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Qu'avons-nous lu, qu'avons-nous vu ?

La Terre est ton navire... et non ta demeure ...

Les coups de cœur de Michel Lefebvre

Océanez vous

« Le centimètre c’est le pied »
Pour le quarantième anniversaire du GRGS

Partie II : Autrefois nous travaillions la terre maintenant c'est la Terre qui nous travaille

Sommaire

Cette terre, il nous faut la mesurer…

Démesure - Michel Lefebvre

Faire bonne mesure
Se mesurer à
Donner toute sa mesure
Manquer de mesure
Un emploi du temps à sa mesure
Tailler sur mesures
Battre la mesure
Avoir commune mesure
Prendre les mesures qui s’imposent
Se passionner outre mesure
Dépasser la mesure
Prendre des mesures contraignantes
Prendre des mesures préventives
Ne pas présumer de ses forces
Plutôt mesuré sa force
Aller au fur et à mesure
Se dépenser sans mesure
Ne mesurer ni son temps ni sa peine
Prendre la mesure de ses possibilités
Ne plus se mesurer
Mesurer sa chance, son bonheur
Fausse morale « l’homme est à la mesure de toute chose »
Prendre pour modèle

Prendre la mesure d’un modèle ses mensurations
Mesurer l’étendue du problème
Dans toutes ses dimensions
Dans une large mesure…

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Edouard Glissant  

Notre terre, notre part de la terre, ne la constituons pas en territoire d’où nous croirons être autorisés à conquérir les lieux du monde.
Nous savons bien que les puissances d’oppression visent de partout et de nulle part, qu’elles corrompent en sourdine notre réel, qu’elles le régissent sans que nous voyions d’où ni comment. Mais du moins leur opposons-nous déjà ’éclat de la relation, par quoi nous refusons de réduire un lieu ni de l’élire en centre clos.

 

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Jacques Audiberti

Les chiffres modelés par l’espace qui les entoure sont clairs. A la différence des mots, ils ne fument pas, ils ne sentent pas. Les lois ne forcent personne, n’exigent rien. Elles donnent tranquillement la mesure du monde.

Le retour du divin - Gallimard - 1943

La mesure séduit peu… on lui préfère les prophètes, les démagogues, les tyrans bien souvent aux arpenteurs du réel, aux comptables soucieux du possible.

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Peut-être ne mettons nous pas la mesure sous une forme concrète comme c’était le cas au temps de la révolution. 

Je mesure mes paroles, je pèse mes mots
Voici quelques exemples :

Denis Guedj

La France a ouvert un compas, l’a posé sur l’équateur et sur le pôle.

Sous les pieds de chaque citoyen il passe un méridien.

Les hommes sont égaux, les méridiens le sont aussi.

La voilà enfin cette unité de mesure fondée sur le plus grand et le plus invariable des corps que l’homme puisse mesurer : le globe terrestre lui-même !

Quel plaisir il y aura pour un père de famille de pouvoir se dire : le champ qui fait subsister mes enfants est une certaine proportion du globe.

 

Je suis dans cette proportion-là copropriétaire du monde.

Extraits de La révolution des Savants - Collection découverte de Gallimard

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Un chant de la Terre qui roule (extrait) - Walt Whitman

Un chant de la terre qui roule et de mots en harmonie,
Pensiez-vous que c’était cela, les mots, ces lignes droites ?
ces courbes, ces angles, ces points ?
Non, ce ne sont pas les mots,
Les mots substantiels sont dans la terre et la mer,
Ils sont dans l’air, ils sont en vous.
Pensiez-vous que c’était cela les mots,

ces sons délicieux exhalés de la bouche de vos amis ?
Non, les mots véritables sont plus délicieux que cela.
Les corps humains sont des mots, des myriades de mots,

(dans les grands poèmes reparaît le corps, soit de l’homme,
soit de la femme, bien modelé, naturel, gai,
[…]
En chacune de ses parties, robuste, actif, réceptif, sans
honte ni le besoin de honte).
Air, terre, eau, feu - voilà des mots,
Moi-même suis un mot avec eux  -  mes qualités et les leurs
S’entre pénètrent - mon nom ne signifie rien pour eux.
Alors même qu’il serait proclamé
dans les trois mille langues,
que connaîtraient de mon nom l’air, la terre, l’eau, le feu ?
Une mine bien portante, un geste amical ou impératif, sont
des mots, des sentences, des sens,

[…]

 Feuille d'herbes - Gallimard 1918

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Autrefois nous travaillions la terre maintenant c’est la terre qui nous travaille.

