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Qu'avons-nous lu, qu'avons-nous vu ?

 

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Recueil de textes poétiques et philosophiques

 

Climat, une planète et des hommes, livre publié par le Club des Argonautes

 


Qu'avons-nous vu, qu'avons-nous lu ? 

Quelques critiques sur l’ouvrage de François Gervais :
l’innocence du Carbone

par François-Marie Bréon.


 

Introduction de Yves Dandonneau

 

François Marie Bréon est chercheur au Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement, et est l’un des experts du groupe I du GIEC.

 

La parution du livre de François Gervais "L'innocence du carbone" l'a fait vivement réagir, et il a rédigé cette analyse critique. En plein accord avec ses remarques, et bien qu'elles s'adressent davantage à ses pairs qu'à un public large, le Club des Argonautes a décidé de les publier.


Les manipulations les plus manifestes de François Gervais portent sur des figures et sautent aux yeux lorsque François Marie Bréon les met en parallèle avec des figures construites à partir des données fiables. Il s’agit le plus souvent de figures que François Gervais a soigneusement centrées sur des périodes restreintes où la variation à court terme est l’inverse de celle sur les vingt à trente ans de données disponibles.

 

Certaines des autres critiques, évidentes pour des spécialistes, sont assénées très rapidement. Il peut être utile de les développer un peu :


Le dégazage de l'océan serait responsable de l'augmentation de CO2 dans l'atmosphère ?
Alors que François Gervais s'appuie sur la propriété qu'a l'océan de perdre du gaz carbonique au profit de l'atmosphère lorsqu'il se réchauffe (erreurs 1 et 2), François Marie Bréon lui reproche son ignorance totale du cycle du carbone. Étant donné que cette ignorance est sans doute partagée par la plupart des personnes, à l'exception des scientifiques spécialistes du domaine, ce point mérite quelques éclaircissements. Oui, lorsque l'océan se réchauffe, la pression partielle du gaz carbonique y augmente, à raison de 2,3 % par degré. Ainsi, pour un réchauffement de 0,2 °C, ordre de grandeur pour les 20 dernières années, cette pression partielle, qui en 1990 était de l'ordre de 360 µatm, aurait augmenté dans l'océan de 1,656 µatm. C’est extrêmement peu, car dans le même temps, du fait des rejets anthropiques de gaz carbonique, cette pression partielle a augmenté bien davantage dans l'atmosphère, passant de 360 à près de 400 µatm en 2012. Les échanges de gaz carbonique entre l'océan et l'atmosphère étant contrôlés par la différence de pression partielle entre ces deux milieux, on voit bien que l'équilibrage se réalise par l'absorption de gaz carbonique par l'océan. Les mesures de la concentration en "gaz carbonique + carbonates" dans l'océan mettent effectivement en évidence une augmentation de ces quantités. Il est donc totalement infondé de prétendre que le dégazage de l'océan serait responsable de l'augmentation du CO2 dans l'atmosphère
 

Il y a suffisamment de gaz carbonique dans l'atmosphère pour intercepter tout le rayonnement infra-rouge émis par la surface de la terre aux longueurs d’onde auxquelles ce gaz absorbe

François Gervais reprend une des critiques favorites des "climatosceptiques", à savoir qu’il y a déjà suffisamment de gaz carbonique dans l’atmosphère pour intercepter tout le rayonnement infra-rouge émis par la surface de la terre aux longueurs d’onde auxquelles ce gaz absorbe, et par conséquent, ajouter encore du gaz carbonique ne change rien (erreur 9). François Marie Bréon rappelle que l’effet de serre n’est pas une notion simple, et que les mouvements de convection dans l’atmosphère y jouent un rôle important. Sur le point précis de la saturation, nous ajoutons que si le gaz carbonique absorbe une partie du rayonnement infra rouge, le transfert radiatif de l’énergie ne s’arrête pas là, car comme tous les gaz, il est aussi émetteur, aléatoirement vers le haut ou vers le bas, de ce rayonnement, qui sera de nouveau absorbé, et ainsi de suite...

 

Merci à François-Marie Bréon de nous avoir permis de publier ce texte sur notre site, et bravo pour la pertinence de ses critiques.
 


