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La « révolte » des biologistesRéflexion de Guy Jacques |
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Depuis 2008, sont successivement parus des ouvrages qui, avec le recul, méritent d’être rapprochés :
Ces ouvrages ont en commun d’avoir été écrits par des biologistes de renom spécialistes d’halieutique, de botanique tropicale, d’écologie générale et d’écologie marine. Je suis convaincu que chacun de ces auteurs partagerait, à l’âge et à la discipline scientifique près, la motivation de Francis Hallé : «Je suis botaniste et fier de l’être…Mais j’ai maintenant 70 ans, ce qui, on en conviendra, autorise à porter un regard global sur l’existence.»
«Oui, il y a un bien un réchauffement planétaire», «Oui, il est dû à l’élévation de la concentration des gaz à effet de serre accompagnant l’ère industrielle»
ont avancé des solutions pour y remédier, solutions qui impliquent une remise en cause de notre mode de vie et de la sacrosainte société de consommation. Voyage dans l'anthropocène, cette nouvelle ère dont nous sommes les héros, de Claude Lorius et Laurent Carpentier (Actes Sud, 2010), ouvrage analysé sur ce site, confirme aussi cette évolution des scientifiques.
Bien sur des
différences existent. D’abord dans l’épaisseur de ces ouvrages : Virer
de bord et La vie, quelle entreprise ! comportent moins de deux cents
pages dans un petit format alors que La condition tropicale atteint
presque six cents pages en grand format et, à la différence des
autres, il comporte cent trente figures car il mélange réflexion et
traité scientifique. Les positions les plus extrêmes dans le domaine du recours à la géoingénierie sont affichées par Claude Lorius et Guy Jacques. Lorius, pour qui géoingénierie signifie une reconversion du capitalisme dans la croissance verte, apparaît désenchanté par la recherche : «Disons-le clairement : nous ne croyons pas, nous ne croyons plus à la suprématie quasi mystique de la science.»
Jacques rejette aussi toute idée de
possibilités illimitées de l’inventivité humaine et cloue aux piloris
ceux, comme Claude Allègre ou Luc Ferry, qui feignent de croire en des
lendemains scientifiques enchantés. Mais, tout en rappelant le
préalable nécessaire d’une décroissance, il ne rejette pas un «coup
de pouce» à la planète, notamment par le stockage de CO2 dans des
réservoirs profonds et à l’utilisation de biocarburants élaborés à
partir de microalgues
Tous
ces auteurs, avec plus ou moins de vigueur, avec plus ou moins
d’arguments, dépassent le cadre du discours scientifique classique en
s’intéressant aux conséquences des découvertes et en s’engageant pour
un avenir différent qui sortirait de la logique de consommation. Il ne
s’agit pas d’un militantisme politique mais d’un constat scientifique.
Une consommation croissante dans un monde en expansion démographique
n’est pas compatible avec des ressources limitées, qu’elles soient
minérales ou organiques.
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