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Rubrique opinion

Le Grenelle de la Mer

Avril 2009

 I - Orientation et organisation

Les premières orientation du Grenelle de la Mer ont été lancé le 27 février et rendues publiques par un premier dossier de presse qui a provoqué quelques remous au sein du Club des Argonautes. 

Un deuxième dossier de presse plus consistant donnait le coup d'envoi, précisant les thèmes, définissant le calendrier, les groupes de travail et les experts participants.

"Le Grenelle de la mer est une émanation du Grenelle de l'Environnement. Il couvrira essentiellement les thèmes de la mer et du littoral et contribuera au développement d’activités soutenables du point de vue environnemental. Le Grenelle de la mer définira la stratégie nationale pour la mer et le littoral, en identifiant des objectifs et des actions à court, moyen et long termes. Cette politique maritime qui concernera tous les champs de l’action gouvernementale, formalisera l’ambition de la France métropolitaine et d’outre-mer pour la mer et les activités maritimes."

  Les quatre groupes de travail compteront chacun une cinquantaine d'experts et étudieront les thèmes suivants :

Les 200 experts au total sont issus de cinq collèges : État, élus, ONG, syndicats salariés et entreprises. 

"En plus de ces cinq collèges, quelques personnalités qualifiées (scientifiques et experts nationaux et internationaux, acteurs reconnus de l’activité maritime) et personnes morales associées (organismes de natures diverses), seront invitées à participer aux groupes de travail pour couvrir au mieux le champ des sujets considérés."

Le calendrier est le suivant :

II - Point de vue du Club des Argonautes

C'est peu de dire que le Club des Argonautes avait été déçu par le Grenelle de l'Environnement où les préoccupations sur le milieu marin jouait les Arlésiennes. Aussi est-ce avec satisfaction qu'il a appris la mise en place d'un Grenelle de la Mer.

Cependant la publication du premier dossier de presse n'a pas manqué de provoquer une réaction épidermique chez quelques Argonautes dont on retrouve la teneur dans le pamphlet : "Faut-il bouder la boudeuse?". 

Le deuxième dossier de presse a un peu calmé les esprits, de sorte que le Club des Argonautes lance à nouveau une alerte aux décideurs sur la nécessité de mettre en place un système d'observation pérenne et des centres de prévision océanique. 

Voici le texte publié dans les News d'avril 2009 :

 

L'océan est un acteur essentiel du fonctionnement de la biosphère terrestre constituée des couches superficielles de la Terre où la vie a pu s'épanouir. 

Sa dynamique est à prendre en compte dans le fonctionnement du système climatique dont il contrôle les variations.

Principal accumulateur d'énergie solaire, l'océan fournit à l'atmosphère 50 % de l'énergie qu'elle reçoit, et qui la met en mouvement. 

Les courants marins, à égalité avec la circulation atmosphérique, assurent la redistribution de la chaleur des régions équatoriales vers les hautes latitudes. 

Les écosystèmes marins sont aussi contrôlés par la dynamique océanique : ce sont les mouvements horizontaux et verticaux de l'océan qui déterminent la fertilité des " prairies marines " et contrôlent les conditions de survie des larves des espèces exploitées au large comme à la côte

C'est aussi la dynamique océanique qui façonne les littoraux à partir des apports fluviatiles, anciens et récents. 

Il n' y a pas de prévision possible de l'évolution du climat, de celle des écosystèmes marins et des espèces exploitées, et de l'évolution des zones côtières, sans connaissance de la dynamique océanique et sans la capacité de la modéliser aux diverses échelles de temps et d'espace concernées. 

La prévision opérationnelle de l'état des océans est maintenant possible, comme c'est le cas de l'atmosphère.

A l'instar de ce qui existe, pour les besoins de la prévision météorologique, cela implique des systèmes d'observation continus de l'océan et des centres opérationnels de prévision mettant en œuvre des modèles de circulation océanique alimentés par ces observations. 