Michel Lefebvre

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Que faire, mais n’est-il pas trop tard ?

Marche funèbre pour la mort de la terre - Jules Laforgue

Ô convoi solennel des soleils magnifiques,
Nouez et dénouez vos vastes masses d’or,
Doucement, tristement, sur de graves musiques,
Menez le deuil très lent de votre sœur qui dort.

Les temps sont révolus ! Morte à jamais, la Terre,
Après un dernier râle (où tremblait un sanglot !)
Dans le silence noir du calme sans écho,
Flotte ainsi qu’une épave énorme et solitaire.
Quel rêve ! est-ce donc vrai ? par la nuit emporté,
Tu n’es plus qu’un cercueil, bloc inerte et tragique
Rappelle-toi pourtant ! Oh ! l’épopée unique !...
Non, dors, c’est bien fini, dors pour l’éternité.

Ô convoi solennel des soleils magnifiques,
Nouez et dénouez vos vastes masses d’or,
Doucement, tristement, sur de graves musiques,
Menez le deuil très lent de votre sœur qui dort.

Et pourtant souviens-toi, Terre, des premiers âges,
Alors que tu n’avais, dans le spleen des longs jours,
Que les pantoums du vent, la clameur des flots sourds
Et les bruissements argentins des feuillages.
Mais l’être impur paraît ! ce frêle révolté
De la sainte Maïa déchire les beaux voiles
Et le sanglot des temps jaillit vers les étoiles…
Mais dors, c’est bien fini, dors pour l’éternité.

Ô convoi solennel des soleils magnifiques,
Nouez et dénouez vos vastes masses d’or,
Doucement, tristement, sur de graves musiques,
Menez le deuil très lentement de votre sœur qui dort.

Oh ! tu n’oublieras pas la nuit du moyen-âge,
Où, dans l’affolement du glas du Dies irae,
La famine pilait les vieux os déterrés
Pour la peste gorgeant les charniers avec rage.
Souviens-toi de cette heure où l’homme épouvanté,
Sous le ciel sans espoir et têtu de la Grâce,
Clamait : «Gloire au très-Bon », et maudissait sa race !
Mais dors, c’est bien fini, dors pour l’éternité.

Ô convoi solennel des soleils magnifiques,
Nouez et dénouez vos vastes masses d’or,
Doucement, tristement, sur de graves musiques,
Menez le deuil très lent de votre sœur qui dort.

Hymnes ! autels sanglants ! ô sombres cathédrales,
Aux vitraux douloureux, dans les cloches,
L’encens. Et l’orgue déchaînant ses hosannas puissants !
Ô cloîtres blancs perdus ! pâles amours claustrales,
[…] Ce siècle hystérique où l’homme a tant douté,
Et s’est retrouvé seul, sans Justice, sans Père.
Roulant par l’inconnu, sur un bloc éphémère.
Mais dors, c’est bien fini, dors pour l’éternité.

Ô convoi solennel des soleils magnifiques,
Nouez et dénouez vos vastes masses d’or,
Doucement, tristement, sur de graves musiques,
Menez le deuil très lentement de votre sœur qui dort.

Et les bûchers ! les plombs ! la torture ! les bagnes !
Les hôpitaux de fous, les tours, les lupanars,
La vieille invention ! la musique ! les arts
Et la science ! et la guerre engraissant la campagne !
Et le luxe ! le spleen, l’amour, la charité !
La faim, la soif, l’alcool, dix mille maladies !
Oh ! quel drame ont vécu ces cendres refroidies !
Mais dors, c’est bien fini, dors pour l’éternité.

Ô convoi solennel des soleils magnifiques,
Nouez et dénouez vos masses d’or,
Doucement, tristement, sur de graves musiques,
Menez le deuil très lent de votre sœur qui dort.

Où donc est çakia, cœur chaste et trop sublime,
Qui saigna pour tout être et dit la bonne Loi,
Et Jésus triste et doux qui douta de la Foi
Dont il avait vécu, dont il mourrait victime ?
Tous ceux qui sur l’énigme atroce ont sangloté ?
Où leurs livres, sans fond, ainsi que la démence ?
Oh ! Que d’obscurs aussi saignèrent en silence !...
Mais dors, c’est bien fini, dors pour l’éternité.

