer ! Outre
les contributions françaises antérieures aux projets de l'ESA (ERS 1 et 2, Envisat), il convient d'ajouter celles
en cours pour Sentinel 3A et 3B, Saral et Jason-3.
La capacité de prévision océanique visée, tant pour le domaine hauturier que
pour les zones côtières, implique en effet la présence en orbite d'au moins 3
satellites altimétriques, dont au moins un de haute précision.
Les différents "COMOP" (Comité Opérationnel) qui succéderont au Grenelle
de la Mer devront prendre en compte les atouts -et les responsabilités- de notre
pays dans le domaine émergent de l'océanographie opérationnelle, ainsi qu'en
témoigne son rôle leader dans la mise en place du Marine Core Service, dont le
GIP Mercator, en voie de transformation en société civile, est le coordonnateur.
[#] Sous réserve que les quelques ~0,4 % du budget qui
concernent les "long lead items" puissent être engagés sans tarder...
(une des raisons qui fondent une loi immanente du secteur spatial: "Tout
ce
qui n'est pas décidé aujourd'hui ne volera pas dans 4 ans !")

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Mois d'Avril 2009
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1/1 Grenelle de la Mer :
ne pas oublier l'océanographie opérationnelle !
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L'océan est un acteur essentiel du fonctionnement de la biosphère terrestre
constituée des couches superficielles de la Terre où la vie a pu s'épanouir.
Sa dynamique est à prendre en compte dans le fonctionnement du
système climatique dont il contrôle les variations.
Principal accumulateur d'énergie solaire, l'océan fournit à l'atmosphère
50 % de l'énergie qu'elle reçoit, et qui la met en mouvement.
Les courants marins, à égalité avec la circulation atmosphérique, assurent la
redistribution de la chaleur des régions équatoriales vers les hautes latitudes.
Les écosystèmes marins sont aussi contrôlés par la dynamique océanique : ce sont les mouvements
horizontaux et verticaux de l'océan qui déterminent la fertilité des " prairies marines " et contrôlent les
conditions de survie des larves des espèces exploitées au large comme à la côte.
C'est aussi la dynamique océanique qui façonne les
littoraux à partir des apports fluviatiles, anciens et récents.
Il n' y a pas de prévision possible de l'évolution du
climat, de celle des écosystèmes marins et des
espèces exploitées, et de l'évolution des zones
côtières, sans connaissance de la dynamique
océanique et sans la capacité de la modéliser aux
diverses échelles de temps et d'espace concernées.
La prévision opérationnelle de l'état des
océans est maintenant possible, comme c'est le cas de
l'atmosphère.
A l'instar de ce qui existe, pour les besoins de la
prévision météorologique, cela implique des systèmes d'observation continus
de l'océan et des centres opérationnels de prévision mettant en œuvre des
modèles de circulation océanique alimentés par ces observations.
Les satellites sont la clé des mesure en mer.
D'une part, ils permettent de mesurer directement, sur la totalité de l'océan,
les paramètres essentiels que sont la température de
surface, la vitesse et la direction du vent, la hauteur du niveau de la
mer et d'évaluer les courants marins et leurs variations. On
dispose, par exemple, depuis 1992 grâce au satellite
TOPEX/Poseidon et à ses successeurs Jason 1 et 2, d'une
série ininterrompue de la mesure du niveau de la mer et de la
circulation océanique.
D'autre part, grâce aux systèmes de localisation et de
transmission des données, ils permettent de déployer des
flotteurs dans tout l'océan, équivalents de ce que sont
les ballons sonde pour l'atmosphère.
Actuellement, dans le cadre du programme ARGO,
ce sont trois mille flotteurs qui explorent les couches océaniques sur deux mille mètres d'épaisseur, en
faisant des mesures de température et salinité qu'ils transmettent en temps
réel par satellite. L'état de l'océan est ainsi presque complètement déterminé et, en
France, le Groupe Mercator-Océan à Toulouse, assimilant toutes ces données
dans des modèles de circulation océanique, fait des prévisions de la
totalité de l'océan aux échelles globales et régionales.
Dans le cadre du programme européen GMES, Mercator Océan est coordinateur du
projet My Ocean qui doit définir d'ici trois ans les contours d'une
océanographie opérationnelle (Marine Core
Service).
A
cela il faut ajouter que les moyens spatiaux permettent de surveiller
les écosystèmes marins : mesures depuis l'espace de
la chlorophylle de surface et des stocks de grands
pélagiques comme les thons qui; équipés de marques
" pop up ", deviennent eux-mêmes des plates-formes, de
mesures comme les flotteurs ARGO. C'est à court terme la
prévision de l'évolution des écosystèmes
marins et de leurs ressources qui est aussi en jeu.
Tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles
et l'on pourrait ainsi comprendre que le " Grenelle de la Mer " n'évoque pas
cette nécessité d'une océanographie opérationnelle, si ce n'est que
justement, pourtant indispensable et nécessaire du point de vue des 4
thématiques du Grenelle de la Mer, elle n'existe pas.
Ou plutôt, elle n'est qu'expérimentale.
Financée sur des crédits de recherche, elle n'est
finalement de la responsabilité de personne.
Au plan européen le projet My Ocean concerne 27 pays et mobilise
plusieurs dizaines de laboratoires de recherche sans la moindre garantie que le relais sera
pris ensuite pour la mise en œuvre du " Marine Core Service ".
