Virer de bord
Plaidoyer pour l’homme et la planète

Guy Jacques

Harmattan éditeur
 

Recension de Bruno Voituriez

Les membres du Club des Argonautes comparant la Terre à un vaisseau naviguant dans l’espace et dans le temps aiment à qualifier les hommes de « géonautes » formant l’équipage de ce vaisseau qu’ils doivent empiriquement apprendre à piloter. Non pour en modifier évidemment la trajectoire mais pour maintenir la biosphère que porte la Terre dont ils font partie, et qu’ils transforment profondément, en bon état pour qu’ils puissent continuer à s’y épanouir. Guy Jacques, écologue marin est membre de ce club d’où, sans doute, ce titre emprunté à la navigation : «Virer de bord». Car il y a péril en la demeure et G. Jacques reprend le néologisme «anthropocène» popularisé par Paul Crutzen pour définir la période que nous vivons où les activités anthropiques semblent être devenues la contrainte dominante devant toutes les autres forces géologiques et naturelles qui jusque là avaient prévalu dans l’évolution de la biosphère terrestre alors que les ressources naturelles terrestres notamment énergétiques sont limitées et que la population humaine ne cesse de croître. Le changement climatique est l’exemple type de cette pression anthropique excessive.

Que faire ? «virer de bord » répond Guy Jacques. Formulation ambigüe car elle sous entend que l’on connaît le cap et qu’on louvoie dans les vents contraires pour arriver à destination. Or, difficulté supplémentaire, cette destination nul ne la connaît ou plutôt c’est à l’homme de la définir expérimentalement au fur et à mesure de son évolution.

D’où d’abord le besoin de connaissances et donc de recherche scientifique et aussi la nécessité pour les scientifiques de prendre leurs responsabilités dans le «faire savoir» loin des gourous, des idéologues et des zélateurs de l’écologie profonde : le couple journaliste-scientifique compromis idéal pour une meilleure écoute des scientifiques. Mais si la science et la technologie sont indispensables et ne sont pas la source de tous nos maux elles n’ont pas réponse à tout.

D’où une nécessaire prudence féconde qui n’a rien à voir avec le principe de précaution. De même qu’à la lecture du livre le titre « Virer de bord » semble excessif les amateurs radicaux de sensations fortes alléchés par le chapitre « faire table rase du passé » seront-ils déçus car il ne s’agit pas de renier les activités humaines passées ni de se culpabiliser mais de prendre conscience de la finitude la planète et d’en tirer les conclusions. Il s’agit plutôt de réduire l’allure que de virer de bord.

L’auteur, et c’est assez rare pour un scientifique (un écologue n’est pas un «écologiste»), passe en revue les problèmes de démographie, d’énergie, de géoingénierie, d’OGM, d’agronomie (révolutions verte et doublement verte) d’urbanisme, des relations entre les Nords et les Suds, de la pertinence du PIB et autres indices tels que l’IDH(indice du développement humain) en dehors de toute passion et de tout manichéisme. Tout cela pour conclure que l’expansion et la croissance économique ne font pas le bonheur de l’homme qu’elles ne peuvent croître à l’infini et qu’il possible et nécessaire de consommer moins pour vivre mieux.et plus équitablement sans rejeter les progrès scientifiques, c'est-à-dire rationnellement.

Est-ce possible ? Là est le point essentiel et l’auteur qui n’est pas prophète pose en fait plus de questions qu’il n ‘apporte de réponses. Redoutant que nous ne soyons pas prêts à virer de bord il en vient presqu’à faire l’apologie des crises pour une prise de « conscience salutaire » et d’évoquer la crise de 1930/33, celle du premier choc pétrolier (guerre du Kippour en 1973, la crise récente de 2008/2009 peut-être encore en cour). Il est malheureusement à craindre que compte tenu des écarts entre nations, de la mondialisation des problèmes, de la raréfaction des ressources, même celles dites renouvelables comme l’eau, il n’y ait d’ajustements possibles que par des crises violentes comme le sont les tremblements de terre générateurs de tsunamis dans la tectonique des plaques. Ainsi semble fonctionner tout l’univers et pas seulement l’homme mais ceci est une idée personnelle du commentateur que l’auteur ne prend pas à son compte.

Lisez ce livre : il n’est pas long, il est bien écrit et d’accès facile, il vous informera vous mettra devant vos responsabilités personnelles et collectives même (ce qui est impossible) il ne vous donne pas de solutions clés en main.
 

Biographie de l'auteur

 

Chercheur en écologie marine, spécialiste du plancton, Guy Jacques, a dirigé de nombreuses campagnes océanographiques en Méditerranée et dans l'Océan Atlantique. Intéressé par la vulgarisation, il a profité de son travail au sein d'équipes pluridisciplinaire pou élargir son champ de compétences. Une centaine de conférences, une dizaine d'ouvrages lui ont permis d'aborder le cycle de l'eau et celui du carbone, l'écologie du plancton, le climat, les liens entre océan et atmosphère, le développement durable, l'écologie.

Guy jacques est membre du Club des Argonautes.

 

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