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Climat, le temps d'agir

Postface

de Erik Orsenna de l'Académie française

Voilà quatre ans, un livre d'une grande utilité (Climat, une planète et des hommes) expliquait la mécanique de ces phénomènes complexes et prouvait, sans contestation possible, le rôle de notre espèce dans le dérèglement du ciel avec les catastrophes qui ne manqueraient d'en découler.

Quel progrès avons nous fait depuis 2011 ?

Aucun dans la maîtrise globale de l'effet de serre: toujours plus de carbone est rejeté dans l'atmosphère. Mais dans le même temps, la prise de conscience progresse. Nous ressemblons à ces fumeurs qui savent toujours mieux comment ils vont mourir d'un cancer du poumon et néanmoins continuent de fumer comme jamais.

Ce nouveau livre, Climat, le temps d'agir, réalisé par la même formidable équipe des Argonautes, arrive à point nommé. Sa clarté est sans exemple. Vous qui, comme moi, n'êtes pas scientifiques, plongez y :

vous comprendrez tout. Et d'abord l'urgence.

Et vous qui, comme moi, détestez baisser les bras, apprendrez qu'on peut agir. Différemment selon les pays, qu'ils soient pauvres ou riches, démocratiques ou dictatoriaux. Et à tous les niveaux : régions, villes, quartiers, logements, individus. Oui, agir, tout de suite, sans attendre l'accord improbable des États qui subissent trop de contraintes pour s'engager vraiment. Quel gouvernement sacrifiera la croissance et l'emploi présents à la santé future de notre mode de développement ? Le temps (qui passe) est l'ennemi du temps (qu'il fera).

Car telle est l'originalité première de ce livre : du réalisme au lieu de l'incantation, du détaillé plutôt que des analyses générales. Et des propositions à la portée de chacun.


Cette dimension "pratique" n'exclut pas la prise en compte courageuse d'une question aujourd'hui taboue : la démographie. Tantôt on accable l'économie et la technique modernes, les jugeant responsables de nos maux. Tantôt on leur fait confiance pour nous sortir de ce mauvais pas. Mais plus personne n'ose se demander si la présence de neuf ou dix milliards d'êtres humains est compatible avec la maîtrise de quoi que ce soit.

Merci à ce livre. Il nous renvoie à nous mêmes. Cette question de climat est le miroir de nos incohérences et de notre manque de courage.

Bon vent à la COP 21, quand même ! Mais avançons vers la bataille en connaissance de cause ! Et avec, chacun, son plan d'action.