Neuf ans après que notre pays eut proposé l'initiative
GMES
à ses partenaires européens, (pendant la "PFUE
2000"), il
serait paradoxal que le Grenelle de la Mer ne fasse pas sienne cette
impérieuse nécessité d'une prévision opérationnelle de la mer, pour le
climat, la dynamique des écosystèmes marins et de leurs ressources et
l'évolution des littoraux. Sans cela, les objectifs affichés du " Grenelle
de la Mer " ne sont pas atteignables. C'est l'outil dont on ne peut se
passer pour une gestion intelligente de la mer à toutes les échelles de
temps et d'espace ; en effet, exploiter de façon durable un milieu que l'on ne
connaît pas, est impossible. Mais ce qui est l'affaire de tous doit maintenant être
de la responsabilité de quelqu'un. Compte
tenu de l'existence depuis 2003, de l'initiative GEOSS, le Grenelle de la Mer se doit de
recommander
la mise en place d'une océanographie opérationnelle,
incluant les systèmes d'observation et les centres de
prévision océaniques, et d'en confier la charge à
des agences nationales travaillant dans le cadre d'une coopération
intergouvernementale, comme cela s'est fait pour l'atmosphère dans le cadre de
l'Organisation Météorologique Mondiale (Veille Météorologique Mondiale). Deuxième
dossier de presse du Grenelle de la Mer du 3 avril 2009

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Mois de Mars 2009
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1/2 - Apocalypse now
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Le Danemark sera hôte de la prochaine Conférence des Nations Unies sur le Changement Climatique
qui se tiendra à Copenhague en décembre 2009. L’objectif de cette
conférence est de décider les mesures à prendre au-delà du protocole de
Kyoto en 2012.
Ce protocole adopté lors de la Conférence des Parties à la "Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements
Climatiques"
à Kyoto, en décembre 1997, est entré en vigueur en
février 2005, lorsque 55 pays représentant au moins 55%
des émissions de CO2 des pays industrialisés
l’eurent ratifié. Au 14 janvier 2009, 183 états
plus l’Union Européenne avaient procédé
à la ratification. Le protocole prévoyait une réduction des émissions de gaz
à effet de serre de 5% en
2012 par rapport à 1990.
Pour préparer cette conférence l’Université
de Copenhague a organisé les 11 et 12 mars 2009 un congrès scientifique international sur le changement
climatique.
Ce congrès visait expressément à faire prendre conscience par les
politiques de l’urgence des décisions à prendre lors de la conférence
de décembre :
“The main aim of the
congress is to provide a synthesis of existing and emerging scientific
knowledge necessary in order to make intelligent societal decisions
concerning application of mitigation and adaptation strategies in
response to climate change.”
C’était une mise à jour des connaissances scientifiques utilisées par le
GIEC pour son
4ème rapport publié en 2007 qui, compte tenu des délais de rédaction, dataient de quelques années.
La presse s’est d’autant plus intéressée à cet événement que
la teneur très alarmiste des communications
présentées constituait un espèce de "friandise
médiatique" ! Deux mille
scientifiques y ont communié dans un bel unanimisme qui, on peut le
prévoir, fera grincer les dents de quelques contestataires qui y
verront davantage l’expression d’un lobby, qu'une démarche
scientifique (qui impliquerait nécessairement, selon eux, une analyse
critique laissant plus de place au débat public contradictoire dont se
nourrit la recherche).
En dépit de ces aspects de "Grand Messe", la
réunion de la
semaine dernière n’a rien là que de très rationnel et très
scientifique.
Les simulations de l’évolution du climat en réponse à l’accroissement
des gaz à effet de serre faites par le GIEC ont deux sources
d’incertitude:
-
L’incertitude scientifique d’une part, liée à l'imperfection des modèles, en particulier aux
processus qu'ils prennent en compte, et aux données elles mêmes.
-
et d’autre
part, celle liée aux scénarios d’évolution des émissions des gaz à effet
de serre, qui dépendent des évolutions économiques et
démographiques.
On peut dire que
les fourchettes totales pour la décennie 2090-2099 données
dans le rapport 2007, tous scénarios
pris en compte, reflètent d'abord l’incertitude des scénarios, tant pour les accroissements de
la température moyenne (1,1-6,4°C) que pour le niveau moyen des océans (18-59cm)
. Tandis que les fourchettes, pour un scénario
donné, sont la trace des incertitudes scientifiques. Par exemple, pour le
plus mauvais scénario envisagé A1FI (augmentation des émissions de GES
au rythme où il était dans les années 90 : +2,4% /an), la fourchette de
température est de +2,4 à +6,4°C, et pour le niveau de la mer de +26 à +59
cm.
Les scénarios du GIEC pour son dernier
rapport datent de 2000, et sont les mêmes que ceux utilisés pour le
rapport précédent (2001). La comparaison de ces scénarios avec la
réalité, à savoir l’évolution des émissions de gaz à effet de serre
effectivement constatée, est sans appel :
le taux d’augmentation des
émissions de CO2
n’a pas cessé de croître depuis 2000 passant de
moins de 2% à 3,3%. Autrement dit, nous sommes au-delà du
scénario le plus pessimiste.
Les objectifs du protocole de Kyoto n’ont
pas été atteints et, à ce rythme, les simulations
du GIEC les plus noires deviennent obsolètes. Voilà qui justifie le
signal d’alarme lancé à Copenhague, et la pression exercée sur les
politiques pour qu’ils prennent compte de l’urgence, et dépassent
l’horizon des prochaines élections qui est habituellement le leur.
