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Qu'avons-nous lu, qu'avons-nous vu ?

La Terre est ton navire... non ta demeure ...

Les coups de cœur de Michel Lefebvre

Océanez vous

« Le centimètre c’est le pied »
Pour le quarantième anniversaire du GRGS

Partie IV : Habiter nos connaissance

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 Si la terre devenait inhabitable… Comment ferions-nous pour observer l’univers ?

Roger Maurice Bonnet - Académie de l'Air et de l'Espace


Manières de voir et de savoir… - Michel Lefebvre

Savoir
Savoir vivre
Savoir pour vivre ou survivre
Le « faire savoir » ce qui nous manque communiquer
Introduire le « faire savoir » au lieu de « outreaching »
Le faire savoir comme le savoir faire
Faire savoir notre savoir faire
Voir
Façon de voir
Percevoir
Apercevoir
Entrevoir
Voir pour savoir
Savoir pour prévoir
Prévoir pour pourvoir
Faire voir
Faire savoir
Revoir
Restons optimiste !

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Oh concevoir l’espace ! - Walt Whitman

Oh concevoir l’espace !

L’abondance de tout, qu’il n’y a pas de bornes
Se dégager pour être du ciel, du soleil et de la lune et des
Nuages fuyants, comme ne faisant qu’un avec eux

Oh attirer par plus que l’attraction !
Comment se fait-il je ne sais – toutefois voyez !
Le quelque chose qui n’obéit à rien du reste,
Il est offensif, jamais défensif –pourtant avec quelle force
Magnétique il attire

Oh partir en mer sur un navire !
Laisser cette intolérable terre ferme
Laisse la fatigante uniformité des rues
Des trottoirs et des maisons
Te laisser ô toi ferme terre immobile et monter sur un navire
Pour voguer et voguer et voguer !

Oh désormais la vie devenir un poème de joies nouvelles !
Danse, battre des mains, exulter, crier, gambader, sauter
Rouler et rouler, flotter toujours !
Être un marin de l’univers enrôlé pour tous ports
Le navire lui-même (voyez en effet ces voiles que je déploie au soleil et à l’air)
Un navire prompt et qui s’enfle de riches paroles
Plein de joies

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Envie de dire… - Jean-Louis Etienne - Le pôle intérieur

Envie de dire haut et fort que le monde est là et qu’il est beau et pas uniquement pollué, condamné, fichu.
Je ne dis pas cela à la manière du doux rêveur inconscient mais guidé par un instinct sûr qui me pousse de temps en temps à échapper aux préoccupations du monde.

Amis terriens
Restons sourds un instant à toutes les prophéties du malheur
Dont le monde fait commerce, fermons la porte de nos pensées
A ceux qui nous assènent que le monde meilleur se conquiert,
Se décrète, se contrôle

Que cessent de traverser nos corps sensibles, tous ces leurres
Du bonheur que le vaisseau de l’humanité traîne
Dans le brouillard de la trajectoire du progrès

Que ceux qui gesticulent pour les générations futures ou autres
Bonnes intentions arrêtent de colporter leur mauvaise conscience
Auprès d’innocents qu’ils contaminent de leur mal-être

Que les stratèges en communication arrêtent de faire répéter
Aux bavards professionnels des mots comme équilibre économique
Ou biodiversité que leurs discours ont vidé de leur sens

Chassons un instant de nos pensées le spectre carcéral
Des filets dérivants, la guerre des quotas, le pillage aveugle
Des ressources profondes

Arrêtons de croire que la mer a de la fièvre, qu’elle est pleine
De boutons, d’isotopes, de métaux lourds…

Oublions que le fond des océans est en expansion, que la
Circulation thermohaline, el Niño et autres upwellings sont les
Moteurs d’une machine climatique qui a des ratés

Cessons avec l’obsession culturelle laissons vivre nos neurones
Saturés de tous les créneaux de la communication, de la
Politique, de l’environnement, de la peur, de la science, du futur
De la rentabilité, de la consommation, de la performance…

Arrêtons un instant de chercher à savoir !!!

Nous avons surtout besoin de ressentir !!!

