Énergie: un défi planétaire
Benjamin Dessus, préface de Jean-Pierre Souviron
Coll. débats, Ed. Belin, 1995

 

Notes de lecture de Jean-Paul Guinard
Ce livre, et, plus généralement, la démarche de Benjamin Dessus, devraient être des références pour toute personne intéressée par les politiques de l'énergie: il s'efforce de montrer - par une étude économique approfondie - qu'une stratégie de "maîtrise de l'énergie" basée principalement sur les économies d'énergie et le développement de sources renouvelables est susceptible de contribuer au développement des hommes sur Terre, de limiter les effets sur l'environnement (utilisation minimale des sources fossiles et nucléaires) et même de créer des emplois. 

Une critique principale: la solide démonstration économique est fondée sur des bases techniques limitées à des sources renouvelables "terrestres": l'auteur semble ignorer - ou du moins minimiser - les réalisations techniques pourtant connues à l'époque de la rédaction du livre dans l'exploitation de l'énergie "renouvelable" dans l'océan , qui nous paraissent être un enjeu majeur pour l'avenir. Mais la démonstration économique reste a fortiori valable...

L'auteur examine aussi les freins pour mettre en place de telles stratégies; il les considère comme très importants; il met en cause la politique de l'offre d'énergie (représentée par les grands trusts pétroliers et nucléaires) des pays occidentaux.
Dans cette démarche d'"apprentissage collectif", il conclut: "Puisqu'on peut espérer éviter le déluge, transformons au moins la menace en opportunités!" 

Le livre contient de nombreuses références; depuis sa parution, dix ans se sont écoulés... qui, c'est le moins qu'on puisse dire, n'ont pas été mis à profit pour appliquer ses préceptes... et, pourtant, le temps presse. 

Notes détaillées: 

Introduction : 
L'auteur insiste sur l'impossibilité de développer l'ensemble des peuples de la Terre avec les sources d'énergie actuelles sans voir apparaître des contradictions insurmontables. 
Il rappelle le parcours de ses réflexions depuis 1978 (projet Alter), et les grandes difficultés en France d'un débat sur des formes d'énergie renouvelables, à cause de son "jacobinisme" symbolisé par les monopoles d'EdF et du CEA. L'ouverture à la réflexion ne s'est produite qu'au début des années 90 , où on a pu commencer à chiffrer économiquement ce qui n'était jusque là que projections d'ingénieur: d'où un scénario "économe" dit NOE dont l'auteur est à l'origine, développé en même temps que d'autres scénarios (en particulier, celui du Conseil Mondial de l'Energie).

Chapitre 1: l'émergence de scénarios alternatifs.
L'auteur rappelle que c'est au début des années 90 que la communauté internationale s'est préoccupée de remettre en cause les questions de gestion de l'énergie (Rio 1992) basées principalement jusque là sur le "fossile" et le nucléaire, perturbantes pour l'environnement. 

Chapitre 2: une révolution tranquille: la maîtrise de l'énergie
Au vu des gains d'efficacité réalisés au cours des 100 dernières années, l'auteur considère que nulle révolution technologique n'est nécessaire : les technologies existent déjà, - mais il faut "intégrer" l'efficacité énergétique dès le stade de conception des objets - plutôt qu'ajouter cette préoccupation dans un ouvrage déjà réalisé. 

Chapitre 3: quelle place pour les énergies renouvelables?
L'auteur cite les types d'énergies renouvelables suivants:
- "issues, directement ou indirectement, de l'activité solaire": solaire, éolien, hydraulique, ETM, biomasse, marémotrice, 
- - non issue de l'activité solaire: la géothermie .
L'auteur détaille les propriétés des sources "solaire, éolien, hydraulique, biomasses" mais ne prend pas en considération les sources océaniques. Son texte est le suivant: "Nous avons mentionné l'énergie tirée des vagues, l'énergie thermique des mers ou celle des marées. Mais nous ne les évoquerons pas davantage car les deux premières technologies ne sont pas encore opérationnelles ou le nombre de sites possibles est très réduit. Quant aux centrales marémotrices, seuls quelques sites dans le monde sont favorables à leur implantation..." Il semble qu'on en soit resté aujourd'hui au niveau d'information de 1995 sur les sources "océaniques" possibles, peut-être a-t-on même régressé!