D’autant que parallèlement, du côté de la science et des observations de
l’évolution du climat, il y a tout lieu de s’alarmer aussi. Le niveau
de la mer est le meilleur indicateur que l’on puisse avoir de
l’évolution climatique, puisqu’il intègre à la fois la température de
l’océan et la fonte des glaciers et calottes polaires. Or, les plus
récentes mesures des satellites gravimétriques GRACE, ont montré que
depuis 2003, cette contribution à l’élévation du niveau de la mer est
passée de 1,5 mm/an à 2,2 mm/an, soit une augmentation de 50%, signe d’une
accélération imprévue du processus.
Nous étions déjà sortis des limites de l’épure tracée par l’histoire de
la variabilité du climat : jamais, dans le dernier million d’années
qui a vu l’alternance de périodes glaciaires et interglaciaires, les
teneurs en gaz à effet de serre n’ont été aussi élevées
qu’actuellement; voilà que maintenant, à peine esquissées, nos prévisions
sortent elles aussi de l’épure que nous nous étions nous mêmes fixée. Le
pire est peut-être sûr: en cette année ou l'on célèbre
le 400ième anniversaire des découvertes de Galilée, comment ne pas
songer au propos qu'il aurait lancé aux contestataires mentionnés
plus haut : "Et pourtant, elle fond !"
Le GIEC, pour son prochain rapport à paraître en 2014, a mis en chantier
la définition de nouveaux scénarios et se réunit à Antalya, en Turquie,
les 21-23 avril 2009 pour préparer ce rapport et la conférence de
Copenhague de décembre 2009, en prenant en compte les avancées
scientifiques mises en lumière à la conférence de l’Université de
Copenhague.
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2/2 - GOCE :
quarante après, le dernier rêve de Williamstown.
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Le satellite
GOCE
vient d’être lancé avec succès par
l’ESA le 17 mars 2009 à 15h35 UTC à partir du cosmodrome de
Plesetsk avec une fusée russe Rockot. Le cosmodrome est situé dans
la région d’Archangel de Russie (62° 54' N et 40° 23' E).
Plesetsk est la base spatiale la plus au nord de la Russie utilisée
notamment pour lancer des satellites militaires depuis 1963.
Comme son nom l’indique
GOCE
a pour objet principal de contribuer à
l’étude de la circulation océanique quoique, au demeurant les
applications de ce satellite soient en fait beaucoup plus nombreuses
et concernent notamment l’étude de la Terre solide d’une manière générale
à partir de la connaissance du champ de gravité.
Par ailleurs, la
manière de contribuer à l’étude de la circulation océanique
n’est pas du tout directe. En effet, la mesure brute de base est
la
mesure locale du gradient de gravité où orbite le satellite.
Le
gradient de gravité est la mesure de la variation spatiale de la
gravité autour de tout point. On peut en déduire le champ de gravité
au niveau où orbite le satellite et in fine par extrapolation l’équipotentielle
du champ de pesanteur au niveau de la mer. Cette équipotentielle
s’appelle le géoïde. La verticale locale est perpendiculaire en
tout point au géoïde. Or le géoïde qui est une équipotentielle
particulière du champ de pesanteur terrestre épouse en première
approximation la forme des mers et des océans d’où son intérêt.
Connaître le géoïde, c’est donc connaître la forme des océans
et des mers et leurs variations temporelles et fournir une référence
pour leur connaissance et leur étude. Le géoïde subit en effet des
variations temporelles liées notamment à l’action gravitationnelle
de la Lune et du Soleil et aux phénomènes des marées. Les
transports de masse d’origine atmosphérique, océanographique, ou géophysique
comme le rebond post glaciaire induisent également des variations.
L’étude du géoïde est donc quelque chose de très complexe mais
aussi de très riche impliquant de nombreuses études
multidisciplinaires. Ainsi la comparaison de ce géoïde avec la forme
géométrique de la surface topographique des mers que l’on obtient
par altimétrie spatiale (voir l’apport récent du satellite Jason 2
lancé en juin 2008) est une
information majeure sur la circulation océanique. On peut en effet
montrer que l’écart entre cette surface topographique et le géoïde
est une mesure quasi directe des flux transportés par les grands
courants océaniques. Les progrès à attendre sur notre connaissance
résultent donc de tout un ensemble de missions d’observation de la
Terre, ce que se propose de faire l’ESA dans un contexte de coopération
internationale.
GOCE est le début d’une nouvelle série de
satellites. GOCE est la première mission de base d’exploration de
la Terre s’inscrivant dans le programme "Planète
vivante", engagé
par l’ESA en 1999 « dans le but de faire avancer la recherche sur
l’atmosphère terrestre, la biosphère, l’hydrosphère, la cryosphère
et l’intérieur du globe ainsi que sur leurs interactions et de
mieux comprendre les conséquences des activités humaines sur ces
processus naturels » selon les termes mêmes de l’ESA. D’autres
satellites comme
SMOS,
Cryosat-2,
SWARM,
ADM-Aeolus, sont prévus dans ce cadre.
L’originalité de GOCE est la capacité de déterminer le géoïde
moyen (les variations temporelles étant en revanche mesurées par
d'autres systèmes satellitaires comme GRACE lancé en 2002 et aussi
CHAMP lancé en 2000) avec une résolution spatiale de l’ordre de
100 km, résolution encore jamais obtenue par les méthodes spatiales,
les méthodes précédentes ne donnant qu’une résolution de
plusieurs centaines de km mais donnant également une très bonne précision
pour cette résolution. Il y a une complémentarité entre ces
missions.
