LE CHANGEMENT CLIMATIQUE :

QUELLES DECISIONS POLITIQUES ?

 

Questions posées à Michel Rocard

 

Face au changement climatique, quelles décisions politiques prendre ?

Le risque de changement climatique est considérable et sa survenance serait une catastrophe extrême.

Dans l’état actuel des connaissances on est en présence d’un choix entre deux systèmes.

Celui des quotas d’émissions cessibles retenu par le protocole de Kyoto, déjà pris en compte dans quelques éléments du commerce international de l’énergie et mis en œuvre effectivement uniquement en Europe par les producteurs d’électricité et producteurs de matériaux à haute consommation énergétique, et d’autre part la taxe carbone mise en œuvre seulement dans deux ou trois pays scandinaves peut être aussi en Australie où il en a été beaucoup question.

Le système des quotas est le premier à avoir été une fois mondialement accepté et à être potentiellement acceptable, même par des gouvernements hostiles à toutes taxes. Sa recommandation n’a pourtant pas été renouvelée par la Conférence de Copenhague (COP 15).

Des négociations annuelles sont en cours pour le reconfirmer. Pourtant il marche très mal, il est beaucoup trop spéculatif et, corrélé avec le prix du pétrole, le prix des quotas demeure actuellement non dissuasif. On ne voit guère en outre comment il pourrait augmenter pour atteindre un niveau qui le soit. La seule alternative efficace serait une taxation mondialement acceptée des émissions de gaz carbonique. C’est infiniment plus efficace et plus équitable mais cela fait toujours l’objet d’un refus d’une majorité de gouvernements. C’est donc toujours l’opinion publique qui doit exercer dans tous les pays la pression nécessaire pour l’arracher.

Reste le cas du méthane ; beaucoup moins volumineux dans l’atmosphère que le gaz carbonique mais à volume égal, 20 fois plus producteur d’effet de serre. La phase des études administratives pour savoir comment traiter ce problème commence à peine.

Qu’est-ce qui vous a fait prendre conscience de la réalité de ce sujet ?

De multiples articles dans la presse dans la décennie 1980.

C’est lorsque j’ai appris la création du Giec que j’ai pris l’initiative de lancer l’appel de La Haye (mars 1989) qui fut signé par 24 Nations et a contribué à inscrire le climat parmi les problèmes traités à la Conférence mondiale du Sommet de la Terre et signés à Rio en 1992.

Quelle perception avez-vous des résultats scientifiques ?

Que le Giec a raison.

Quelles sont les actions politiques qui vous semblent aujourd’hui prioritaires ?

1. l’adoption de la taxe carbone dans un nombre croissant de pays, à commencer par le mien, la France.

2. la réouverture des négociations internes à l’Union européenne, visant ou bien la réforme du système des quotas ou bien son remplacement par une taxe carbone.

3. la mise à l’étude dans le plus grand nombre possible de pays des moyens administratifs de traiter le risque du méthane.

Pensez-vous que la prise de conscience du péril climatique puisse contribuer à un changement de société ?

La prise de conscience du péril climatique est la condition absolument nécessaire pour le traiter correctement.

Le résultat en serait une diminution de notre consommation énergétique et plus encore une modification radicale des conditions de production de cette énergie au profit des énergies renouvelables.

Ce sera indiscutablement le début d’un changement de société.

Mais il comportera bien d’autres aspects touchant les matériaux et les modes de vie.

 

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