 

Analyse critique de François-Marie Bréon

 

Préambule


Cet ouvrage est un tissu de contrevérités. Je ne voudrais pas en faire une publicité qui lui profite en en faisant une recension. Je choisis cependant de montrer un certain nombre de points qui sont des erreurs factuelles, plus quelques éléments de désinformation manifeste. L’auteur continue de proclamer qu’il a été sélectionné par le GIEC pour être relecteur. Il se sert de cela pour prétendre une compétence particulière. Il faut expliquer qu’on n’exige pas plus d’une thèse pour pouvoir devenir rapporteur, dans n’importe quel domaine, et que ce sont bien les relecteurs qui sont volontaires plutôt que le GIEC qui va les chercher. On notera que, si l’ouvrage cite de très nombreuses références, elles ne sont jamais précisées en fin de texte. Au lecteur de faire la recherche s’il veut vérifier les dires. Dans de nombreux autres cas, les affirmations ne sont pas référencées. A plusieurs reprises, je n’ai pas réussi à retrouver les références indiquées.

Les citations extraites de l’ouvrage sont en italiques.
 

Erreurs

  1. Pages 31-32 : l’auteur analyse les variations annuelles de la concentration atmosphérique en CO2 avec les anomalies de température. Il constate que la concentration augmente beaucoup plus vite les années chaudes que les années froides, et de plus avec un apparent décalage temporel (l’effet sur la concentration se faisant sentir 6 mois après les températures). Il en déduit que c’est bien la température qui pilote le CO2, et que la hausse des températures conduit au dégazage de l’océan. C’est la une théorie révolutionnaire et il est fort regrettable que l’auteur n’ait pas publié sa découverte dans une revue scientifique. Il est surtout regrettable qu’il ne connaisse rien au cycle du carbone. Il est en fait bien compris que la variabilité à court terme des températures moyennes est modulée par les événements El Niňo/La Niňa, et que ces évènements conduisent à des flux anormaux de CO2 qui sont davantage le fait de la végétation que celui de l’océan. L’hypothèse de dégazage de l’océan est contraire à l’observation d’une croissance continue de la quantité de CO2 dans l’océan. Même si un peu technique, ce point est fondamental puisqu’il est utilisé par l’auteur pour minimiser dans le reste de l’ouvrage la composante humaine à la hausse des concentrations atmosphériques (il affirme que l’essentiel de la hausse est d’origine naturelle et pas anthropique).
     

  2. Page 37 : L’auteur affirme que les niveaux de CO2 élevés ne sont pas dus aux activités humaines mais au fait que le soleil a une activité intense, qui a donc chauffé les océans, ce qui a conduit au dégazage du CO2. Peut-il alors expliquer pourquoi, alors qu’il y a dégazage, la concentration en carbone dans l’océan a augmenté, comme démontré par des mesures directes ou par l’augmentation de son acidité ?
     

  3. Page 43 : “Selon la NOAA, la première décennie de ce siècle a connu une chute de température moyenne hivernale de 2°C aux États-Unis, pays pourtant gros émetteur de CO2.
    Vu la vitesse du mélange du CO2 dans l’atmosphère, on voit mal en quoi les émissions locales ont un quelconque rapport avec la variation des températures locales ; encore un concept manifestement mal compris. Par ailleurs, un refroidissement majeur sur les USA est manifestement faux. L’auteur pourrait-il nous donner la source de son affirmation ?
     

  4. Pages 44-45 : L’auteur présente l’hypothèse que la température de la terre peut être expliquée par une pente liée à la sortie du petit âge glaciaire, et à un cycle de 60 ans. Aucun mécanisme physique n’est proposé pour ce cycle.
     

  5. Page 45 : «La température de la Terre se trouve maintenant juste avant le début de la phase descendante de ce cycle comme le confirmera l’intégralité des mesures recensées au chapitre 2. Des experts du GIEC l’ont reconnu.».
    On ne sait pas qui sont ces experts et ce qu’ils ont vraiment dit. Ce n’est certainement pas le message porté par le GIEC.
     

  6. Page 78 : “Par ailleurs, le Géant blanc”, le glacier Perito Moreno par exemple, n’est pas en régression. Il avance de 2 à 3 m par jour.”
    Manifestement, l’auteur confond la vitesse d’avancement d’un glacier, et la position du front du glacier. Utiliser la vitesse d’avancement comme preuve de sa non-régression est une hérésie. Si le front du glacier avançait de 2 à 3 m par jour, il y aurait de quoi s’inquiéter (1 km par an…).
     