Pour réaliser l’objectif de GOCE, il faut déjà un
senseur de très haute précision que l’on n’avait encore jamais réalisé
auparavant, le gradiomètre ; il est composé de 6 accéléromètres
montés sur 3 axes perpendiculaires dans
une structure ultra stable. Il faut aussi faire des mesures partout à
des altitudes aussi basses que possibles soit en pratique autour de
250 km d’altitude, avec une orbite quasi-polaire (96°5). Ceci est
aussi une très grande performance en raison du freinage atmosphérique
qu’il faut compenser tout en garantissant une très bonne
trajectographie.
GOCE est un satellite très complexe pesant plus de 1
tonne, de 5 mètres de long, de 1 m2 de section avec un propulseur
ionique pour compenser le freinage. La mission GOCE est prévue pour
une durée de deux ans environ incluant deux phases de mesures de
chacune 6 mois et une phase de calibration. In fine les anomalies du
champ de gravité devraient être déterminées avec une exactitude de
1 mGal (mGal = 10–5m.s–2), les ondulations du géoïde moyen avec
une exactitude de 1-2 cm et l’ensemble avec une résolution spatiale
de l’ordre de 100 km.
L'intérêt de caractériser le gradient de pesanteur et sa variation à
la surface de la Terre est très ancien ; il date du XIXe siècle.
Sa mesure complémente celle de la pesanteur elle-même,
puisqu’elle dit en plus comment elle varie localement, tout autour du
point de référence considéré. La première
de cette mesure fut réalisée
sur Terre par un physicien hongrois Roland Eötvös ; pour lui rendre
hommage l’unité de mesure du gradient de pesanteur et de gravité
adoptée sera l’Eötvös ou E.U. (10-9
s-2) ; du point de vue unité,
c’est une accélération divisée par une distance ; il devrait être
possible de la mesurer avec une résolution du millième d’Eötvös
et une précision de quelques milli Eötvös.
Dès le début de l’ère spatiale, cette mesure fut envisagée
à partir de satellites, mais c’est seulement vers la fin des années 70, après
le succès de l’expérience de micro accélerométrie CASTOR/CACTUS
du CNES lancé en 1975 depuis Kourou en Guyane, que des études
importantes débutèrent sur ce sujet, avec le concours irremplaçable
de l’ONERA. Le premier projet de mesure de gradient de gravite fut présenté
par le Groupe de Recherche de Géodésie Spatiale au séminaire des
Arcs en 1981, (prospective CNES), en même temps que ce qui allait
devenir le projet TOPEX-Poséïdon. Son nom était GRADIO qui devint
ensuite le nom de l’appareil de mesure proprement dit.
Compte tenu du coût du projet, une coopération internationale
chercha alors à se mettre en place avec la NASA et l’ESA, et le nom
du projet fut
ARISTOTELES. Malheureusement ce projet ne put se faire pour diverses
raisons, et les opportunités espérées au milieu des années 90
ne purent se concrétiser. Plusieurs Argonautes durent batailler ferme pour
que ce projet ne sombre pas définitivement !
Leur idée fut alors de réorienter le projet dans le cadre plus général
de l’observation systématique de la planète Terre, et de mettre plus fortement en exergue
au niveau européen (ESA), la mesure de la circulation océanique.
En effet, cette caractéristique devenait accessible, d'une part grâce à la connaissance
globale du géoïde, (avec une résolution
encore jamais atteinte, d’où l’acronyme GOCE se rapprochant de
WOCE : World Ocean Circulation Experiment), et d'autre part grâce à la mesure
ultra précise de la surface topographique de la mer par altimétrie
spatiale (série Jason de la coopération
franco-américaine, et satellite européen Envisat).
Rappelons qu’en
1969, la NASA organisa un atelier de travail à Williamstown aux États-Unis
pour identifier les résultats accessibles avec des mesures spatiales.
Plus de 150 chercheurs et ingénieurs participèrent à cette
rencontre. Le
document final fut appelé « Earth and Ocean applications Physics
(EOPAP) » et a constitué pendant près de 40 ans une base solide
qui comportait déjà
en exergue les mots « Earth » et « Ocean ».
Ce lancement réussi est ainsi un point
d’orgue et aussi un point de départ.
GOCE a fini par émerger de la compétition extrêmement sévère
entre projets spatiaux de qualité, et a été lancé...
le 17 mars
2009... 40 ans après les premières réflexions!!!
et plus d’un siècle
après les travaux d’Eötvös. Souhaitons que les résultats soient
à la hauteur de toutes ces années d'efforts. On peut aujourd’hui être
optimiste : les
consortiums mis en place
pour le traitement des données
au niveau européen, et au
niveau français FROG,
sont très bien préparés pour cela.
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Mois de Février 2009
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1/3 - Réchauffement inexorable ?
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Même
si l’humanité réussit à maîtriser ses
pollutions, en particulier ses émissions de Gaz à Effet
de Serre (GES), très probables responsables d’un
réchauffement climatique qui affectera les siècles
à venir, la chaleur dissipée par la consommation des
énergies non renouvelables, nécessaires au maintien
d’un mode de vie de nos sociétés proche de
l’actuel, conduira inexorablement à un
réchauffement de la Terre de plusieurs degrés Celsius
à l’échelle de seulement quelques siècles
(10 °C dans 450 ans !).
