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Les chercheurs ont désormais des certitudes... |
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VII bis - Le cycle du carbone et le climat - Yves Dandonneau |
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Les stocks de carbone dans le système climatique L’évolution de ces stocks dans les années 90 sous l’action de l’homme
Quelques questions et évolutions récentes
Brûler des hydrocarbures est à la base de l’activité industrielle des hommes, et le carbone ainsi consommé finit en gaz carbonique dans l’atmosphère, dont il augmente l’effet de serre, causant ainsi un réchauffement du climat. Heureusement, ce réchauffement est ralenti car le gaz carbonique est soluble dans l’océan, et aussi, dans la vie. Le monde vivant à la surface des terres émergées, constitue un réservoir de carbone de petite taille comparé à l’océan, et est baigné par l’atmosphère. Le gaz carbonique qu’il en soustrait ne peut aller que dans une augmentation de sa biomasse. C’est ce qui se passe actuellement, car davantage de ce gaz dans l’atmosphère stimule la croissance des végétaux. Une élévation de la température du globe pourrait toutefois réduire, annuler, voire même inverser cet effet bénéfique. L’océan, surtout sa partie profonde, est un gigantesque réservoir dans lequel le gaz carbonique est soluble. Pour y parvenir, le gaz carbonique doit traverser la couche superficielle, chaude, qui ne se mélange que lentement avec l’eau profonde. La vie océanique, en fixant du carbone puis en l’expédiant en profondeur sous forme de débris et cadavre contribue à cette pénétration. Mais ces processus de mélange et de pénétration sont lents, et ne permettront en aucun cas de revenir aux concentrations en gaz carbonique qui régnaient dans l’atmosphère avant l’ère industrielle.
Le carbone est un élément très répandu dans le système terrestre. Il est très réactif, et le plus souvent associé à d’autres molécules :
On le trouve à l’état pur dans les gisements de charbon… et de diamants (auxquels nous ne nous intéresserons pas car ils sont en quantité négligeable)
Au cours de la photosynthèse, l’énergie lumineuse émise par le soleil et captée par la chlorophylle est transmise aux «centres de réaction de la photosynthèse», merveilleux assemblages de molécules au sein desquels huit photons peuvent «casser» une molécule de gaz carbonique. C’est cela qui a donné naissance aux gisements de charbon et d’hydrocarbures. Pour revenir à l’état de gaz carbonique, il suffit d’oxygène et d’une allumette.
Figure 1 : en noir, stocks de carbone dans les compartiments du système climatique avant l’ère industrielle, et en rouge modifications intervenues du fait de l’activité humaine, telles qu’estimées dans les années 1990. Le même code de couleur s’applique aux nombres indiqués sur des flèches, qui représentent les flux annuels estimés entre ces compartiments. L’unité est la gigatonne (GT) de carbone (1 GT = 109 T).
C’est, de très loin, l’océan qui renferme les plus grandes quantités de carbone, avec 37100 GT avant l’ère industrielle. Ce carbone est principalement sous forme d’ions carbonate CO32- ou bicarbonate HCO3-. Ces ions participent à l’équilibre des carbonates :
+ 165 GT depuis le début de l’ère industrielle,
causant le réchauffement climatique observé actuellement. Ceci est dû à la combustion du charbon et des hydrocarbures fossiles pour produire de l’énergie. Cependant, cette quantité est inférieure à celle qui a été extraite des gisements et qui est estimée à 244 GT. La raison en est que, en réponse à cette augmentation, les compartiments océan, et végétation+sol ont réagi.
Ainsi, sur les 6,4 GT de carbone brûlés chaque année :
L’océan échange du carbone principalement avec l’atmosphère, et dans une bien moindre mesure, il en reçoit des rivières et en cède par dépôt sur le sédiment. Suite à l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère, un déséquilibre des pressions partielles entre les deux milieux s’instaure, et les flux d’échange tendent à corriger ce déséquilibre. Cependant, on n’observe pas un flux uniforme de 2,2 GT de l’atmosphère vers l’océan : ce flux est en effet extrêmement variable, et souvent même orienté de l’océan vers l’atmosphère. Il y a trois raisons à cette variabilité :
Notons aussi qu’une part des 2,2
GT de flux net de carbone « anthropogénique » de l’atmosphère vers
l’océan, soit 1,6 GT, passe de l’océan superficiel à l’océan profond du
fait des courants et de la turbulence. L’impact des rejets anthropiques de
CO2 sur ces deux parties de l’océan est très différent : depuis le début
de l’ère industrielle, le contenu de l’océan superficiel en carbone a
augmenté de 2 % (18/900) tandis qu’il n’a augmenté que de 0,3 % (100/37100) dans l’océan profond. L’océan
est une immense capacité à absorber
l’excédent de CO2 atmosphérique, mais l’océan superficiel se comporte
comme une barrière dynamique qui ralentit considérablement l’instauration
d’un nouvel état d’équilibre. Ainsi, si les émissions humaines de CO2
cessaient, il faudrait 30 ans pour résorber la moitié de l’excès de CO2
accumulé dans l’atmosphère depuis le début de l’ère industrielle, 50 ans
pour en résorber 30 % supplémentaires, et des milliers d’années pour
revenir au niveau de l’ère préindustrielle.