  7. Page 89 : “L’humidité spécifique globale a diminué de 10% en cinquante ans selon la NOAA”.
    Ceci est manifestement faux. L’auteur peut il nous donner la source de son affirmation ? Moi, j’ai trouvé ce site, qui montre clairement une augmentation (c’est bien un site de la NOAA):
    http://www.climate.gov/news-features/understanding-climate/2012-state-climate-humidity
     

  8. Page 121 : «La température moyenne de l’Antarctique n’a jamais cessé de baisser depuis 25 ans (A. Wendt et al., 2009)”.
    Cette affirmation n’est pas en accord avec les données.
    Par exemple http://earthobservatory.nasa.gov/IOTD/view.php?id=8239 . La référence donnée (Wendt et al., 2009) ne dit absolument pas cela.
     

  9. Page138 : Tentative d’expliquer l’effet de serre. L’auteur ne s’intéresse qu’à ce qui se passe à proximité de la surface. Il donne cette explication :
    «En définitive, les molécules de dioxyde de Carbone se trouvant au-dessus du plafond de quelques dizaines de mètres, grâce auxquels l’opacité est déjà acquise, ne peuvent pas recevoir le rayonnement de la Terre aux deux fréquences concernées. Elles ne peuvent contribuer à l’effet de serre”.
    Manifestement, l’auteur pense que l’effet de serre agit en bloquant le rayonnement en provenance de la surface. En fait, les échanges d’énergie proches de la surface se font essentiellement par convection. L’énergie provenant de la surface est déposée à une altitude de quelques km. Au dessus, ce sont les processus radiatifs qui dominent et c’est là que l’effet de serre prend tout son sens. Ce n’est pas une notion simple (je l’enseigne à Bac+4) mais l’auteur qui prétend nous expliquer que le GIEC n’a rien compris n’a manifestement pas assisté à un cours de transfert radiatif atmosphérique.
     

  10. Page 140 : "Les modèles envisagent la convection des molécules de CO2 échauffées“.
    Il n’y a pas de “molécules de CO2 échauffées” dans les modèles de climat.
     

  11. Page 156 : “Près de 200 simulations publiées prédisent la température en cas de doublement du CO2 dans l’atmosphère. Les conclusions s’échelonnent entre 0.2 et 6.4°C. Face à une telle absence de consensus, pourquoi le GIEC retient il une température alarmiste de 4°C avec une plage de vraisemblance de 2.4 à 6.4°C”.
    Il y a là une confusion manifeste entre les simulations pour un doublement de CO2 et les différents scénarios pour la fin du siècle qui répondent à des concentrations de CO2 très variables, ce qui explique une bonne part de la dispersion.
     

  12. Pages 158-159 : L’auteur décrit l’article de Beck qui remet en cause les mesures de concentration en CO2 avant les mesures à Mauna Loa (ie entre 1850 et 1950). Ces mesures, rapportées par Beck, ont été faites dans des villes, à proximité de sources de CO2 telles que poêles ou cheminées. Elles ne sont absolument pas représentatives de l’atmosphère moyenne et leur variabilité montre des signaux aberrants. Le fait que F.Gervais apporte le moindre crédit à cette publication montre qu’il ne comprend pas grand-chose au cycle du Carbone. Cf
    http://www.realclimate.org/index.php/archives/2007/05/beck-to-the-future/

Dans tout l’ouvrage, il y a une confusion manifeste entre le GIEC et le groupe 1. La critique portant sur données, modélisation, projection, et pas du tout sur impact ou mitigation, est manifestement faite sur le travail du groupe 1. Pourtant, l’auteur nous ressort cette histoire sur les glaciers de l’Himalaya à propos desquels une coquille s’était glissée dans le quatrième rapport du GIEC (p159-160) qui ne se trouvait pas dans le rapport du groupe 1. Il est vraisemblable qu’il n’a pas lu le rapport.

L’auteur met en avant Syun Akasofu, un climatosceptique, en insistant sur le nombre de publications et de citations. Il oublie de dire que ce chercheur est un spécialiste des aurores boréales, qu’il n’a jamais travaillé sur le climat. Son nombre important de publications est dans un domaine qui n’a rien à voir avec le climat.

http://www.iarc.uaf.edu/people/sakasofu

Désinformation


De nombreuses figures montrent une variable en fonction du temps. La période temporelle est toujours choisie habilement pour montrer peu ou pas de variation.

Figure 4 : Courbe sur 2009-2012 alors que les données sont disponibles à partir de 1994 ;

Figure 5 : Niveau des mers qui s’arrête en 2010. Pour ne pas voir l’accélération ensuite ?