C’est ce qu’affirme, Eric Chaisson, chercheur du Harvard College Observatory (Cambridge, Massachussetts) dans un article publié dans
Eos, le bulletin hebdomadaire de l'American Geophysical Union.
Son argumentation est fondée sur les conséquences de
l’application du deuxième principe de la thermodynamique
qui stipule que toute énergie, quelle que soit son origine, se
transforme inéluctablement en chaleur. Or depuis la formation
des galaxies et des étoiles jusqu’aux
sociétés humaines, pour maintenir ordonnées ces
structures inertes ou vivantes de plus en plus complexes il faut
consommer de l’énergie et donc à terme produire de
la chaleur. Depuis l’apparition de la vie sur Terre il y a
quelque milliards d’années et de l’espèce
humaine il y a quelques millions d’années, le bilan de
l’énergie consommée pour maintenir cette vie et
notre espèce, de plus en plus exigeante, croit
exponentiellement. Ce bilan peut s’exprimer par une
densité d’énergie par kilogramme de matière
(Watts par Kilogrammes). Elle était de 102 W.Kg-1 à l’apparition
des sociétés humaines de chasseurs-cueilleurs.
Actuellement elle est de l’ordre de 250 W.Kg-1 dans les pays développés.
Mais l’énergie totale consommée continuera de croître
pour trois raisons :
-
la démographie (9 milliards d’habitants en 2050),
-
l’émergence des pays en développement qui tendront
à atteindre l’équité avec les pays
développés en matière de confort, -
et surtout
le taux de consommation d’énergie par tête
d’habitant qui va probablement continuer de croître, ne
serait-ce que pour lutter contre les impacts du changement climatique
(déplacement de villes submergées par la montée du
niveau de l’océan, climatisation, séquestration des
GES,…).
Certes des
économies d’énergie sont possibles en
améliorant le rendement des différentes machines
utilisées (le rendement actuel de la production
d’électricité est de 37 %, celui d’un
moteur de voiture de 25 % et celui d’une lampe à
incandescence de 5 % !). Mais finalement toute cette
énergie, quelque soit son origine et l’efficacité
de son usage, sera transformée en chaleur et
élèvera la température de la Terre.
Actuellement notre mode de vie sur l’ensemble de la surface de la
Terre consomme approximativement 18 terawatts dont les deux-tiers
sont gaspillés, c’est encore peu comparé au
120 000 terawatts du flux solaire qui domine le bilan
d’énergie de la Terre.
Mais
la croissance de la consommation humaine d’énergie
estimée à 2 % par an, ajoutée à la
croissance démographique, conduira, d’après
l’auteur de l’article, à une demande de consommation
d’énergie de 100 terawatts à la fin du XXIe
siècle et elle continuera de croître.
L’énergie reçue du soleil sur Terre (hors albedo)
est dans sa quasi-totalité déjà transformée
en chaleur et l’utilisation d’énergies renouvelables
qui en découlent comme le vent, les vagues, les énergies
thermiques des mers ne modifient pas ce bilan. En revanche toutes les
autres sources d’énergies pour satisfaire les besoins des
sociétés humaines (charbon, pétrole –
celles-ci sont bien aussi d’origine solaire mais renouvelables
à seulement très long terme - nucléaire,…)
alourdissent le bilan de chaleur et augmentent la température de
la Terre. L’exemple de l’accroissement déjà
constaté de la température dans les villes en
témoigne.
De ce fait l’équilibre radiatif de la Terre sera modifié même si l’humanité
maîtrise ses émissions de GES
car il ne dépend pas seulement du rayonnement solaire et de
l’effet de serre additionnel. Si l’utilisation globale
d’énergies non renouvelables continue de croître au
taux actuel de 2 % par an et même si l’on suppose que la
totalité des GES qui en résultent est
« séquestrée », la
température moyenne croîtrait de
3 °C dans les 280 prochaines années. De manière
plus réaliste, un scénario plus complexe
différentiant les taux de consommation d’énergie
non renouvelable des pays développés et en
développement, et toujours en l’absence de production
supplémentaire de CO2, conduirait à une augmentation de température de
3° C dans 350 ans, voire 10° C dans 450 ans !
Ainsi la Terre pourrait devenir inexorablement invivable pour l’espèce humaine
si son mode de développement reste fondé sur les consommations énergétiques qui sont les siennes actuellement,
même si elle maîtrise la question de ses émissions
de GES avec l’effet de serre additionnel et le changement
climatique induit. C’est une conséquence des lois de
la thermodynamique, oubliée dans les prévisions des
climats futurs basées uniquement sur le changement de la
composition chimique de l’atmosphère par émission
de GES anthropiques. Une rapide diminution de la consommation
d’énergie par l’humanité s’impose pour
éviter la surchauffe.
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2/3 - Lohafex, polémiques autour de la fertilisation en fer de l’océan Antarctique
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Avant
de débattre des controverses à propos de la campagne
à la mer en cours à bord du navire océanographique
allemand Polarstern, il est conseillé de lire l’article mis
en ligne en avril 2007 dans la rubrique FAQ de
ce site, intitulé :
"La fertilisation des océans : la solution ou le problème ?"

Le
navire de recherche polaire Polarstern, qui a quitté Le Cap le 7
janvier, se trouve dans les parages de la Géorgie du Sud (voir
figure
ci-contre).