Quelques questions et évolutions récentes
Le phytoplancton marin n’est généralement pas sensible à l’augmentation de la concentration en CO2. Seule exception connue, les coccolithophoridés, algues qui fabriquent des pièces calcaires (biocalcification). Cette propriété leur sert à augmenter la pression partielle de CO2 en modifiant l’équilibre des carbonates et compense ainsi leur faible capacité à réaliser la photosynthèse à des concentrations en gaz carbonique faibles. Or, ces concentrations sont maintenant près d’atteindre des niveaux auxquels les coccolithophoridés peuvent réaliser leur photosynthèse sans avoir besoin de fabriquer des pièces calcaires, et les expériences en laboratoire montrent que chez ces algues, la biocalcification devrait diminuer.
Figure 2. Puits et sources de carbone dans les sols et végétation terrestres et dans l’océan, simulés par des modèles lors du troisième rapport du GIEC (chaque modèle est représenté par une couleur). A gauche, les modèles d’écosystème ne sont forcés que par l’augmentation de la concentration en CO2 de l’atmosphère. A droite, ils sont forcés par cette concentration, ainsi que par les changements climatiques (d’après Friedlingstein et Prentice, 2010).
On sait mal comment réagiront globalement les végétations terrestre et marine au changement climatique. Sous un climat plus chaud, les plantes terrestres seront plus sensibles au stress hydrique, et la dégradation de la matière organique sera accélérée. Un océan plus chaud verra sa stratification renforcée, faisant barrage à l’approvisionnement en sels nutritifs de la couche éclairée où croît le phytoplancton. Il en résulterait une baisse du puits biologique de carbone, mais ceci seulement aux basses et moyennes latitudes, car aux hautes latitudes, une plus forte stabilité verticale des masses d’eau est favorable à la croissance du phytoplancton, qui, dans ces régions, ne manque pas de sels nutritifs. Une éventuelle baisse du puits biologique de carbone diminuerait le flux actuellement estimé à 11 GT entre la biomasse océanique et l’eau profond (Figure 1) et renforcerait le rôle de frein que joue la couche superficielle de l’océan pour la pénétration du carbone dans l’océan profond.
Figure 3 : évolution des sources (termes positifs) et des puits (termes négatifs) de gaz carbonique pour l’atmosphère pour la période 1850–2008. Les moyennes des flux indiquées à droite du graphique font état d’un résidu de O,3 GT de carbone, qui correspond à l’incertitude des résultats, chaque terme étant estimé indépendamment des autres. La partie négative notée « Atmospheric CO2 » correspond à la quantité de CO2 qui s’accumule dans l’atmosphère (d’après Raupach et Canadell, 2010).
Les estimations de l’évolution des contenus en carbone des différents compartiments montre que les sources de gaz carbonique pour l’atmosphère ont évolué de façon différente : si la faible source causée par la déforestation en régions tempérées tend à s’estomper, celle causée par la déforestation en zones tropicales reste stable, tandis que la consommation de carbone fossile continue de croître à un rythme soutenu. Les pertes de carbone de l’atmosphère vers les océans et vers la végétation terrestre (celles-ci très variables d’une année à l’autre) sont stables, aux environs de 2,3 et 3 GT par an, respectivement, de telle sorte que le taux d’accumulation de gaz carbonique dans l’atmosphère s’est accru au cours des dix dernières années. Ces tendances récentes sont confirmées par Le Quéré (2010) comme le montre la figure 4.
Figure 4 : Comparaison des flux de carbone annuels pour les périodes 1990 à 2000 en bleu et 2000 à 2008 en rouge (d’après Le Quéré, 2010).
Friedlingstein, P. et Prentice,
I. C., 2010 : Carbon–climate feedbacks: a review of model and observation
based estimates. Current Opinion in Environmental Sustainability, 2 :
251-257.
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