Figure 6 : évolution de la surface de la banquise estivale Arctique à partir de 2007, qui était un minimum très marqué. Une série temporelle plus longue montrerait très clairement la diminution spectaculaire.

 

Commentaires sur les figures

 

Dans l'ouvrage :

 

 

Pourquoi François Gervais utilise t-il les données anciennes HadCrut3 alors que les données HadCrut4 sont disponibles depuis Mars 2012 (voir figure ci-dessous) ? Serait ce parce que les données les plus récentes ne fonctionnent pas avec son modèle ? Je ne comprends pas ce que F. Gervais montre exactement. Températures mensuelles ou annuelles ? La variabilité haute fréquence me paraît très forte.
http://www.cru.uea.ac.uk/cru/data/temperature/HadCRUT4.pdf

 

 


Ci-dessous, figure extraite du livre de François Gervais :

 

 

 

ci-dessus, figure Extraite du site

http://sealevel.colorado.edu/content/2013rel6-global-mean-sea-level-time-series-seasonal-signals-removed  .

Est il innocent d’avoir limité la courbe à la période 2009-2012, ou est ce une tentative de désinformation ? J’ai une opinion…

 

Dans l'ouvrage :

 

 

La réalité est ci-dessous. Est il innocent d’avoir oublié la période la plus récente qui montre une nouvelle augmentation ? Est il innocent d’avoir choisi le Pacifique qui a montré une pause temporaire contrairement aux autres bassins océaniques ?

 

Dans l'ouvrage

 

 

Pourquoi ci-dessus Francois Gervais choisit il de commencer la série de mesure en 2007, qui correspond à un minimum très marqué du minimum d’extension de la banquise ? Serait ce pour ne pas mettre en perspective les mesures récentes qui montrent une diminution spectaculaire de la surface, diminution moins claire lorsque on prend une période courte, aussi bien pour le minimum et le maximum ? Ci-dessous les mêmes données mais sur l’ensemble de la durée disponible.

 

 

Dans l'ouvrage

 

 

Je n’ai pas réussi à retrouver la source de ces données à partir desquelles a été construite cette (à part sur les sites climatosceptiques). Ci-dessous les données de volume de glace qui font référence. Ce n’est pas vraiment la même chose http://psc.apl.washington.edu/wordpress/research/projects/arctic-sea-ice-volume-anomaly/ .
 

 

Dans l'ouvrage

 

 

Très fort de voir une oscillation de période 60 ans dans une série temporelle qui en fait à peine plus. Sur le site de NASA-GISS, je ne vois pas de jeu de données concernant la température moyenne des océans. Il y a un jeu de données combiné terre-océan, et un pour terre seulement. Quelle manipulation a été faite sur les données ?

La page du GISS est ici : http://data.giss.nasa.gov/gistemp/graphs_v3/.

On y trouve le graphe ci dessous. Difficile de retrouver quelque chose de réellement cohérent avec la Figure 9. Il est très probable qu’il y a eu manipulation de données. Par ailleurs, une analyse poussée montre que l’auteur a choisi d’arrêter la série temporelle à l’année 2008. Les années 2009, 2010, 2011 et 2012 étant plus chaudes. Encore une manipulation.

 

 

Dans l'ouvrage

 

 

Les données originales sont là :

http://www.nodc.noaa.gov/OC5/3M_HEAT_CONTENT/ 

et la figure est reproduite ci-dessous. Il semble que l‘auteur ait choisi de ne pas montrer les données récentes qui ne collent pas avec son propos. En effet, il est difficile de voir sur la figure ci-dessous une pente négative, même en se limitant à la période postérieure à 2003.

 

 

Dans l'ouvrage

 

 

Curieux cette figure qui indique comme source les mesures de Big Bear Solar Observatory. En effet, ces mesures one commencé fin 1998 (Palle et al, J. Geophs Res, 2009 : Interannual variations in Earth's reflectance 1999-2007). Il est a peu près certain que les points avant 1999 (donc ceux qui montrent des variations importantes) ne sont PAS déduites de l’éclairement de la partie sombre de la lune. Après une heure de recherche, je n’ai toujours pas réussi à trouver la source des données utilisées avant 1999. Il y a un article de Palle et al ? paru dans Science en 2004. Ci dessous la figure clé de cet article. On ne retrouve pas la figure de F. Gervais. A noter que les mesures en noir sont déduites de satellites, et PAS de l’éclairement de la partie sombre de la Lune.