Après avoir été suspendue le 14 janvier par le Ministère allemand de l’environnement, la
mission vient de recevoir l’autorisation de se poursuivre
à la suite de rapports scientifiques et législatifs
demandés à quatre instances :
Leur conclusion est
qu’il n’y a aucune raison écologique ni juridique de
bloquer la campagne Lohafex (‘Loha’ en hindi signifie fer
et ‘fex’ Fertilization EXperiment) conduite par
l’Institut Alfred Wegener de Bremerhaven en partenariat avec
l’Institut national d’océanographie
indien;
l’équipe est composée de 48 scientifiques dont 30
chercheurs indiens.
Le Polarstern vient de répandre 10 tonnes de sulfate de fer sur une surface de 150 km2 à une
profondeur moyenne de 15 m. Un traceur, l’hexafluorure de soude,
est ajouté pour permettre le suivi de la nappe fertilisée : 500 g de
SF6 suffisent pour cette surface, l’hexafluorure
étant mesurable à très basse concentration. Selon
la réponse du phytoplancton, un second ensemencement de 10 tonnes sera effectué pour compenser les pertes par
précipitation et sédimentation du fer qui, s’il
n’est pas utilisé par les organismes, est rapidement
converti en particules de rouille. Dans les expériences
précédentes, ce réensemencement a toujours
été nécessaire.
Alertés par des mouvements écologistes, les médias
mondiaux ont multipliés les titres alarmistes où
fleurissent les termes « incertitudes »,
« controverses » et
« polémiques ». Que faut-il
en penser ?
-
par la surface concernée et la quantité de fer
déversée (équivalente à celle qui est
libérée lors de la fonte d’un iceberg), cette
expérience ne s’écarte pas de la bonne dizaine de
celles qui l’ont précédé dans toutes les
aires riches en sels nutritifs et pauvres en chlorophylle de
l’océan mondial, notamment dans l’océan
Antarctique;
-
elle se déroule dans un environnement où les
teneurs élevées en silicates favoriseront la croissance
des diatomées. Il s’agit d’un point essentiel car,
pour être efficace en termes de pompage de CO2,
l’élévation de la production primaire doit
être due à ces algues siliceuses qui, seules, exportent
rapidement en profondeur une part notable du carbone organique photosynthétisé;
-
par la durée du suivi, Lohafex devrait permettre
d’observer l’effet du rehaussement de la production
primaire sur le zooplancton et le micronecton, notamment le krill. Ceci
n’a jamais été réalisé durant les
expériences précédentes; il s’agit
certainement de l’objectif majeur de l’équipe de
Victor Smetacek, co-chef de mission.
S’il est possible, à partir d’expériences en
flacons, de modéliser le rehaussement de la production primaire,
on ne peut simuler l’impact sur le zooplancton ou sur le flux de
carbone exporté; des expériences grandeur nature sont
nécessaires. Lohafex est un programme de recherche fondamentale
indispensable pour combler les lacunes sur l’impact de la
fertilisation en fer de l’océan sur le réseau
trophique et le « pompage biologique » de CO2.
La polémique autour de Lohafex tient probablement à
l’enthousiasme et au travail de lobbying de certains industriels
prêts à saupoudrer de fer toutes les zones
océaniques propices. Or, jusqu’à maintenant, ces
expériences, si elles ont confirmé le rôle limitant
du fer, n’ont jamais montré qu’elles permettaient un
stockage massif et à long terme du CO2. D’autre part, les
processus naturels, comme l’enrichissement en fer, d’eau
remontant le long du plateau des Kerguelen, sont bien plus efficaces
que la fertilisation artificielle car une bonne partie du sulfate de
fer ajouté à l’eau de mer n’est pas
utilisée par le phytoplancton. Dans ce bilan, on doit tenir
compte d’effets secondaires néfastes; citons-en deux :
-
l’oxydation de l’excès de matière
organique exportée vers l’océan profond peut
conduire à l’épuisement du dioxygène dissous
(milieu anoxique); dans l’aire de remontée
péruvienne, il disparaît dès 100 m de profondeur.
Se met alors en place un changement de système redox et on
s’adresse à l’oxygène des nitrates (NO3–) avec la formation de diazote et de protoxyde d’azote
(N2O). Quand l’eau est saturée en N2O, celui-ci
s’échappe vers l’atmosphère; or, son pouvoir
de réchauffement global est 275 fois celui du CO2;
-
l’appauvrissement en sels nutritifs des eaux modales et
de l’eau antarctique intermédiaire. Cet appauvrissement
d’eaux évacuées vers le Nord ne sera pas sans
conséquence sur la productivité des systèmes
d’upwellings de l’hémisphère Sud, notamment
dans la région Pérou-Chili. Plusieurs
océanographes comme Jorge Sarmiento et Mark Brzezinski ont
illustré les fluctuations de la productivité de ces
écosystèmes durant l’holocène. Il semble
donc logique de décréter un moratoire avant le lancement
de projets industriels et commerciaux à grande échelle en
rejoignant la position de Stéphane Blain dans La Recherche
(décembre 2007) dont l’article s’intitule « Ne
manipulons pas l’océan ».