Assis comme un enfant sur la grève, regardons la mer avec notre
Coeur, avec nos rêves, avec insouciance, allons la renifler, sentir

Sa puissance et son infinie liberté, l’écouter en paix et partager
Avec elle la magie du voyage millénaire de ses gouttes d’eau

Oh la mer s’il te plait lave-nous du monde

Ce jour d’insouciance heureuse j’ai renoué avec les forces
Intrinsèques et les vertus de l’Océan qui nous survivra et qui peut
Nous aider à penser un avenir meilleur

Cette supplique parue dans ce magazine grand public m’a valu
Beaucoup de messages de sympathie

Et j’ai repris mon canot de pèlerin

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Modèles

Dialogue sur les deux grands systèmes du monde - Galileo Galilei Dialogue sur les deux grands systèmes du monde - 1632

Sagredo
Il faut bien avouer que vouloir traiter les questions naturelles sans géométrie, c’est tenter l’impossible.


Simplicio
Ne pas trop se fier aux subtilités mathématiques. Elles sont vraies dans l’abstrait, elles ne correspondent pas à la matière sensible et physique. Il ne s’agit pas de remettre en cause la certitude des démonstrations mathématiques mais il faut accepter qu’il résulte de l’imperfection de la matière que les choses prises dans le concret ne correspondent pas aux choses considérées dans l’abstrait : la pesanteur .

Qu’est-ce que la pesanteur ?

Réponse de Simplicio
C’est la cause de la chute des graves

Réplique de Salviati
Vous vous trompez signor Simplicio. Ce que vous devez dire, c’est que chacun sait, qu’on l’appelle pesanteur. Mais ce que je vous demande, ce n’est pas le nom, c’est l’essence de la chose, vous n’en savez pas plus que l’essence de ce qui fait tourner les étoiles […]mais ce n’est pas cela qui nous fait comprendre quel est le principe ou la vertu, qui meut la pierre vers le bas, pas plus que nous ne savons ce qui la meut vers le haut quand elle s’est séparée du lanceur, ou ce qui meut la lune en rond.

Tiré du dialogue

«J’ai toujours trouvé fort (téméraire) de vouloir limiter ce que la nature peut faire et sait faire en le mesurant aux capacités humaines ; de la nature les esprits les plus spéculatifs ne peuvent connaître le plus petit effet.
Cette vaine prétention de comprendre le tout vient forcément de ce qu’on a jamais comprit quelque chose ; quand on a, ne fût-ce qu’une fois, fait l’expérience de comprendre une seule chose parfaitement et gouté vraiment au savoir, on sait alors que de l’infinité des autres conclusions, on n’en comprend pas une ».

Extrait sonore

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Controverse… - Lucien de Samosate - Extrait d’Icaromenippe ou le voyage aérien

Icaromenippe ou le voyage aérien

Dans la perplexité où j’étais, je crus que je n’avais rien à faire de mieux que de m’adresser aux philosophes pour m’éclaircir ces mystères. Je m’imaginais qu’eux du moins pourraient m’expliquer tout ce qu’il en était. Je choisis donc les meilleurs d’entre eux, autant que je pouvais en juger à l’austérité de leur physionomie, à la pâleur de leur teint et à la longueur de leur barbe ; car je les avais reconnus de suite pour de vrais haut-parleurs et connaisseurs du ciel. Je me
remis donc entre leurs mains et après leur avoir versé comptant une forte somme, et m’être engagé à payer le reste à la fin du cours, je comptais bien qu’ils m’apprendraient à spéculer sur les phénomènes célestes et m’expliqueraient l’ordonnance de l’univers. Mais bien loin de me tirer de mon ancienne ignorance, ils me jetèrent dans une incertitude encore plus grande en ne m’enseignant que des principes, de fins, d’atomes, de vide de matière, d’idées et de mots du même genre, dont ils m’étourdissaient tous les jours. Mais ce qui m’embarrassait le plus, c’est que, tout en n’étant d’accord l’un avec l’autre sur aucun point et tout en professant des opinions opposées et contradictoires, ils ne prétendaient pas moins me persuader et me gagner chacun à leur système.
L’ami.
Ce que tu dis est bien étrange. Comment des hommes en possession de la science pourraient-ils être en désaccord sur la doctrine et n’avoir pas sur les mêmes choses les mêmes opinions.
Menippe.
Ah ! Mon ami ; tu riras bien quand tu auras entendu leurs fanfaronnades et leurs discours charlatanesques. Leurs pieds
n’avaient pas quitté le sol et ils ne s’étaient pas élevés plus haut que nous qui restons sur la terre : leur vue non plus n’était pas la plus perçante que celle de leurs voisins. Quelques-uns même, soit vieillesse, soit inertie y voyaient à peine, et, malgré cela, ils assuraient qu’ils apercevaient distinctement les bornes du ciel. Ils mesuraient le soleil, marchaient dans l’espace au-dessus de la lune, et, comme s’ils étaient tombés des astres, ils en décrivaient les dimensions et les formes. Il arrivait souvent qu’ils ignorent combien il y a de stades d’Athènes à Mégare et ils osaient dire qu’elle est en coudées, la distance de la lune au soleil. Ils mesuraient la hauteur de l’air, les profondeurs de la mer, la circonférence de la terre, ils traçaient des cercles, dessinaient des triangles sur des carrés, avec je ne sais combien de sphères, et mesuraient, ma foi, le ciel lui-même. [...
]

