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Les News 

Mois de janvier 2010

1/3 - The Copenhagen Diagnosis : Climate Science Report

Dans la perspective de la conférence de Copenhague l’Université New South Wales de Sidney a publié un rapport «The Copenhagen Diagnosis : Climate Science Report».


Rédigé par 26 spécialistes de différents pays il constitue une mise à jour de la première partie «The physical science basis» du 4ème rapport du Giec qui date de 2007 sur la base des résultats scientifiques obtenus depuis sa rédaction.

 

Il couvre l’ensemble des sujets traités dans le rapport du Giec et inclut :

  1. une analyse des émissions des gaz à effet de serre et de leur concentration dans l’atmosphère ainsi que du cycle du carbone ;

  2. un examen des différentes composantes du système climatique : atmosphère, océans, surface terrestre, cryosphère

  3. les projections pour le futur

  4. les paléoclimats, évènements extrêmes, niveau de la mer, changements brutaux, effets de seuil etc…

Le rapport comporte aussi de nombreux encarts pour expliquer les erreurs d’interprétation et de compréhension couramment rencontrées à propos du changement climatique : la saturation en CO2, l’importance de l’activité solaire, le refroidissement supposé des dix dernières années etc...


Destiné aux «décideurs», parties prenantes, media, c’est un rapport «grand public» très accessible, si ce n’est que seul le «résumé exécutif» d’une page est traduit en français.


Le Club des Argonautes recommande cet excellent rapport que l’on trouve en libre accès à l’adresse :

 

http://www.copenhagendiagnosis.org/

 

Résumé exécutif

 


 

2/3 - Le Conseil Interministériel de la Mer (Cimer) du 8 décembre 2009 adopte le Livre Bleu : «Stratégie nationale pour la mer et les océans»


Un Conseil Interministériel de la Mer s’est tenu le 8 décembre 2009 sous la présidence du Premier Ministre François Fillon. La discrétion politique et médiatique de cet évènement est aux antipodes de son annonce le 16 juillet 2009 au Havre par le Président de la République dans son discours «sur la politique maritime de la France».

 

L’objectif assigné était alors de valider un «Livre Bleu» définissant la stratégie maritime française à partir des travaux du «Grenelle de la Mer».

 

Sans doute, passant du niveau présidentiel à l’humble niveau primo ministériel, le sujet s’est-t-il trouvé automatiquement dévalué et la «politique maritime de la France» y a-t-elle perdu de son poids politique potentiel et donc de sa valeur médiatique.

Ce Cimer a pourtant bien eu lieu et il a adopté le

 

«Livre bleu : stratégie nationale pour la mer et les océans»

 

construit en piochant dans la «remarquable boîte à outils» que «fournissent les conclusions du Grenelle de la mer» comme le dit François Fillon dans sa présentation du Livre Bleu.

 

Il serait sans doute malvenu de s’étonner que sur le site du «Grenelle de la mer» au Ministère de l’Ecologie de l’Energie du Développement Durable et de la Mer (MEEDDM), il ne soit fait aucune mention de la réunion du Cimer et de l’adoption du Livre Bleu. L’explication tient sans doute au fait que Jean-Louis Borloo n’était pas présent à la réunion du Cimer… Il est vrai que le 6 novembre Jean-Louis Borloo avait déjà lancé de son côté les «Chantiers opérationnels du Grenelle de la Mer» destinés à définir les modalités concrètes de mise en œuvre des engagements du Grenelle de la Mer.

Soyons optimistes et parions que les deux démarches convergeront et qu’il ne s’agit que de la mise en pratique de l’adage marin bien connu : «trop fort n’a jamais manqué».

Quoiqu’il en soit... «Livre Bleu» il y a maintenant, et son adoption avait été précédée le 2 décembre par le discours de clôture du Premier Ministre aux 5ème Assises «Economies de la Mer» de Brest.

Qu’en retiennent les Argonautes particulièrement de leur point de vue triangulaire : «Climat, Océan, Energie» ?

Une volonté politique

D’abord l’affirmation volontariste d’une politique maritime pour la France qui «doit être une politique intégrée inscrite dans le développement durable».

Il ne pouvait en être autrement et, soyons encore optimistes, au-delà des mots convenus, prenons acte de cette volonté affirmée qui ouvre des perspectives politiques nouvelles. Tout dépend évidemment de la manière dont cette politique sera mise en œuvre et des moyens qui pourront lui être affectés. Etant donnée la conjoncture, on peut être inquiet de ce point de vue et l’insistance à évoquer l’intégration, la mutualisation, la rationalisation des moyens et la coordination des acteurs peut laisser craindre que cette «politique ambitieuse» ne se réduise à mimer le mouvement en multipliant Conseils et Comités.

Un souci d’intégration

Ensuite la prise en compte de tous les aspects qui relient la mer à l’homme :

  • l’environnement et le climat,

  • les ressources vivantes, minérales et énergétiques,

  • les transports, les ports,

  • la construction navale,l

  • la plaisance et les loisirs,

  • la sécurité en mer ,

  • la «gouvernance» aux différents niveaux de responsabilité, la formation et l’enseignement.