Ô convoi solennel des soleils magnifiques,
Nouez et dénouez vos vastes masses d’or,
Doucement, tristement, sur de graves musiques,
Menez le deuil très lent de votre sœur qui dort.

Et plus rien ! ô Venus de marbre ! eaux fortes vaines !
Cerveau fou de Hegel ! doux refrains consolants !
Clochers brodés à jour et consumés d’élans.
Livres où l’homme mit d’inutiles victoires !
Tout ce que la fureur de tes fils enfanté
Tout ce qui fut ta fange et ta splendeur si brève,
Ô Terre, est maintenant comme un rêve, un grand rêve.
Va, dors, c’est bien fini, dors pour l’éternité.

Ô convoi solennel des soleils magnifiques,
Nouez et dénouez vos vastes masses d’or,
Doucement, tristement, sur de graves musiques,
Menez le deuil très lent de votre sœur qui dort.

Dors pour l’éternité, c’est fini, tu peux croire
Que ce drame inouï ne fut qu’un cauchemar,
Tu n’es plus qu’un tombeau qui promène, au hasard
Une cendre sans nom dans le noir sans mémoire.
C’était un songe, oh ! oui, tu n’as jamais été !
Tout est seul ! nul témoin ! rien ne voit, rien ne pense.
Il n’y a que le noir, le temps et le silence…
Dors, tu viens de rêver, dors pour l’éternité.

Ô convoi solennel des soleils magnifiques,
Nouez et dénouez vos vastes masses d’or,
Doucement, tristement, sur de graves musiques,
Menez le deuil très lent de votre sœur qui dort.

 Œuvres complètes Mercure de France 1903

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Peu de chances d’avoir d’autres Terres…

Le sanglot universel - Jules Laforgue

Ah ! la terre n’est pas seule à hurler, perdue !
Depuis l’Éternité combien d’astres ont lui,
Qui sanglotaient semés par l’immense étendue
Dont nul ne se souvient ! Et combien aujourd’hui !

Tous du même limons sont pétris, tous sont frères,
Et tous sont habités, ou le seront un jour,
Et comme nous, devant la vie et ses misères
Tous désespérément clament vers le ciel sourd.

Les uns, globes fumant et tièdes, n’ont encore

Que les roseaux géants dont les râles plaintifs
Durant les longues nuits balayent l’air sonore
Sous le rude galop des souffles primitifs.

D’autres ont les troupeaux de mammouths et les fauves
Et c’est la faim, le rut et leurs égorgements.

Sur d’autres l’homme est né. Velu, grêle, il déloge
Ses aînés de l’abri des puissantes forêts.

Un cadavre l’arrête, il s’étonne, interroge,
Dès lors monte la voix des grands misérérés.

Et c’est la Terre. Ah ! nous sommes bien vieux, nous autres !
Nous savons désormais que nul là-haut n’entend,
Que l’univers n’a pas de cœur sinon les nôtres
Et toujours vers un cœur nous sanglotons pourtant.

Ceux enfin où Maïa l’illusion est morte,
Solitaires, muets, flagellés par les vents,
Ils n’ont dans le vertige encor qui les emporte
Que la rauque clameur de leurs vieux océans.

Et tous ces archipels de globes éphémères
S’enchevêtrent poussant leurs hymnes éperdus
Et nul témoin n’entend, seul au-dessus des sphères ;
Se croiser dans la nuit tous ces sanglots perdus !

Et c’est toujours ainsi, sans but, sans espérance…
La Loi de l’univers, vaste et sombre complot
Se déroule sans fin avec indifférence
Et c’est à tout jamais l’universel sanglot

Publication posthume - Le sanglot de la Terre dans Œuvres complètes au Mercure de France  1901-1903

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Prière à l’inconnu - Jules Supervielle

Voilà que je me surprends à t’adresser la parole,
Mon dieu, moi qui ne sais encore si tu existes
Et je ne comprends pas la langue de tes églises chuchotantes.
Je regarde les autels, la voûte de ta maison,
Comme qui dit simplement : voilà du bois, de la pierre,
Voilà des colonnes romanes.
Il manque le nez à ce saint.
Et au-dedans comme au-dehors, il y a de la détresse humaine.
Je baisse les yeux sans pouvoir m’agenouiller pendant la messe,
Comme si je laissais passer l’orage au-dessus de ma tête.
Et je ne puis m’empêcher de penser à autre chose.
Hélas ! J’aurai passé ma vie à penser à autre chose.
Cette autre chose, c’est encore moi.
C’est peut-être mon vrai moi-même.
C’est là que je me réfugie.
C’est peut-être là que tu es.
Je n’aurai jamais vécu que dans ces lointains attirants.
Le moment présent est un cadeau dont je n’ai pas su profiter.
Je n’en connais pas bien l’usage.
Je le tourne dans tous les sens,
Sans savoir faire marcher sa mécanique difficile.