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Iceberg - Isabelle Autissier - Grand Sud

J’ai croisé un iceberg, à l’aube, à l’heure où le jour arrache péniblement le monde à une obscurité brumeuse. La lumière était pâle, verdâtre, incertaine. Lui était là, massif, impavide comme depuis l’aube du temps. Le radar avait bien raison de le voir pile sur notre route. La chiure de mouche sur l’écran se métamorphose rapidement en une barre noire bien proche, trop proche. Nous en avons croisés toute la nuit, sans les voir dans la confusion de ces
heures sans lune. Pas vu, pas peur. J’ai subitement un pincement au coeur même si j’ai largement le temps de manœuvrer. L’iceberg est la hantise des mers du sud. Il m’arrive souvent, quand je ne suis pas de quart, de me réveiller en sursaut avec la prémonition que le bateau va s’écraser contre l’un de ces monstres lisses, j’anticipe le
craquement mortel. Je dois lutter contre l’envie de bondir sur le pont qui serait trahir la confiance que je mets dans ceux qui veillent à leur tour.
Dans ce semi jour, les distances sont trompeuses. Je suis largement à l’écart, mais j’ai le sentiment de sa proximité, l’impression même de percevoir son haleine glacée. J’en distingue les détails du contour : un coté carré et massif comme une tête de cachalot, l’autre chaotique et crénelé, déjà soumis à l’érosion. Les faces de dièdres, cicatrices d’arrachages récents luisent nettement et renvoient la lumière naissante. IL en tire un aspect encore plus agressif d’écorché vif. Confronté à son froid, l’air condense sur son couronnement et le voile d’une sinistre couverture grise. A son pied la mer bat, gronde et rejaillit en longues éclaboussures. Je m’imagine à nouveau saisie par ces vilains crocs. Autour et surtout sous son vent, des éclats qui doivent déjà faire quelques tonnes sont semés à la surface de l’eau.
Une seule de ces répliques a déjà le pouvoir d’ouvrir l’étrave en deux. Je veille dans le balcon avant, laissant la masse principale dériver sur tribord.
Le spectacle est grandiose et nostalgique, il en émane une forme de chagrin. Cet iceberg est un agonisant. Dans quelques mois au maximum, il ne sera plus. Il est déjà bien solitaire, isolé de ses frères et de sa terre mère. Est-il né à l’époque où Neandertal courait le monde ? Quels secrets a-t-il accumulé dans ses flancs ? Que pourrait-il encore me dire de la planète qui me porte ?

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En mer, ce qui nous gouverne… - Sylef - Carnet d'un marin - Éditions Glénat - 2004

En mer, ce qui nous gouverne est invisible.
Le temps ne se voit pas, la pression atmosphérique, les latitudes et longitudes ne se voient pas.
La seule chose que l’on voit, c’est la mer et le ciel entre lesquels nous sommes là, nous, terriens pris entre les deux couches.
Pour le reste, il existe toute une série d’appareils, porteurs de formules magiques qui sont aussi précieux qu’un litre d’eau au Sahara. Ils te permettent de traduire l’invisible qui nous nargue et nous terrifie.

