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Rubrique Témoignages | ||||||||||
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L’ultime entretien du Capitaine Nemo avec Cyrus Smith |
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Je vous ai observé, vous et vos compagnons, sur cette île depuis votre arrivée il y a trois ans. Je sais que je puis vous faire confiance et vais vous charger d’une mission. Tout au long de ces années de navigation et d’exploration avec le Nautilus, puis de réclusion sur cette île, j’ai eu le temps de réfléchir aux meilleurs moyens pour l’homme de découvrir la planète sur laquelle il vit. Cette curiosité me vint de la fréquentation que je fis il y a une vingtaine d’années à Paris de la « Société des Argonautes » de mon ami Jacques Arago, infatigable voyageur malgré une précoce cécité. C’est en pensant à lui que j’ai rédigé toute une série de mémoires sur les nouveaux moyens que la science va nous permettre de développer pour explorer et comprendre la planète qui nous héberge. Jacques Arago, malheureusement, est mort et je ne sais ce qu’il est advenu de la Société des Argonautes. Mais vous venez de m’apprendre que Monsieur Jules Verne avait fait un récit passionnant du séjour que firent à bord du Nautilus le Professeur Aronnax et ses compagnons. Le jeune Verne était assidu à la Société des Argonautes où je l’ai rencontré plusieurs fois. J’ai pu apprécier son talent de jeune écrivain, son enthousiasme pour les récits de Jacques Arago, sa curiosité pour les choses scientifiques et son amour de l’océan que nous partagions. Je pense qu’il saura faire le meilleur usage de ces quelques mémoires que j’aurais été chagriné d’entraîner avec moi dans la mort faute de pouvoir les confier à une personne de confiance. Je pense que la qualité et les performances du Nautilus à bord duquel vous êtes en ce moment vous convaincront qu’il ne s’agit pas d’élucubrations fantaisistes. Aussi, cher ami, vous serai-je reconnaissant, à votre retour, de bien vouloir transmettre en mains propres à Monsieur Verne l’enveloppe que vous trouverez dans ce coffre dont le code est ARGO. Je voudrais y joindre un mot à Monsieur Verne, passez moi s’il vous plaît une feuille de papier et l’encrier. |
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Le billet du Capitaine Nemo à Jules Verne |
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Cher ami,
Capitaine Nemo |
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Mémoire du Capitaine Nemo sur la difficulté d’uneobservation intelligente de l’océan. |
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Jules Verne utilisa nombre des idées du Capitaine Nemo et notamment celle de l’Albatros dans Robur le Conquérant. Il n’utilisa pas, en revanche, le mémoire sur l’observation intelligente de l’océan, sans doute le plus audacieux. Peut-être le trouva-t-il irréaliste et dénué de toute perspective ou plus vraisemblablement se rangea-t-il à cette réserve de Nemo lui-même qui en préambule du mémoire écrivit : «Il ne faut rien
prématurer, pas même le progrès. La science ne doit pas devancer les mœurs. Ce sont des évolutions, non des révolutions qu’il convient de faire. En un mot, Il faut n’arriver qu’à son heure». Surprenante prudence sous la plume du Capitaine Nemo que Jules Verne a sans doute fait sienne puisqu’il a reproduit mot pour mot ce préambule dans les adieux de Robur aux citoyens des
Etats-Unis. Voici l’essentiel de ce mémoire :
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Le Gulf Stream par exemple que Monsieur Maury compare à une conduite de chauffage central amenant les eaux chaudes du Golfe de Mexique aux côtes de l’Europe : j’y suis passé des centaines de fois j’y ai multiplié les mesures de température et de vitesse en améliorant sans cesse leur précision. Jamais au même point je n’ai trouvé les mêmes valeurs à quelqu’intervalle de temps que ce soit. Puis-je raisonnablement dire que je connais vraiment le Gulf Stream si je ne suis pas capable au même moment de dire exactement où il s’écoule à quelle vitesse et avec quelle température il quitte le Golfe de Mexique et au même moment entre en mer de Norvège? Même avec mon Nautilus qui, pourtant file cinquante nœuds, pour aller de la Floride à la Norvège il me faut, ou plus exactement hélas il me fallait, sans ralentir un seul instant plus de cinq jours. A l’arrivée le Gulf Stream n’est plus ce qu’il était au départ. Que dire alors de l’ensemble de l’océan si changeant? |
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C'est possible et je le démontre en m’appuyant sur les calculs de Monsieur de Laplace dans sa Mécanique
Céleste
(La démonstration, très détaillée, n’est pas reprise ici). |
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Cent ans après : la conférence de Williamstown(1969) |
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L'année de Géophysique Internationale de 1957-1958 fut le premier programme d’étude globale de la Terre physique dans toutes ses composantes : terre solide, atmosphère, océan, cryosphère. La période choisie n’était pas neutre : elle correspondait à un maximum de l’activité solaire. Heureux concours de circonstance : la compétition russo-américaine de la guerre froide fit que les premiers satellites furent lancés à ce moment là : Spoutnick en octobre 1957, Explorer 1 en janvier 1958. L’ère spatiale commençait sans que malheureusement les scientifiques aient anticipé les extraordinaires possibilités que l’observation de la Terre depuis l’espace allait leur offrir. Ainsi souvent la technologie précède-t-elle la science et les scientifiques n’apprécient pas toujours de devoir revoir leurs méthodes et concepts que les nouveaux systèmes d’observation pourtant imposent. Il fallut onze ans pour que 80 chercheurs et ingénieurs, réunis en
juillet 1969 à Williamstown à l’initiative de la NASA proposent un «Earth and ocean physics applications programme» à partir duquel allaient se construire dans les trente années suivantes les projets spatiaux consacrés à l’étude de la planète Terre. L’océan devenait un objectif prioritaire : on avait pris conscience du rôle essentiel qu’il joue dans la dynamique du climat. L’altimétrie satellitaire
(la mesure du niveau de la mer à l’aide d’un radar embarqué sur satellite) est née du colloque de Williamstown. |
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Topex-Poseidon |
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Il faudra attendre 20 ans pour optimiser le système et obtenir la précision requise pour l’étude de la circulation océanique : la mesure du niveau de la mer au centimètre prés depuis un satellite à 1200 Km d’altitude. Ce fut le satellite franco-US Topex/Poseidon lancé le 10 août 1992 et resté opérationnel jusqu’en 2004. Topex/Poseidon c’est trois cent millions de lieues au-dessus des mers. Jason 1 lancé en 2001 a pris la suite, Jason 2 suivra en 2006 ou 2007. Qu’a-t-on tiré de cette expérience sans précédent ?
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