Mon Dieu, je ne crois pas en toi, je voudrais te parler tout de même.

J’ai bien parlé aux étoiles, bien que je les sache sans vie,
Aux plus humbles des animaux, quand je les savais sans réponse,
Aux arbres qui, sans le vent, seraient muets comme la tombe.
Je me suis parlé à moi-même, quand je ne sais pas bien si j’existe.
Je ne sais si tu entends nos prières, à nous les hommes,
Je ne sais si tu as envie de les écouter.
Si tu as, comme nous, un cœur qui est toujours sur le qui-vive
Et des oreilles ouvertes aux nouvelles les plus différentes
Je ne sais pas si tu aimes à regarder par ici.
Pourtant je voudrais te remettre en mémoire la planète terre
Avec ses fleurs, ses cailloux, ses jardins et ses maisons
Avec tous les autres et nous qui savons bien que nous souffrons.
Je veux t’adresser sans tarder ces humbles paroles humaines
Parce qu’il faut que chacun tente à présent tout l’impossible.
Même si tu n’es qu’un souffle d’il y a des milliers d’années
Une grande vitesse acquise
Une durable mélancolie
Qui ferait tourner encore les sphères dans leur mélodie
Je voudrais, mon Dieu sans visage et peut-être sans espérance
Attirer ton attention parmi tant de ciels vagabonde
Sur les hommes qui n’ont pas de repos sur la planète.

Ecoute-moi ! Cela presse. Ils vont se décourager
Et l’on ne va plus reconnaître les jeunes parmi les âgés
Chaque matin, ils se demandent si la tuerie va commencer.
De tous côtés, l’on prépare de bizarres distributeurs de sang de plaintes
L’on se demande si les blés ne cachent pas déjà des fusils.
Le temps sera-t-il passé où tu t’occupais des hommes ?
T’appelle-t-on dans d’autres mondes, médecin en consultation,
Ne sachant où donner de la tête
Laissant mourir sa clientèle ?
Ecoute-moi ! Je ne suis qu’un homme parmi tant d’autres.
L’âme se plait dans notre corps,
Ne demande pas à s’enfuir dans un éclatement de bombe.
Elle est pour nous une caresse, une secrète flatterie.
Laisse-nous respirer encore sans songer aux nouveaux poisons
Laisse-nous regarder nos enfants sans penser tout le temps à la mort.
Nous n’avons pas tout le coeur aux batailles, aux généraux.
Laisse-nous notre va-et-vient, comme un troupeau dans ses sonnailles,
Une odeur de lait frais se mêlant à l’odeur de l’herbe grasse.

Ah ! Si tu existes, mon Dieu, regarde de notre côté.
Viens te délasser parmi nous.
La terre est belle, avec ses arbres, ses fleuves et ses étangs,
Si belle, que l’on dirait que tu la regrettes un peu
Mon Dieu ne va pas faire la sourde oreille
Et ne va pas m’en vouloir si nous sommes à tu et à toi
Si je te parle avec tant d’abrupte simplicité.
Je croirais moins qu’en tout autre en un Dieu qui terrorise.
Plus que par la foudre, tu sais t’exprimer par les brins d’herbe
Et par les jeux des enfants et par les yeux des ruisseaux.
Ce qui n’empêche pas les mers et les chaînes de montagne.
Tu ne peux pas m’en vouloir de dire ce que je pense
De réfléchir comme je peux sur l’homme et sur son existence
Avec la franchise de la terre et des diverses saisons
Et peut-être de toi-même dont j’ignorais les leçons
Je ne suis pas sans excuses
Veuille accepter mes pauvres ruses
Tant de choses se préparent sournoisement contre nous
Quoi que nous fassions, nous craignons d’être pris au dépourvu
Et d’être comme le taureau
Qui ne comprend pas ce qui se passe
Le mène-t-on à l’abattoir
Il ne sait où il va comme ça
Et juste avant de recevoir le coup de mort sur le front
Il se répète qu’il a faim et brouterait résolument
Mais qu’est-ce qu’ils ont ce matin avec leurs tabliers de sang
A vouloir tous s’occuper de lui ?