L’acceptation de la campagne Lohafex nous paraît logique
puisque son but est d’améliorer la compréhension de
processus physico-chimiques conduisant à une réduction de
la teneur en CO2 de l’atmosphère. Cela ne signifie
nullement que les Argonautes militent pour une fertilisation à
grande échelle et répétée des eaux riches
en sels nutritifs et pauvres en chlorophylle. La priorité
absolue est de réduire très fortement les
émissions de gaz à effet de serre, ce qui implique un
changement de notre mode de vie. Quand l’humanité aura
effectué cette prise de conscience et sortira de sa logique
consumériste, il sera peut-être temps de « donner un
coup de pouce » à la planète, ce que ne rejette pas
James Lovelock dans « La revanche de Gaïa » où
il remet en cause le mythe qu’il avait créée
d’une Terre autorégulée. L’homme est un des
éléments de l’écosystème terrestre ;
sans l’avoir pressenti, il a, par l’accroissement de sa
population et des ses activités, bouleversé le
fonctionnement planétaire dans des proportions inimaginables il
y a quelques décennies. Nous risquons donc de devoir
prochainement décider ou refuser des manipulations comme le
stockage de CO2 dans des réservoirs terrestres ou dans les eaux
océaniques profondes et la fertilisation en fer des
océans en
tenant compte toutefois d’une certaine réversibilité à
moyen terme. Il n’y a en effet rien d’aberrant à ce
que, sciemment maintenant, l’homme envisage de manipuler la
nature pour l’amener à réagir dans un sens qui limite le réchauffement
global.
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3/3 - Une mer sans poissons ?
Philippe Cury et Yves Miserey
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Ce
livre est un état des lieux de l’exploitation des
ressources biologiques des océans d’autant plus alarmant
qu’il s’appuie sur une documentation complète et une
analyse fine et équilibrée de données parfois
méconnues en France.
Une des difficultés des
modèles halieutiques tient d’abord à ce que les
statistiques de pêche dépendent du bon vouloir des
états de communiquer des données fiables. Une autre tient
à ce que certains abordent la pêche du seul point de vue
économique en se désintéressant des
systèmes naturels (une théorie des pêches se
résumant à une gestion des hommes plutôt
qu’à celle des poissons) ; d’autres chercheurs ont
la tendance inverse.
Cet ouvrage, exempt de toute équation, dépourvu du
moindre graphique et de la moindre illustration, se lit
aisément. Il touchera un public d’autant plus large
qu’il est émaillé de récits historiques et
que chaque lecteur se plongera avec nostalgie dans le souvenir des
terre-neuvas ou des chasseurs de baleines et qu’il met en
lumière les conceptions surprenantes de pas mal de grands
écrivains qui avaient une vision d’une mer aux ressources
illimitées.
Ainsi, dans son Grand dictionnaire de cuisine,
Alexandre Dumas écrit : «On a calculé que si aucun
accident n’arrêtait l’éclosion de ces
œufs et si chaque cabillaud venait à sa grosseur, il ne
faudrait que trois ans pour que la mer fut comblée et que
l’on put traverser l’Atlantique sur le dos des cabillauds».
Ce livre pourrait illustrer la maxime de François
Arago, le premier des grands vulgarisateurs français, qui,
à propos de son cours d’astronomie populaire,
écrivait : «Le cours sera complet quant au fond et
élémentaire seulement pour la forme».
Une des difficultés de l’approche des pêches tient
à ce que écologistes et économistes ne travaillent
pas fréquemment ensemble, ne publient pas dans les mêmes
revues et n’ont pas les mêmes discours ni parfois les
mêmes outils alors que leur coopération est indispensable.
En pêchant toujours plus loin, toujours plus profond, toujours
pus petit avec des techniques de plus en plus performantes, le pillage
des océans est systématique et aveugle. Au rythme de cent
millions de tonnes de poissons pêchés par an, non
seulement la ressources s’épuise mais les
écosystèmes sont déstabilisés.
On cherche
malheureusement en vain les prémices d’une gouvernance
mondiale seule à même de rétablir la
productivité des océans. Et la plupart des pays redoutent
de se mettre à dos leurs pêcheurs, la France plus que tout
autre.
Philippe Cury est docteur es sciences, membre de l’IRD,
il dirige le
Centre de recherche halieutique méditerranéenne et
tropicale de Sète.
Yves Miserey est journaliste scientifique au
Figaro.
Le 27 janvier dernier, Philippe Cury donnait une conférence
à l'IDDRI
sur le thème : "Une mer sans poissons : "Vers une approche écosystémique des pêches"..
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Mois de Janvier 2009
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1/1 - A propos de
la variabilité inter-annuelle, décennale, et multi séculaire du
Climat. (Cette inconnue... du grand public !)
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Le climat de notre planète comporte de nombreuses composantes
périodiques ou quasi périodiques; nos sens permettent, (même si l'on
"naît pas" climatologue !), de percevoir l'une d'entre
elles : la régularité du retour des saisons nous fait prendre conscience de l'existence d'un "signal"... de
période proche de 365 jours.
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Cependant, la variabilité du climat comporte bien d'autres composantes,
dont certaines de période beaucoup plus longue : depuis le sondage de
Vostock en Antarctique, et la célèbre courbe de Claude Lorius, on ignore moins
l'alternance - tous les 100 000 ans environ - de longues
périodes glaciaires, (pendant lesquelles le niveau des mers peut descendre d'une centaine de
mètres), avec des périodes plus courtes, que l'on nomme "interglaciaires"
(et au cours desquelles le niveau des mers peut dépasser de quelques mètres
sa valeur actuelle). |

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Entre ces 2 extrêmes, (dans le retour de conditions moyennes comparables,
tous les ans ou... tous les 100 000 ans !), il existe, entre autres,
des variations à une échelle dite "décennale", dont la plus connue est le
phénomène "El Niño", (que les climatologues appellent
plutôt ENSO :
El Niño Southern Oscillation) ; il y a aussi la "PDO" (alias
Pacific Decadal Oscillation), et la NAO, qui nous touche de plus
près... puisqu'il s'agit de l'Oscillation Nord Atlantique ("North Atlantic
Oscillation").