Tout y est et l’on ne peut qu’approuver.

Mais l’on peut se demander aussi si l’organisation «intégrée» d’un tel ensemble peut vraiment se contenter, pour être efficace, de simples structures de coordination même quand on leur donne un joli nom comme «Conseil National de l’Archipel France», l’instance nationale de concertation qui couronne l’édifice.

Il y a dans ce Livre Bleu, face à l’affirmation d’une volonté stratégique facilement médiatisable, un grand souci de maintenir le paysage institutionnel en l’état comme si, au prétexte que la mer est l’affaire de tous elle ne devait être de la responsabilité de personne….

Océan et Climat

Les relations océans climat sont un l'un des enjeux d’une politique maritime pour la France explicités dans le Livre Bleu :

  • modification de la circulation océanique,

  • élévation du niveau de la mer,

  • acidification des océans,

  • évolution des écosystèmes marins

  • etc...

Il en découle logiquement l’affirmation de la priorité donnée à la nécessité de «Mieux connaître pour mieux gérer».

 

D’où une recherche marine qui «devra constituer le cœur d’une véritable politique océanographique». On applaudit sans réserve. Mais ici encore on ne fait que coordonner : les «opérateurs de premier rang» cette fois dans une «Alliance des Sciences de la mer» annoncée par Valérie Pécresse au colloque organisé par l’Ifremer pour son 25ème anniversaire les 28-29 septembre 2009. Comme d’habitude, on ne touche à rien et l’on crée une nouvelle structure de coordination des acteurs qui ajoute à la complexité…

 

D'où aussi dans les priorités au titre de la connaissance l’«importance particulière qui sera portée à l’observation de l’océan».

 

C’est un point qui tient particulièrement à cœur au Club des Argonautes qui a insisté sur la nécessité de pérenniser les systèmes d’observation spatiaux et in situ en vue d’une océanographie opérationnelle dans le cadre du programme européen GMES dont le groupement français Mercator-Ocean assure la coordination du volet océan (My Ocean).

 

On ne peut que se réjouir de voir le Livre Bleu reprendre cet objectif, quasiment dans les mêmes termes, et le «Relevé de décisions du CIMER du 8 décembre 2009» annoncer l’évolution rapide du statut de Mercator-Océan «vers une structure de société civile compatible avec une mission opérationnelle pérenne de service public».

 

C’est un point très positif, mais on est encore loin du système opérationnel d’observations dont on a besoin si l’on en juge par le montage qui se dessine :

  • d’une part, au niveau des moyens qui «découleront de leur «mutualisation renforcée» entre les nombreux acteurs et cette mutualisation sera recherchée à travers des programmes pilotés et financés en commun» ;

  • d’autre part, à celui de l’organisation : «Un programme national de surveillance de la mer et du littoral sera établi par l’État en concertation avec le Conseil National de l’Archipel France. Piloté par une maîtrise d’ouvrage interministérielle, il sera développé sous la maîtrise d’œuvre d’un consortium d’organismes publics.»

Imagine-t-on un service opérationnel de météorologie sous maîtrise d’œuvre d’un consortium d’organismes publics et dépendant d’une mutualisation des moyens d’une dizaine d’organismes pour assurer la pérennité d’un système d’observations ?

Optimisme toujours : nous faisons le pari que la prise en compte de la nécessité d’une océanographie opérationnelle dans le Livre Bleu débouchera nécessairement sur une organisation responsable.

 

Les énergies marines

Au titre des enjeux, le Livre Bleu affirme : «L’exploitation des mers comme source d’énergies nouvelles entièrement renouvelables n’en est qu’à ses balbutiements, mais les connaissances actuelles font déjà entrevoir un potentiel immense».

Un long paragraphe est consacré aux ressources énergétiques dans le chapitre « Développer une économie durable de la Mer», avec l’affirmation que le développement des énergies marines est un axe prioritaire de la politique maritime française.

Il s’agit nommément dans l’ordre de citation :

  • énergie thermique,

  • cinétique(courants et vent),

  • potentielle barrages ou lagons,

  • chimique (énergie osmotique),

  • biologique (micro algues).

Il est précisé aussi qu’hormis l’éolien en mer, les procédés ne sont pas matures et que la France établira une stratégie de recherche et de développement grâce à la mise en place d’une plateforme technologique des énergies renouvelables en mer et au financement de démonstrateurs, en particulier outre-mer.

 

François Fillon dans son discours de Brest du 2 décembre 2009 insistant sur la nécessité de l’intervention de la puissance publique pour le développement de ces énergies «encore balbutiantes» avait annoncé la création de cette plate-forme technologique avec pour chef de file l’Ifremer.

 

C’est confirmé très explicitement dans le relevé de décisions du Cimer du 8 décembre 2009 : elle sera lancée en 2010 pour conduire des études et développer les démonstrateurs nécessaires pour valider les diverses technologies.