La fable du monde - 1938 - Gallimard

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Maudite, tu nous avilis... - Jules Supervielle

Terre lourde que se disputent les cadavres et les arcs-en-ciel
Des statues au nez brisé sous le soleil d’or incassable
Et des vivants protestataires levant leurs bras jusqu’aux nues
Quand c’est leur tour de s’offrir à tes abattoirs silencieux
Ah ! Tu fais payer cher aux aviateurs leurs permissions de vingt quatre heures.
A trois mille mètre de haut tu leur arraches le cœur
Qui se croyait une fleur dans la forêt du ciel bleu…
Serons-nous longtemps pasteurs de la bergerie de nuages
De tes monts chercheurs de ciel, des fleuves chasseurs de lune
De tes océans boiteux qui font mine d’avancer
Mais vont moins vite sur tes plages
Que des enfants titubant avec de pleins châteaux de sable ?
Aurons-nous encore du tonnerre dans cent-quatre-vingt-dix mille ans
La foudre, les quatre vents qui tournent sans rémission,
Les hommes nus enchaînés dans leurs générations
Et les roses pénitentes à genoux dans leur parfum ?

Maudite, tu nous avilis à force de nous retenir,
Tu nous roules dans la boue, pour nous rendre pareille à elle
Tu nous brises, tu nous désosses, tu fais de nous des petits pâtés,
Tu alimentes ton feu central de nos rêves les plus tremblants
Prends garde, tu ne seras bientôt qu’une vieillarde de l’espace,
Du plus lointain du ciel on te verra venir faire des manières
Et l’on entendra la troupe des jeunes soleils bien portants :
« C’est encore elle, la salée aux trois quarts,
La tête froide et le ventre à l’envers,
La tenancière des quatre saisons
L’avare ficelé dans ses longitudes ! »
Et plus rapides que toi s’égailleront les soleils
Abandonnant derrière toi des éclats de rire durables
Qui finiront par former des plages bruissantes d’astres.
Prends garde, sourde et muette par finasserie,
Prends garde à la colère des hommes élastiques,
Aux complots retardés de ces fumeurs de pipes,
Las de ta pesanteur, de tes objections,
Prends garde qu’ils ne te plantent une paire de cornes sur le front
Et ne s’embarquent le jour de la grande migration
Aimantés par la chanson d’une marine céleste
Dont le murmure déjà va colonisant les astres,
Des trois-mâts s’envoleront, quelques vagues à leurs flancs,
Les hameaux iront au ciel, abreuvoirs et lavandières,
Les champs de blé dans les mille rires des coquelicots,
Des girafes à l’envie dans la brousse des nuages,
Un éléphant gravira la cime neigeuse de l’air,
Dans l’eau céleste luiront les marsouins et les sardines,
Et des barques remontant jusqu’aux rêveries des anges,
Des chevaux de la Pampa rouleront de pré en pré
Dans la paille et le regain des chaudes constellations
Et même vous, ô squelettes des premiers souffles du monde,
Vous vous émerveillerez de vous trouver à nouveau,
Avec cette chair qui fit votre douceur sur le globe,
Un cœur vous rejaillira parmi vos côtes tenaces
Qui attendaient durement un miracle souterrain
Et vos mains onduleront comme au vent les marguerites.

Gravitations - 1925

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Mais la terre pose des problèmes, faudra-t-il aller jusqu’à la quitter ? En tout cas, nous la regretterons !

Le regret de la terre - Jules Supervielle -

n jour quand nous dirons : « c’était le temps du soleil,
Vous souvenez- vous, il éclairait la moindre famille,
Et aussi bien la femme âgée que la jeune fille étonnée,
Et savait donner leur couleur aux objets dès qu’il se posait
Il suivait le cheval coureur et s’arrêtait avec lui,
C’était le temps inoubliable où nous étions sur terre,
Où cela faisait du bruit de laisser tomber quelque chose,
Nous regardions alentour avec nos yeux connaisseurs,
Nos oreilles comprenaient toutes les nuances de l’air
Et lorsque le pas de l’ami s’avançait nous le savions,
Nous ramassions aussi bien une fleur qu’un caillou poli.
Le temps où nous ne pouvions attraper la fumée,
Ah ! C’est tout ce que nos mains sauraient saisir maintenant.»

Gravitations - 1925

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Êtes-vous géonautes ?