 

Les satellites sont la clé des mesure en mer

  • D'une part, ils permettent de mesurer directement, sur la totalité de l'océan, les paramètres essentiels que sont la température de surface, la vitesse et la direction du vent, la hauteur du niveau de la mer et d'évaluer les courants marins et leurs variations. On dispose, par exemple, depuis 1992 grâce au satellite TOPEX-Poseidon et à ses successeurs Jason 1 et 2, d'une série ininterrompue de la mesure du niveau de la mer et de la circulation océanique. 

  • D'autre part, grâce aux systèmes de localisation et de transmission des données, ils permettent de déployer des flotteurs dans tout l'océan, équivalents de ce que sont les ballons sonde pour l'atmosphère.

Actuellement, dans le cadre du programme ARGO, ce sont trois mille flotteurs qui explorent les couches océaniques sur deux mille mètres d'épaisseur, en faisant des mesures de température et salinité qu'ils transmettent en temps réel par satellite. L'état de l'océan est ainsi presque complètement déterminé et, en France, le Groupe Mercator-Océan à Toulouse, assimilant toutes ces données dans des modèles de circulation océanique, fait des prévisions de la totalité de l'océan aux échelles globales et régionales.

Dans le cadre du programme européen GMES, Mercator Océan est coordinateur du projet My Ocean qui doit définir d'ici trois ans les contours d'une océanographie opérationnelle  (Marine Core Service).

A cela il faut ajouter que les moyens spatiaux permettent de surveiller les écosystèmes marins : mesures depuis l'espace de la chlorophylle de surface et  des stocks de grands pélagiques comme les thons qui; équipés de marques " pop up ", deviennent eux-mêmes des plates-formes, de mesures comme les flotteurs ARGO. C'est à court terme la prévision de l'évolution des écosystèmes marins et de leurs ressources qui est aussi en jeu. 

Ces avancées récentes de la recherche pourraient expliquer que le "Grenelle de la mer" n'évoque pas la nécessité d'une océanographie opérationnelle qui demeure cependant l'indispensable fondement des 4 thématiques proposées. Or cette océanographie opérationnelle, qui semble aller de soi, n'existe que sur le plan expérimental. Elle est financée sur des crédits recherche et n'est finalement sous la responsabilité de personne si ce n'est des groupes de chercheurs, et des instituts de recherche, qui ont compris son intérêt et l'ont mise en œuvre de leur propre initiative. 

Mais 

  • Rien ne garantit aux plans national et international la continuité des mesures satellites ou in situ; 

  • Rien ne garantit la pérennité du Groupement Mercator-Océan. 

Au plan européen le projet My Ocean concerne 27 pays et mobilise plusieurs dizaines de laboratoires de recherche sans la moindre garantie que le relais sera pris ensuite pour la mise en œuvre du " Marine Core Service ".

Neuf ans après que notre pays eut proposé l'initiative GMES à ses partenaires européens, (pendant la "PFUE 2000"), il serait paradoxal que le Grenelle de la Mer ne fasse pas sienne cette impérieuse nécessité d'une prévision opérationnelle de la mer, pour le climat, la dynamique des écosystèmes marins et de leurs ressources et l'évolution des littoraux.

Sans cela, les objectifs affichés du " Grenelle de la Mer " ne sont pas atteignables. C'est l'outil dont on ne peut se passer pour une gestion intelligente de la mer à toutes les échelles de temps et d'espace ; en effet, exploiter de façon durable un milieu que l'on ne connaît pas, est impossible. Mais ce qui est l'affaire de tous doit maintenant être de la responsabilité de quelqu'un. 

Compte tenu de l'existence depuis 2003, de l'initiative GEOSS, le Grenelle de la Mer se doit de recommander la mise en place d'une océanographie opérationnelle, incluant les systèmes d'observation et les centres de prévision océaniques, et d'en confier la charge à des agences nationales travaillant dans le cadre d'une coopération intergouvernementale, comme cela s'est fait pour l'atmosphère dans le cadre de l'Organisation Météorologique Mondiale (Veille Météorologique Mondiale).