Présentation
Erik Orsenna, de l’Académie française

 

Voici le livre que nous étions beaucoup à attendre.

Car il répond à la question clé de notre avenir : quelles conséquences les activités humaines ont-elles sur le climat de la Terre ?

Depuis quelque temps, perdus dans les controverses, nous, le commun des mortels, pauvres ignorants des mystères de la science mais préoccupés du destin de nos enfants, ne savions plus à quels saints nous vouer et où était la vérité.

Car cette question soulève bien des passions et des prises de position aussi véhémentes que contradictoires.

Les uns y voient un risque mortel pour l’humanité, voire pour la vie de notre planète. D’autres, à l’opposé, pensent qu’il ne s’agit que d’un pur fantasme. Pour ces derniers, il n’y a aucune raison de croire à l’influence des hommes sur les changements climatiques : bien d’autres causes sont en jeu, qui dépassent les agitations, fussent-elles frénétiques, de notre petite espèce.

On peut trouver surprenante une telle controverse, car des milliers de scientifiques travaillent sur ce sujet depuis une cinquantaine d’années dans tous les pays du monde. À une écrasante majorité, ils partagent les mêmes conclusions, je veux dire la même inquiétude.

Mais le fait est là : le débat fait rage. Un état des connaissances, et des incertitudes, s’impose. Le plus clair possible, et le moins discutable.

Car s’il faut agir, c’est MAINTENANT.

Nous paierions trop cher tout retard. Pour la première fois, sans doute, de l’histoire des hommes, une génération va laisser aux suivantes, sans guère de vergogne, une dette financière immense. Ce n’est pas une raison pour en ajouter une autre, d’encore plus redoutable ampleur.

Je me souviens de ce que me disait un étudiant chinois à qui je demandais s’il aimait la France. « Oui, m’a-t-il répondu, mais vous n’aimez pas vos enfants. » Et devant ma stupéfaction il a ajouté : « Un pays qui s’endette comme le vôtre n’aime pas ses enfants. »

Le Club des Argonautes réunit des scientifiques qui, outre leur travail de chercheur, ont assuré des responsabilités au plan national, européen et international. Aujourd’hui retraités, mais toujours très impliqués dans des domaines variés concernant la recherche, ils prennent plaisir à échanger sur différentes disciplines : l’océanographie, l’atmosphère et l’énergie, qu’ils ont étudiées au cours de leur carrière, et à exprimer leur point de vue sur les sujets d’actualité. Ils sont totalement indépendants de tout groupe de pression extérieur et possèdent collectivement de solides connaissances de base.

J’ai rencontré ces Argonautes voilà déjà sept ans, en préparant mon livre sur le Gulf Stream. Ils m’ont accueilli avec générosité, sans trop se moquer de mes ignorances. Avec patience, ils m’ont expliqué des choses. Une amitié est née de la confiance. Je crois qu’ils se disaient : « Erik n’a pas notre savoir, mais il travaille et il sait raconter ; nous, nous savons mais peut-être ne pouvons-nous pas raconter aussi bien que lui... Normal, puisque c’est son métier. » C’est ainsi qu’ils m’ont jugé digne de les rejoindre. Inutile de dire l’honneur que j’en ai ressenti.

Quand le débat sur le climat est devenu insupportable, insupportable de faussetés entendues, de brouillard entretenu, d’attaques personnelles immondes, je leur ai dit : « N’est-ce pas le moment, chers Argonautes, de prendre la parole ? Libres et compétents comme vous l’êtes, n’est-ce pas à vous de redonner clarté, sérénité et responsabilité à ce débat ?»

Ils ont d’abord bougonné (c’est leur manière à eux de se mettre en jambes). Ils se sont ensuite un peu engueulés (c’est leur tactique habituelle pour se préparer au consensus).

Et ils se sont mis au boulot sous la double férule d’Aline Chabreuil et de Michel Petit.

Voici le résultat.

Je leur tire mon chapeau.

Tout est dit, les certitudes et les doutes, dans la langue la plus limpide.

Il suffit de lire pour se faire une opinion. Grâce aux Argonautes, dont ce livre complète heureusement, pour le grand public, le dernier rapport de l’Académie des sciences, les faits sont là. La discussion peut reprendre, sur des bases enfin saines. Le débat est désormais clos, et que l’action commence.

 

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