C’est une suite logique à l’initiative « Ipanema » (Initiative Partenariale Nationale pour l’émergence des Energies Marines) signée le 17 octobre 2008 qui associe plusieurs régions, EDF, DCNS, Ademe, MEEDDM et à laquelle participent de nombreux partenaires économiques, industriels et académiques qui s’est donnée comme objectifs :

  • de promouvoir le développement d’une filière scientifique et industrielle «Energies des Mers»,

  • de développer des sites d’essais en mer adaptés aux différentes technologies et de faciliter le développement de démonstrateurs.

C’est certainement un des points les plus positifs car très concrets du Livre Bleu et du Cimer. Manifestement les choses bougent en ce qui concernent les énergies marines. En témoigne l’Appel à manifestation d’Intérêt sur les énergies marines de l’Ademe du 2 septembre 2009 qui vise à valider les options technologiques possibles sur quatre filières :

  • hydroliennes,

  • éolien flottant,

  • houlomotrices,

  • énergie thermique des mers (ETM),

Cette dernière énergie marine a fait l'objet d'une convention de partenariat entre DCNS et la Région Réunion signée en Avril 2009 pour la réalisation d'une étude de faisabilité sur la mise en place d'un démonstrateur ETM de 1,5 MW en 2014 à La Réunion. Avant son échéance, une seconde convention a été signée, en Octobre 2009, entre ces mêmes partenaires et l'Etat Français, dans le cadre du plan de relance, pour la réalisation d'un "Prototype à Terre" ETM, visant à tester à échelle réduite le système énergie de l'ETM, pour étudier la canalisation d'eau froide profonde et réaliser des mesures environnementales sur le site d'implantation.

 

Conclusions

L’océan a de l’avenir et le Gouvernement semble l’avoir compris, qui affiche une stratégie globale.

C’est un bon point de départ mais le plus difficile reste à faire.

Comme il est dit dans la postface du «Livre Bleu» : «il reste désormais à définir dans les très nombreux domaines concernés des objectifs précis et le calendrier associé, mais aussi à préciser les responsabilités et les moyens à mettre en œuvre : ce travail mobilisera le Gouvernement, en liaison avec les collectivités territoriales, le monde maritime et la société civile.»
Nous faisons le pari de l’optimisme ; rendez vous au prochain Cimer qui doit se réunir d’ici la fin de 2010 pour «valider le plan d’action correspondant».



3/3 - Georges Claude, le génie fourvoyé, créateur d'Air Liquide, du tube au néon, de l'Énergie Thermique des Mers....

Georges Claude, 1870-1960, a marqué son époque de nombreuses et géniales inventions qui prospèrent encore dans l’industrie. Il est sans doute l’inventeur français le plus fécond. Comment peut-il être ignoré du grand public aujourd’hui ?

À l’origine d’Air Liquide (dont la raison sociale demeure : société anonyme pour l’étude et l’exploitation des procédés Georges Claude), des Lampes Claude, de la Société Chimique de La Grande Paroisse, du tube au néon, de nombreuses armes de guerre en 14, de la synthèse de l’ammoniaque par hyper-pression, de l’Énergie Thermique des Mers… “l’homme aux 250 inventions” fut un chercheur infatigable et opiniâtre contre l’avis des scientifiques dominants. Il était mondialement connu et admiré avant le dernier conflit mondial.

Il fut élu à l’Académie des Sciences en 1924, honoré par quantité d’Universités et d’organismes internationaux. Les Américains l’appellent l’Edison français !

Élève de l’École Municipale de Chimie et Physique Industrielles de Paris, électricien, journaliste, physicien, chimiste, ingénieur, économiste, ce génie a voulu devenir tribun et il s’est noyé dans le chaudron hautement toxique de la politique. Le Cassandre des années 30 s’est entêté pour soutenir son ami Pétain dans un collaborationnisme suicidaire et s’est commis dans les excès de l’extrême droite. Le rival des scientifiques allemands ne voyait d’avenir que dans la grande Europe… d’Adolf Hitler. Trop d’intérêts et une histoire trop manichéenne le condamnent à l’oubli.

Rémi Baillot, avec la même ténacité que l’inventeur, a reconstitué et cherché à comprendre ce parcours fourmillant d’aventures, de combats et de conquêtes.

À l’appui de nombreuses illustrations originales, il a replacé dans l’histoire de la science et de la politique au XXe siècle, la tragédie de ce gaulois intrépide, courageux, savant, inspiré, fier, mais aussi terriblement sourd et follement jusqu’au boutiste. Il sort de l’oubli un génie qui s’est fourvoyé.

 

Pour en savoir plus : Blog de Rémi Baillot : http://rbaillot.blogspot.com
On peut y voir un film réalisé dans les années 30 où Georges Claude raconte lui-même ses aventures à la conquête de l’Energie Thermique des Mers, à Cuba et à Rio de Janeiro,

Voir aussi  l'article du site sur l'expérience de Georges Claude à Cuba.