C'est ainsi que la variabilité naturelle du climat croise la formidable
question du Changement Climatique induit par les activités humaines.
Lorsque l'on parle de "soubresauts inattendus de la circulation océanique",
(article paru dans l'édition du 14.01.09 du journal Le Monde),
l'incrédulité et le scepticisme ne tardent pas à se manifester, surtout
lorsqu'on omet de dire que ces "soubresauts" sont plus inattendus... pour
le public et la presse que... pour les spécialistes chevronnés, que l'on
trouve encore en divers endroits, notamment... au Club des Argonautes !
Hélas ! Trop habitués à leur "jargon d'initiés" (ENSO, PDO, NAO...),
même les meilleurs scientifiques peuvent parfois oublier d'imaginer comment la
mise sur la place publique des résultats de leurs travaux, sans prendre la
précaution de les situer dans un contexte assez large... peut conduire le
lecteur, averti ou non, à se méprendre sévèrement, qu'on en
juge :
"Tout cela tend à démontrer que l'on ne sait pas grand' chose et pire que
l'on y comprend toujours rien. C'est pour cela que je doute de toutes les
explications, prévisions des climatologues.. lesquelles sont sans aucun
doute très souvent empreintes d'idéologie et mixées avec l'écologie, voire
sous tendues par des arrières pensées politiques ou économiques !
La recherche et les observations doivent continuer.. mais attention aux
grandes affirmations et conclusions..."
Si l'on ne peut qu'être tout à fait d'accord avec... le
début de la... dernière phrase de cette réaction d'un lecteur du
Monde, venant de prendre connaissance des... "soubresauts inattendus de la circulation océanique"...
le reste du propos montre combien peut être trompeur un article qui relate
des faits incontestables, mais dont le commentaire est sans doute insuffisant !
(La preuve !) Désolé pour... l'excellent Stéphane Foucart !
Voici ce qu'il en est plus probablement, du point de vue du Club des
Argonautes :
Il faut préciser, concernant le Tapis Roulant, (que les anglais appellent
"Conveyor Belt"), que l'essentiel de la formation des eaux profondes qui
l'alimentent ne se fait pas dans les mers du Labrador et d'Irminger mais
plus au nord, en mers du Groenland et de Norvège. C'est là que les
eaux de salinité élevée donc relativement denses transportées par le Gulf Stream
et la dérive Nord Atlantique voient leur densité croître du fait de leur
refroidissement et de la formation de la banquise qui augmente leur salinité.
Elles plongent alors pour atteindre leur niveau d'équilibre hydrostatique vers 3000/3500 mètres de profondeur.
Autre est le processus de convection en mers du Labrador et
d'Irminger. Il est à cette échelle de temps indépendant des transports du Gulf Stream et
de la dérive Nord Atlantique. Dans ces mers, la convection est induite par
les vents froids de Nord /Nord ouest soufflant depuis l'Arctique sur le
bord ouest du système dépressionnaire cyclonique d'Islande et qui induisent
une évaporation, donc un refroidissement et une augmentation de la densité
des eaux de surface qui plongent à une profondeur ne dépassant pas 2000
mètres au -dessus donc des eaux formées en mers de Norvège et du Groenland.
Ce
processus est dépendant des conditions
météorologiques hivernales associées au
système dépressionnaire d'Islande. Plus celui-ci est
actif plus les vents seront forts, l'évaporation et la
convection intenses. D'autant que ces vents favorisent l'apport d'eaux
froides venues de l'Arctique via l'archipel nord canadien et la mer de
Baffin entre Groenland et Canada.
L'indice de la " NAO "( North Atlantic Oscillation ) est un indicateur de
l'intensité de la circulation cyclonique autour de la dépression d'Islande.
C'est la différence de pression atmosphérique entre l'anticyclone des
Açores(haute pression) et la dépression d'Islande(basse pression). Plus cet
indice est élevé, plus la pression est basse dans la dépression d'Islande,
plus les vents sont forts, plus intense aussi la convection dans les mers
du Labrador/Irminger. Cet indice fut très élevé dans les années 1970/1995.
Il a faibli ensuite d'où la diminution de la convection pendant cette
période. L'indice hivernal de NAO a fortement augmenté durant les hivers
2006/2007 et 2007/2008 d'où sans doute une augmentation de la convection,
comme cela s'est déjà produit dans le passé.
Il faut donc se garder de tirer de ces observations des conclusions
définitives sur l'évolution du tapis roulant. D'une part il ne s'agit que
d'une petite partie de la formation des eaux profondes dans l'Atlantique
Nord ; d'autre part les variabilités climatiques inter annuelles
et décennales modulent le signal climatique à long terme :
il n'y a pas là nécessairement quoiqu'en dise le titre accrocheur, de " soubresauts
inattendus ".
D'où la nécessité ressassée par les Argonautes de disposer de
systèmes pérennes d'observation.
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