En vue d'évaluer le potentiel des différentes énergies renouvelables utilisables à chaque époque et dans chaque région du monde, l'auteur développe une méthodologie d'analyse qu'il serait trop long de détailler ici. A la lumière des travaux engagés depuis la parution du livre, notre conviction est que sa conclusion suivante reste valable: le recours aux énergies renouvelables représente un enjeu majeur pour l'avenir énergétique du monde, particulièrement dans les pays du Sud; leur exploitation entraîne beaucoup moins de problèmes d'environnement local ou planétaire que les énergies fossiles ou nucléaires. 

Chapitre 4 : deux scénarios énergétiques contrastés
L'auteur, poursuivant son analyse économique, chiffre l'évolution de la demande d'énergie au cours du XXI° siècle à partir de deux scénarios dits "laissez-faire" (CME) et "économes" (NOE): les conséquences en termes de dégradation de l'environnement - exprimées en taux d'augmentation du CO2 dans l'atmosphère et de volume de déchets nucléaires produits et à stocker - sont considérables: en 2100, 450 ppmv au lieu de 700 - 500 t au lieu de 3000, respectivement.

Chapitre 5 : Noé, une stratégie doublement gagnante.
Ce chapitre détaille les coûts de production et d'utilisation des diverses énergies. Les coûts cumulés d'investissement et de fonctionnement ont été calculés pour la période 1985-2020, pour chaque énergie finale et dans les différents secteurs de l'activité économique. L'auteur procède ensuite à une comparaison économique des coûts des deux scénarii en présence et conclut qu'ils sont inférieurs pour NOE; surtout, cela se fait au bénéfice de l'environnement, de l'emploi et sans "récession" économique! L'auteur chiffre même les bénéfices correspondants. 

Chapitre 6 : des obstacles contre les scénarios alternatifs.
Quels sont les principaux obstacles qui s'opposent au choix de stratégies pourtant plus avantageuses? ...Nombreux sont ceux qui pensent que la prise de conscience nécessaire pour déclencher une rupture de nos modes de développement suppose un choc ou une crise de grande ampleur (un nouveau choc pétrolier, un accident nucléaire, etc.). Il semblerait cependant suicidaire à l'auteur d'attendre "tranquillement" un tel évènement....
L'auteur cite parmi les obstacles: la politique de l'énergie, définie par les gouvernements occidentaux, qui insiste sur le terme "Offre" - la prépondérance des firmes de production d'énergie - la faible action des gouvernements sur la demande - l'absence d'un volontarisme dans l'élaboration de cette demande

Chapitre 7 : réussir la transition vers le développement durable.
L'auteur énumère et détaille huit actions à mener:

  1. La création de structures d'élaboration et d'animation collectives dans le domaine de la maîtrise de l'énergie,

  2. L'intégration des préoccupations énergétiques et environnementales dans les décisions de choix d'infrastructures lourdes,

  3. L'élaboration de politiques de diffusion sélective du progrès technique axées sur l'efficacité énergétique auprès du grand public,

  4. Le développement de la coopération Nord-Sud autour du concept de "court-circuit technologique",

  5. La réorientation de l'effort de recherche et d'investissement public
    Plus de 90% des sommes allouées au développement dans ce secteur le sont vers les technologies d'extraction de matières fissiles et fossiles! En France, en 1993, l'effort de recherche affecté aux énergies renouvelables était de... 260MF, à comparer par exemple aux14500 MF de l'énergie de fission!

  6. L'affichage d'un indicateur de progrès d'efficacité énergétique,

  7. La suppression des subventions aux énergies fossiles (?) ou à leur utilisation (transport routier)

  8. L'accélération du recours aux énergies renouvelables.
    Il prône ensuite une politique interventionniste des pouvoirs publics.

Conclusion
Parmi elles, on citera: 
Il n'y a pas antinomie entre l'économique et l'environnemental.
Il n'y a pas de fatalité d'échec au problème du développement durable (1995) 
Transformons la menace en opportunité!

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