Changer le monde : tout un progamme
Auteur : Jean-Marc Jancovici 
Mai 2011 
Éditions : Calmann-Lévy

Recension de Yves Dandonneau

 

Comment faire en sorte que la raréfaction des carburants fossiles et le risque climatique lié au CO2 de l’atmosphère ne bousculent pas l’économie mondiale et ne compromettent pas les conditions de relatif confort et de démocratie que nous connaissons ?

Ces deux risques sont affaire de carbone. Avant l’ère industrielle, l’essentiel de l’énergie était fourni par le travail des muscles. Or, un homme à maturité ne fournit guère plus qu’un demi kwh par jour (de quoi faire tourner une petite perceuse pendant une heure).

Les progrès que nous avons connus depuis sont dus au coût très bas de l’énergie fossile. Alors que nos besoins augmentent avec la population du globe et avec l’accès de nouveaux pays aux standards des pays développés, nous avons pratiquement atteint les pics de production de pétrole et de gaz. Le coût de l’énergie va donc aller en augmentant, et ceci est un facteur de crises économiques à répétition.

Ayant démontré l’étroite dépendance qui lie l’économie aux énergies fossiles, l’auteur choisit ensuite, pour mieux illustrer cette dépendance, d’exprimer tous les coûts en émissions de carbone.
Comment échapper à des crises graves ne sera certainement pas simple. Ayant analysé les coûts, les avantages et les inconvénients des principales sources d'énergie alternative, l'auteur considère qu'éoliennes et panneaux photovoltaïques n'offrent qu'une énergie intermittente à un coût en carbone élevé. Le charbon, encore abondant, est la pire des solutions pour le climat si sa combustion ne s’accompagne pas d’un stockage du CO2 produit. Le nucléaire, si on parvient à le rendre sûr… Et bien entendu, des économies d’énergie partout où c’est possible, et des changements profonds dans nos choix et nos habitudes.

 

En tout cas, ce livre est remarquable par la précision et la quantité de données chiffrées, que les détracteurs auront bien du mal à contrer.
Avant tout, il faudrait une volonté politique forte et un enthousiasme collectif auxquels les années passées ne nous ont pas habitués. Après avoir décortiqué les causes des lenteurs et des échecs dans les tentatives de prises de décision de ces dernières années, l’auteur se risque à présenter une série de mesures qui permettraient une transition acceptable vers l’après pétrole.

Cela ressemble à du «il n’y a qu’à, il faut qu’on», mais Jacques Chirac n’a-t-il pas déclaré lors d’un Sommet de la Terre «la maison brûle, et nous regardons ailleurs» ?

Alors, on peut certainement discuter le «il n’y a qu’à» car les options pour une nouvelle politique énergétique sont très ouvertes, mais à coup sûr «il faut qu’on» agisse sans trop tarder.
 

 

Texte de la 4° de couverture: 


L’énergie procède de la transformation de la matière. L’économie n’étant rien d’autre qu’une machine à transformer des ressources, nos sociétés industrielles sont de plus en plus gourmandes en énergie, alors même que les stocks susceptibles de leur en fournir, que ce soit du charbon, du pétrole ou de l’uranium, diminuent inexorablement.
Partant de ce constat, Jean-Marc Jancovici montre que les espoirs placés par nos gouvernants dans la reprise de la croissance sont illusoires et dangereux : dans une économie monde qui dépend des énergies fossiles, plus vite la croissance repartira, plus vite arrivera le prochain choc pétrolier qui la tuera à nouveau.
Il faut sortir de cette spirale infernale. L’éolien, le solaire seraient-ils une solution ? Billevesées, démontre J.-M. Jancovici : leur coût est astronomique et leur contribution actuelle, insignifiante. Le nucléaire, alors ? C’est souvent une excellente formule de transition, qu’il faut perfectionner et développer.
Mais surtout, il faut un nouveau projet de société, tout entier tourné vers une économie «décarbonée». Un tel projet touchera à tout : nos métiers, notre habitat, notre système de soins, notre agriculture, notre alimentation, notre mobilité, notre lieu de vacances, notre armée et notre diplomatie, la consolidation de l’Europe, les procédés industriels, la productivité du travail et la gestion des retraites…
Pour éviter l’impasse, chacun de ces compartiments de la société doit être libéré au plus vite de sa dépendance au carbone, et J.-M. Jancovici propose des pistes concrètes pour y parvenir.
Tout un programme, certes, mais prendre la contrainte carbone à bras le corps n’est pas une option, écrit-il. Si nous ne faisons pas le premier pas, c’est elle qui choisira la forme de l’étreinte !

 

Jean-Marc Jancovici est ingénieur de l’École polytechnique, consultant et enseignant. En 2007, il a collaboré à l’élaboration du Pacte écologique de la Fondation Nicolas Hulot. Il tient une chronique hebdomadaire sur France Info et présente une fois par mois l’indicateur EC02 Climat au JT de 20 heures de TF1.

 

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