À l’affût comme des gardes surveillant un feu de camp en pleine nuit. Surveillant le temps. Le temps ne tient qu’à un fil, celui du trait rouge du baromètre holostérique enfermé dans le coffre de verre de la timonerie. J’aimais à regarder le dessin de ses courbes comme la preuve que je n’étais pas le seul à respirer.

Cela m’a toujours étonné, nous petits hommes respirant l’air comprimé dans les gigantesques poumons de l’atmosphère, symbolisé par le chétif trait rouge sensible au moindre éternuement
de la planète.

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Cosmos - Walt Whitman - Song of myself - 1855


Est un cosmos celui qui contient la diversité et qui est Nature,


Celui qui est l’amplitude de la terre, et la rudesse, et la sexualité de la terre, et la grande charité de la terre, et son équilibre aussi,


Celui qui n’a pas regardé pour rien par les fenêtres de ses yeux, ou dont le cerveau n’a pas donné audience à se messagers pour rien,


Celui qui contient les croyants et les incroyants,


Celui qui est le plus majestueux aimeur,


Celui ou celle qui renferme exactement sa proportion trinitaire de réalisme, de spiritualisme et d’élément esthétique ou intellectuel,


Celui qui, ayant considéré le corps, trouve que tous ces organes et toutes ses parties sont bien,


Celui ou celle qui, à l’aide de la théorie de la terre et de celle de son corps, comprend par des analogies subtiles toutes les autres théories, la théorie d’une ville, d’un poème et de la large politique de ces états ;


Celui qui croit non seulement en notre globe avec son soleil et sa lune, mais en les autres globes avec leurs soleils et leurs lunes,


Celui ou celle qui, en construisant sa demeure, non pour un jour, mais pour tout le temps, voit les races, les âges, les périodes, les générations,


Le passé, le futur qui y habitent, comme l’espace, inséparablement unis.

 

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En guise de conclusion

 Le dépouillement par l’espace - Henri Michaud  - Les grandes œuvres de l'esprit et les innombrables petites - 1966

Enfin, avant de rentrer je lève la tête. Un ciel noir s’étendait partout avec beaucoup d’étoiles. Je m’y abîmai. Ce fut extraordinaire. Instantanément dépouillé de tout comme d’un pardessus. J’entrais en espace ; j’y étais projeté ; j’y étais précipité, j’y coulais par lui happé violemment sans résistance.

Prodige jamais soupçonné…pourquoi ne l’avais-je connu plus tôt ? Après la première minute de surprise, il paraissait tellement naturel d’être emporté dans l’espace. Et pourtant, combien de fois n’avais-je pas regardé d’aussi beaux et de plus beaux ciels sans autre effet qu’une vraie et vaine admiration. Admiration : antichambre, rien qu’antichambre. Une fois de plus, je le vérifiais.
C’était-ce que je vivais bien autre chose que de l’admiration, un registre différent.

Quoi au juste ? Ce n’est pas facile à saisir. Comme soustrait à la terre, me sentant emporté invinciblement par le haut, entraîné toujours plus loin, grâce à une merveilleuse invisible lévitation, dans un espace qui ne finissait pas, qui ne pouvait pas finir, qui était sans commune mesure avec moi, qui toujours plus me tirait de lui, je m’élevais, de plus en plus, aspiré inexplicablement sans qu’évidemment je puisse jamais arriver.
D’ailleurs arriver où ?

Cela aurait pu être épouvantable, c’était rayonnant. Le statique, le fini, le solide avaient fait leur temps.il n’en restait rien ou comme rien. Dépouillé, je filais, projeté, dépouillé de possessions et d’attributs, dépouillé même de tout recours à la terre, délogé de toute localisation, dépouillement invraisemblable qui semblait presque absolu, tant j’étais incapable de trouver quelque chose qu’il ne m’eut pas ôté.

C’est certain jusqu’ici je n’avais pas vu, pas vraiment vu le ciel, j’y avais résisté, le regardant de l’autre bord, du bord terrestre, du solide, de l’opposé.
Cette foi, la rive effondrée, je m’enfonçais.
Vertigineusement, je m’enfonçai en haut.

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Charles Baudelaire - Les fleurs du mal

 

Étonnants voyageurs ! quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
Ces bijoux merveilleux, faits d’astres et d’éthers.

Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !
Faites, pour égayer l’ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d’horizons.
Dites, qu’avez-vous vu ?

Extrait vocal

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