Vous habitez la planète Terre ; on ne choisit pas sa planète mais plus on la connaît plus on trouve qu’elle est exceptionnelle.
Bien sûr, on découvre presque tous les jours d’autres systèmes planétaires et peut être un jour une planète sœur.
Nous ne savons pas si notre planète est unique, nous savons qu’elle est RARE.
Les conditions ne sont pas si mauvaises, puisque nous sommes maintenant six milliards d’êtres humains à partager cette vie dont nous cherchons sans cesse l’origine.
Mais comme l’écrivait J. Coulomb dans le courrier du CNRS en 1980 : « La terre on y vit, on en vit ».
Bien sûr, on voudrait que cela dure pour nous et pour ceux à qui nous transmettons cette vie.
Mais tout change : notre terre a des ressources.

Elles ne sont pas inépuisables. Heureusement nous sommes de plus en plus nombreux à prendre conscience que nous sommes embarqués sur le même vaisseau terre GE et nous voulons continuer à naviguer NAUTES autour de notre étoile soleil ;

nous sommes des GEONAUTES.
Les géonautes ont le souci de leur vaisseau ; et la première chose à faire est de le connaître, d’en faire l’invenTerre, d’en saisir l’évolution.
Et pouvoir répondre à cette interrogation de toujours : JE VEUX SAVOIR OU J’HABITE
Les géonautes savent qu’ils ne sont pas isolés et que le futur dépend en partie de ce nouveau savoir.
Mais ce savoir exige que nous connaissions ce qui se passe à toutes les échelles.
Heureusement comme souvent, des moyens nouveaux sont disponibles ; les géonautes multiplient les sorties extravéhiculaires de leur vaisseau Terre (satellites robots, stations spatiales) et peuvent ainsi surveiller les évolutions L’ESPACE ? VITAL

Les géonautes veulent que tous aient accès à ce savoir, qu’il ne soit pas augmenté indéfiniment mais que ce soit un savoir vécu ; il nous faut maintenant HABITER NOS CONNAISSANCES
Les géonautes pensent que ce savoir doit nous faire mieux aimer la Terre où nous vivons.
Nous la présentons souvent sous l’aspect dangerosité, nous parlons de pollutions, réchauffement, dérives climatiques, catastrophes naturelles ou non.
Nous devons le faire mais cela n’a de sens que si nous étudions ces anomalies comme des écarts à ce qui devrait être notre habitat.
Nous sommes comme ceux qui sur le point d’emménager se préoccupent d’abord (ce qui est normal) et seulement (ce qui l’est moins) des fuites de gaz ou d’eau sans regarder le jardin et les fleurs.
Etudions les marées qui brassent notre océan et pas seulement les marées noires qui le salissent.
Il nous faut inventer une terre nouvelle : LA TERRE DES Hommes LES GEONAUTES
Pourquoi ce nouveau nom ?
Mythe : la terre a été mise en orbite avec succès autour du soleil il y a quatre milliards d’années. C’est une station spatiale habitée sans nul doute. 80 milliards d’homme y sont nés, 74 milliards y sont morts mais c’est la première fois qu’elle accueille six milliards d’êtres humains et pour mieux faire sentir cette appartenance commune, je propose de les-nous-appeler GEONAUTES :
GE marquant leur appartenance à la terre, NAUTES que ce vaisseau Terre se meut dans le système solaire.
(Les internautes surfent sur le web, les Géonautes naviguent autour du soleil).
Les géonautes se préoccupent de l’état de leur station. Ils exécutent des sorties extravéhiculaires à l’aide de stationnettes habitées ou de robots. Ils savent maintenant qu’il leur faut comprendre le fonctionnement de
leur station.
VISION – PREVISION – REVISION ?
Pour que les géonautes en comprennent mieux la nécessité, le Conseil de la Terre a demandé aux « chercheurs musiciens visionnaires » (un métier nouveau) de trouver le chant de la mer et du climat.

Michel Lefebvre

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Sommaire : Partie II

Cette terre, il nous faut la mesurer…

Citations :

Peut-être ne mettons pas la mesure sous une forme concrète comme c’était le cas au temps de la révolution.

Que faire, mais n’est-il pas trop tard ?

Peu de chances d’avoir d’autres terres…

Mais la terre pose des problèmes, faudra-t-il aller jusqu’à la quitter ? En tout cas, nous la regretterons !

La Terre est ton navire, non ta demeure