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Faut-il bouder La Boudeuse ? 

Avril 2009

Le dossier de presse du Grenelle de la Mer s’ouvre sur la mission confiée à Patrice Franceschi, commandant de « La Boudeuse » :

se consacrer aux études scientifiques et humaines concernant la biosphère, le réchauffement climatique, la protection de l'environnement et le développement durable

Excusez du peu… Dans le domaine scientifique (un autre volet est consacré aux relations entre les peuples, un troisième à l’information et à la communication), l'équipage et les équipes de spécialistes de « La Boudeuse » s'attacheront à l'étude des problématiques environnementales du bassin amazonien et de l'océan Pacifique : déforestation, pollution des fleuves, montée des eaux dans les îles isolées, dégradation des biotopes, disparition des espèces animales et végétales… Ils établiront les inventaires les plus exhaustifs possibles en botanique et en entomologie afin de compléter les connaissances actuelles. 

Ce projet est évidemment un clin d’œil à Louis Antoine de Bougainville qui quitta Nantes en 1766 à bord de la frégate « La Boudeuse », avec à son bord le naturaliste Commerson et l’astronome Pierre-Antoine Véron. Férus de l’histoire des sciences et envieux des circumnavigations du siècle des lumières, nous n’oublions cependant pas, à la différence semble-t-il du ministre de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire que cette exploration date de deux cent cinquante ans. 

Au début des années 1980, Carl Wunsch, professeur d’océanographie physique au MIT, comparait notre approche de l’océanographie à celle d’un météorologiste qui partirait avec ses étudiants traverser en un mois les États-Unis en effectuant une mesure tous les cinquante kilomètres, analyserait ces données et publierait les résultats une année plus tard.

Depuis une trentaine d’années, la coopération internationale a permis des progrès remarquables en couplant campagnes à la mer, observations depuis l'espace, assimilation des données et modélisation sur calculateurs. 

Parmi ces découvertes, citons, pêle-mêle, l’hydrothermalisme marin, la tectonique des plaques, l’importance du picoplancton, le rôle de l’océan sur le climat, etc. 

Alors que l’enjeu crucial est de pérenniser des systèmes d’observations in situ et par satellites, alors que les scientifiques appellent de tous leurs vœux la création d’une «veille mondiale océan et climat», il nous paraît nuisible et anachronique de mettre en avant un fait anecdotique comme cette campagne de «La Boudeuse » plutôt que de mettre en lumière les enjeux d’un véritable Grenelle de la Mer : ceux du XXIème siècle et non du siècle des lumières. 

Pour de nombreux médias et, semble-t-il, pour certains ministres, l’écologie, le changement climatique, le développement durable, l’évolution de la biodiversité constituent des thèmes trop sérieux pour en discuter avec les scientifiques d’où cet appel à Patrice Franceschi. 

Comme nous aimons la liberté de pensée et l'indépendance d'esprit, à la question ˝ Faut-il bouder « La Boudeuse » ? ˝ nous répondons qu'il vaut mieux en rire et que nous attendons avec la plus impatience le grand oeuvre qui ne manquera pas d'en sortir et certainement comparable à ce que fut l'Origine des Espèces à l'issue du voyage du Beagle . Bon anniversaire Monsieur Darwin vous avez un successeur!

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